Le concert des oiseaux (Vinciane Despret: Habiter en oiseau)

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Le merle avait commencé à chanter. Quelque chose lui importait et plus rien d’autre, à ce moment-là, n’existait que le devoir impérieux de donner à entendre. Saluait-il la fin de l’hiver ? Chantait-il sa joie d’exister, de se sentir revivre ? Adressait-il une louange au cosmos ? Les scientifiques ne pourraient sans doute pas l’énoncer de cette manière. Mais ils pourraient affirmer que toutes les forces cosmiques d’un printemps naissant ont offert au merle les premières conditions de sa métamorphose.

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Journal de Kafka (VII,82)

chez Laurent Margantin

Journal de Kafka

6.         Considéré du point de vue de la littérature, mon destin est très simple. Ma capacité à décrire ma vie intérieure onirique a rendu tout le reste accessoire, et tout ce reste s’est affreusement atrophié et ne cesse de s’atrophier. Rien d’autre ne pourra jamais me satisfaire. Or ma force pour cette description est tout à fait imprévisible, peut-être a-t-elle déjà disparu pour toujours, peut-être me reviendra-t-elle quand même encore une fois, les conditions dans lesquelles je vis ne lui sont toutefois guère favorables. C’est donc ainsi que je titube, je ne cesse de voler vers le sommet de la montagne, mais je peux m’y tenir à peine un instant. D’autres titubent aussi, mais dans des régions plus basses, avec des forces plus importantes ; menacent-ils de tomber, alors le parent qui marche justement pour cela à leurs côtés les rattrape. Mais moi je titube là-haut, ce n’est hélas pas la…

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Nietzsche, la séduction des mots (Jenseits… § 16)

Caspar David Friedrich. : Der Wanderer über dem Nebelmeer

Il y a toujours encore d’inoffensifs introspectifs qui croient qu’il y a des « certitudes immédiates », par exemple « je pense », ou, comme c’était la superstition de Schopenhauer, « je veux »: comme si ici la connaissance obtenait de saisir son objet pur et nu, comme « chose en soi », et que ni du côté du sujet ni du côté de l’objet n’intervenait de falsification. Que cependant « certitude immédiate », tout comme « connaissance absolue » ou « chose en soi », enferment en soi une contradictio in adjecto, je le répèterai sans arrêt: c’est qu’il faut enfin se libérer de la séduction des mots. Lire la suite

Gilles Deleuze: discussion et conversation

Qu’est-ce que la philosophie ? (1991):

le philosophe a fort peu le goût de discuter. Tout philosophe s’enfuit quand il entend la phrase : on va discuter un peu. Les discussions sont bonnes pour les tables rondes, mais c’est sur une autre table que la philosophie jette ses dés chiffrés. Lire la suite

Franz Rosenzwzeig, « langue écrite » et traduction (Die Schrift und Luther, 1926)

Les langues peuvent pendant des siècles être accompagnées de l’écrit, sans qu’il surgisse ce qu’on désigne avec la très curieuse expression de « langue écrite » […] Lire la suite

Nos deux vies: Àlvaro de Campos (« Dactilografia »)

Fernando Pessoa em pintura de Bottelho.

Temos todos duas vidas:
A verdadeira, que é a que sonhamos na infância,
E que continuamos sonhando, adultos num substrato de névoa;
A falsa, que é a que vivemos em convivência com outros,
Que é a prática, a útil,
Aquela em que acabam por nos meter num caixão.

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