À propos d’un Nobel | Entendre et comprendre la poésie

Moulins à paroles (M@P)

Lorsque je me trouve près de quelqu’un, surtout lorsque c’est la première fois que je rencontre cette personne, et que nous conversons, il me semble que je ne vois pas bien son visage, que celui-ci m’apparait de manière confuse, dans un halo. Si bien que, si je la rencontre de nouveau, ne fût-ce que quelques jours plus tard, le risque est grand que je ne la reconnaisse pas. Et cette personne en sera alors fâchée, comme si la première fois que nous nous sommes vus, je n’avais pas fait bien attention à elle, je l’avais négligée, alors que c’est au contraire quelque chose de l’ordre de l’émotion, de la pudeur, et peut-être de l’amour, qui m’a empêché de mieux la voir, ou de mieux la regarder. Comme si son visage avait été un soleil qui m’avait ébloui. Dans les représentations qu’on donne de Méduse, son visage, dont on sait qu’il a le pouvoir…

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The biggest threat to democracy? Your social media feed | World Economic Forum

The biggest threat to democracy? Source : The biggest threat to democracy? Your social media feed | World Economic Forum « au lieu de créer un type idéal d’agora numérique, qui per…

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Re-création et usure de la mémoire / Borges

Original Mythologies: interviews by Richard Burgin, from Conversations with Jorge Luis Borges (in Jorge Luis Borges: The Last Interview, p.25 / 250[1]

… Je me souviens que mon père m’a dit une fois quelque chose quant à la mémoire, un chose très triste. Il m’a dit: « Je pensais que je pouvais me rappeler mon enfance, quand nous vînmes à Buenos Aires, mais à présent je sais que je ne le peux pas. » J’ai dit: « Pourquoi? ». Il a dit: « Parce que je pense que la mémoire » – je ne sais pas si c’était sa propre théorie, j’étais si impressionné que je ne lui ai pas demandé s’il l’avait découverte lui-même ou s’il l’avait seulement élaboré dessus – mais il a dit: « Je pense que si je me rappelle quelque chose, par exemple su aujourd’hui je me retourne vers ce matin, j’obtiens alors une image de ce que j’ai vu ce matin. Mais si cette nuit je repense à ce matin, ce que je rappellerai alors effectivement, ce ne sera pas la première image mais la première image dans la mémoire. De sorte que chaque fois que je rappelle quelque chose, je ne me la rappelle pas vraiment, je rappelle la dernière fois que je me la suis rappelée, je me rappelle le dernier souvenir de cette chose. De sorte qu’en réalité » dit-il « je n’ai aucun souvenir, je n’ai aucune image de mon enfance, de ma jeunesse. » Et ensuite il m’a donné une illustration de ça, avec une pile de pièces de monnaie. Il a mis une pièce au-dessus l’autre et il a dit: « Bien, maintenant la première pièce, la pièce du dessous, ce serait la première image, par exemple, de la maison de mon enfance. Maintenant la seconde pièce serait un souvenir que j’avais de cette maison lorsque je suis allé à Buenos Aires. Puis la troisième, un nouveau souvenir et ainsi de suite. Et comme dans chaque souvenir il y a une légère distorsion, je ne suppose pas que mon souvenir d’aujourd’hui corresponde beaucoup aux premières images que j’ai reçues, de sorte que » dit-il « j’essaie de ne pas penser aux choses du passé parce que si je le fais, je me souviendrai de ces souvenirs et non des véritables images elles-mêmes. »

(ma traduction, le passage original infra)

Jorge_Luis_Borges_(crop)

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Stefan Zweig: Vienne avant… (Le Monde d’hier: souvenirs d’un Européen, 1942)

La haine entre les pays, les peuples, les couches sociales ne s’étalait pas quotidiennement dans les journaux, elle ne divisait pas encore les hommes et les nations ; l’odieux instinct du troupeau, de la masse, n’avait pas encore la puissance répugnante qu’il a acquise depuis dans la vie publique ; la liberté d’action dans le privé allait de soi à un point qui serait à peine concevable aujourd’hui ; on ne méprisait pas la tolérance comme un signe de mollesse et de faiblesse, on la prisait très haut comme une force éthique.

Le Monde d'hier

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W. G. Sebald: Guerre aérienne et littérature (1997) – 3. Allemands

p. 38. Le réflexe quasi naturel, dicté par des sentiments de honte et de défi à l’égard des vainqueurs, était de se taire et de tourner le dos. Stig Dagerman, correspondant pour l’Allemagne du journal Expressen à l’automne 1946, écrit de Hambourg que durant un quart d’heure, entre Hasselbrook et Landwehr, il a traversé dans un train roulant à vitesse normale un paysage lunaire, et que dans cette contrée désolée, sans doute “l’un des champs de ruines les plus affreux de toute l’Europe”, il n’a pas aperçu âme qui vive. “Le train, écrit-il, était bondé, comme tous les trains allemands, mais personne ne regardait par la fenêtre.” Et l’on avait reconnu en lui l’étranger au fait que lui regardait dehors”. 512R2PW8EWL
(traduit de l’allemand par Patrick Charbonneau)

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