Hannah Arendt: Penser, juger (Thinking and Moral Considerations, 1971)

… quand « les meilleurs n’ont plus de conviction, tandis que les médiocres sont pleins d’une intensité passionnée». [1]
À ces moments cruciaux, la pensée cesse d’être une affaire marginale aux questions poli­tiques. Quand tout le monde se laisse entraîner, sans réfléchir, par ce que les autres font et croient, ceux qui pensent se retrouvent à découvert, car leur refus de se joindre aux autres est patent et devient alors une sorte d’action. L’élément qui purge la pensée, le travail de sage-femme de Socrate, qui révèle les incidences des opinions reçues et par là les détruit (valeurs, doctrines, théories et même les convictions), est politique par ses implications. Car cette destruction a un effet libérateur sur une autre faculté humaine: la faculté de juger, que l’on peut appeler très justement la plus politique des aptitudes mentales de l’homme.

… when « The best lack all conviction, while the worst/ Are full of passionate intensity. »[1]
At these moments, thinking ceases to be a marginal affair in political matters. When everybody is swept away unthinkingly by what everybody else does and believes, those who think are drawn out of hiding because their refusal to join is conspicuous and thereby becomes a kind of action. The purging element in thinking, Socrates’ midwifery, that brings out the implications of unexamined opinions and thereby destroys them – values, doctrines, theories, and even convictions – is political by implication. For the destruction has a liberating effect on another human faculty, the faculty of judgment, which one may call, with some justification, the most political of man’s mental abilities.

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Apprendre et juger (Solon et Nietzsche)

γηράσκω δ’ αἰεὶ πολλὰ διδασκόμενος. (Solon, fr. 8)

L’homme de parti.- L’homme de parti authentique n’apprend plus, il ne fait plus qu’éprouver et juger: alors que Solon, qui ne fut jamais un homme de parti mais poursuivit son but à côté et au-dessus des partis ou contre eux, est significativement le père de cette parole  sobre, dans laquelle reste enclose la santé et la créativité inépuisable d’Athènes: « je vieillis et j’apprends toujours. »

(Humain, trop humain, II.1, §301 via Laudator Temporis Acti)

Der Parteimann.— Der echte Parteimann lernt nicht mehr, er erfährt und richtet nur noch: während Solon, der nie Parteimann war, sondern neben und über den Parteien oder gegen sie sein Ziel verfolgte, bezeichnenderweise der Vater jenes schlichten Wortes ist, in welchem die Gesundheit und Unausschöpflichkeit Athens beschlossen liegt: « alt werd’ ich und immer lern’ ich fort. »

Lernen / erfahren: en allemand « erfahren » (que je traduis ici par « éprouver » et qui est  traduit par « to experience things » dans la traduction utilisée par Michaël Gilliland) peut se traduire par « apprendre » mais au sens d’apprendre une nouvelle, soit un apprendre plutôt du côté de l’information que de celui de la connaissance.

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