L’amnésie infantile, les mots et les choses (César Aira)

Un adulte voit un oiseau voler, et son esprit immédiatement dit « oiseau ». L’enfant cependant voit quelque chose qui non seulement n’a pas de nom mais qui n’est même pas une chose sans nom: c’est (…) un continu sans limite qui participe de l’air, des arbres, de l’heure, du mouvement, de la température, de la voix de sa mère, de la couleur du ciel, de presque tout.

César Aira, A brick Wall[1] : l’amnésie infantile[2] Lire la suite

Iquitos (le docteur Finch)

La Fabrique cercamondine

Le docteur Finch n’était pas quelqu’un de vraiment sympathique, quand on y réfléchissait. Ça n’apparaissait pas tout de suite, sinon par un air un peu de biais. Il ne se livrait pas tout de suite. On lui trouvait juste, d’abord, un air un peu de biais, un demi sourire, la bouche oblique, et puis le cou toujours un peu rentré dans les épaules. Il venait chez la Française avec sa mallette. Il disait: J’ai tout ce qu’il faut là-dedans, tapotait sa mallette. Il venait tous les jours prendre des nouvelles et une fois par semaine faisait l’inspection complète des filles. Torve, il faudrait que je vérifie le sens exact du mot, mais c’est celui qui me vient à l’esprit: il avait un air torve. Il m’a d’abord considéré comme ça, d’un air torve, même pas son demi-sourire oblique, m’a considéré d’en-dessous, méfiant comme un chien battu, je dirais.

Voir l’article original 632 mots de plus