Nir Shafir: écrits bon marché et profonde réflexion

mrg | lettrure(s)

« Écrits bon marché et profonde réflexion: opuscules manuscrits et théorie de la lecture dans l’Empire Ottoman du VIIe siècle ».
Intervention au séminaire de Sanjay Subrahmanian, « Régimes de circulation et construction du savoir, XVIe-XVIIe siècles », le 25 mars 2015

En particulier:

vers – 22:00: la lecture silencieuse est illégitime parce qu’elle ne permet pas de contrôler l’interprétation.

vers – 9: une théorisation de la lecture silencieuse:

Adab al-mutala’a – The Ethics of visual reading – a new form of critical thinking based on disputation theory that began to appear in the mid-seventeenth century

« When you start visually reading, read the piece comprehensively from start to finish, and in your mind exact the desired initial meaning from it. Then observe the conceptual aspects through close analysis and reflect on them. Would some issue that would cause it to be rejected [as evidence] disprove it? Is it possible to refute it and to…

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Simone de Beauvoir sur Claude Lanzmann (La Force des choses, tome II)

Page 13:

Pour se définir, il disait d’abord : je suis juif.

(…)

Enfant, il l’avait vécue d’abord dans l’orgueil : « On est partout », lui disait fièrement son père en lui montrant la carte du monde. Quand, à treize ans, il avait découvert l’antisémitisme, la terre avait tremblé, tout avait craqué. (…) Il se rétablit dans l’orgueil, grâce à son père, un résistant de la première heure. Lui-même, il organisa un réseau au lycée de Clermont-Ferrand et à partir d’octobre 43 se battit dans le maquis. Ainsi son expérience ne lui découvrit-elle pas dans les Juifs des humiliés, des résignés, des offensés mais des lutteurs.

(…)

Parfois le matin, après des rêves agités, il se réveillait en me criant : « Vous êtes tous des kapos ! »

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Les deux voies de la lecture : Alhazen (10e siècle)

Une description des deux voies de la lecture qui précède de plus de dix siècles celle de Stanislas Dehaene1:

Lorsque une personne instruite voit la forme abjad écrite sur un morceau de papier, il la percevra immédiatement comme [le mot] « abjad » à cause de sa reconnaissance de la forme. Ainsi de sa perception que le a est en premier et le d à la fin, ou de sa perception de la configuration de la forme totale, il perçois que c’est « abjad ». De la même façon, quand il voit écrit le nom d’Allâh, qu’Il soit exalté, il perçoit par reconnaissance, dès qu’il pose son œil dessus, qu’il s’agit du nom d’Allâh. Et il en va ainsi pour tout les mots écrits bien connus qui sont apparus maintes fois devant l’œil: une personne instruite perçoit immédiatement ce qu’est le mot par reconnaissance, sans qu’il soit besoin d’en inspecter les lettres une par une. La chose est différente lorsqu’une personne instruite remarque un mot étrange qu’il n’a pas rencontré auparavant ou dont il n’a encore jamais lu de semblable. Car il recevra un tel mot seulement après avoir inspecté ses lettres une par une et discerné leur signification; alors il percevra la signification du mot.

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Wittgenstein: « un mince rocher entouré de précipices… »

Ludwig Wittgenstein en vacances (1936)

Carnets de Cambridge et de Skjolden: 1930-1932, 1936-1937, trad. de l’all. par Jean-Pierre Cometti. – Puf, 1999.

p.90 [140]

Mutile complètement un homme, coupe-lui bras & jambes nez & oreilles, & puis vois ce qu’il reste de son respect de soi-même & de sa dignité & jusqu’à quel point les concepts qu’il a de ces choses sont encore les mêmes. Nous n’imaginons absolument pas combien ces concepts dépendent de l’état habituel, normal, de notre corps. Qu’advient-il d’eux lorsque nous sommes traînés au moyen d’un anneau passé dans nos langues et traînés à la laisse? Que reste-t-il encore alors d’un homme en lui? Dans quel état sombre un tel homme? Nous ne savons pas que nous nous trouvons sur un mince rocher élevé, & entouré de précipices où tout apparaît entièrement différent.

Paul-Louis Courier: « Comment gouverner après cela? » (Tachitypie)

Paul-Louis Courier: Pamphlets politiques et littéraires

Courier, Paul-Louis, et Armand Carrel, Pamphlets politiques et littéraires de Paul-Louis Courier. (Paris: Paulin, 1831).

On mande de Berlin que le docteur Kirkausen, fameux mathématicien, a depuis peu imaginé de nouveaux caractères, une nouvelle presse maniable, légère, mobile, portative, à mettre dans la poche, expéditive surtout, et dont l’usage est tel, qu’on écrit comme on parle, aussi vite, aisément: c’est une tachitypie. On peut, dans un salon, sans que personne s’en doute, imprimer tout ce qui se dit, et, sur le lieu même, tirer à mille exemplaires toute la conversation, à mesure que les acteurs parlent. Lire la suite

Michel Foucault: l’obscurité comme envers de la terreur

Une archive de 1977 diffusée dans la nuit de dimanche à lundi:

« L’obscurité me paraît être l’envers de la terreur. L’espèce de terreur qui a régné, qui règne encore maintenant dans les milieux politico-intellectuels, de Paris surtout, la terreur est quelque chose de complètement malsain, on peut parfaitement n’être pas d’accord avec quelqu’un, le critiquer, analyser pourquoi il dit ça sans le dénoncer […] Alors abolissons la dénonciation mais renonçons à l’obscurité. »

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Deux rêves: l’amnésique et le charlatan

La Fabrique cercamondine

L’amnésique

Elles sont plusieurs jeunes filles en fleurs, sur la courbe du pont au-dessus de la gare. Il regarde l’une en s’approchant, qui a la face ronde et parfaitement belle mais comme il s’approche encore, c’est le visage de sa voisine de droite qui attire ses regards, celle-là qui est la dernière du groupe de ce côté et qui s’appuie à la rambarde du pont. Elle qui a habituellement les cheveux frisés les a ici lissés et elle a un peu de rouge aux joues. Il approche son visage de celui de la jeune fille, encore, et caressant légèrement la joue, il dit:
– Comme tu es jolie!
Elle alors, sur le ton du reproche tendre et vif et de la tristesse ombrageuse:
– Je ne suis pas « jolie », je suis ta maîtresse depuis une heure! Est-ce ainsi qu’on parle à sa maîtresse nouvelle?
C’est donc cela, et pourquoi ses…

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