Les tombes corses, Sebald, Arendt

Sebald (Campo Santo)

On trouve ainsi partout, da paese a paese, des petites demeures pour les morts: chambres funéraires et mausolées, ici sous un châtaignier, là dans une oliveraie pleine de lumière mouvante et d’ombre, au milieu d’un lit de citrouilles, dans un champ d’avoine ou sur un coteau envahi par le feuillage plumeux de l’aneth jaune-vert. Dans de tels lieux, qui sont souvent particulièrement beaux et offrent une bonne vue sur le territoire de la famille, le village et le reste des terres locales, les morts étaient toujours en quelque sorte chez eux, n’étaient pas envoyés en exil et pouvaient continuer à veiller sur les limites de leur propriété.

Et il ajoute plus loin:

Pendant longtemps, lorsque des personnes sans terre mouraient – bergers, journaliers, ouvriers agricoles italiens et autres indigents – elles étaient simplement cousues dans des sacs et jetées dans un puits avec un couvercle dessus.

Une telle fosse commune, où les cadavres gisaient probablement pêle-mêle comme des choux et des navets, s’appelait une arca, et dans de nombreux endroits, il pouvait s’agir d’une maison en pierre sans portes ni fenêtres, dans quoi les morts étaient poussés par un trou dans le toit auquel on accédait par un escalier qui montait contre le mur extérieur.

Arendt (The Human Condition):

Richesse et propriété, loin d’être la même chose, sont d’une nature entièrement différente

Et elle explique:

À l’origine, la propriété signifiait plus ou moins avoir une situation locale dans un endroit particulier du monde et ainsi appartenir au corps politique, c’est-à-dire être le chef d’une des familles qui ensemble constituent le domaine politique. Cette pièce de monde possédée en privé était si complètement identique à la famille qui le possédait que l’expulsion d’un citoyen pouvait signifier nous seulement la confiscation de ce domaine mais la destruction effective du bâtiment lui-même.

wealth and property, far from being the same, are of an entirely different nature

Originally, property meant no more or less than to have one’s location in a particular part of the world and therefore to belong to the body politic, that is, to be the head of one of the families which together constituted the public realm. This piece of privately owned world was so completely identical with the family who owned it that the expulsion of a citizen could mean not merely the confiscation of his estate but the actual destruction of the building itself.

Voir: Loverini, Marie-José. « Corse, l’île des deuils impossibles », Études sur la mort, vol. 142, no. 2, 2012, pp. 145-156. https://doi.org/10.3917/eslm.142.0145

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