Augustin: Confessions, VIII, xii, 29 [scène du jardin, été 386] (trad. M. Moreau (1864)

Et tout à coup j’entends sortir d’une maison voisine comme une voix d’enfant ou de jeune fille qui chantait et répétait souvent: « PRENDS, LIS! PRENDS, LIS! » Et aussitôt, changeant de visage, je cherchai sérieusement à me rappeler si c’était un refrain en usage dans quelque jeu d’enfant; et rien de tel ne me revint à la mémoire. Je réprimai l’essor de mes larmes, et je me levai, et ne vis plus là qu’un ordre divin d’ouvrir le livre de l’Apôtre, et de lire le premier chapitre venu. Je savais qu’Antoine, survenant, un jour, à la lecture de l’Evangile, avait saisi, comme adressées à lui-même, ces paroles […] Je revins vite à la place où Alypius était assis; car, en me levant, j’y avais laissé le livre de l’Apôtre. Je le pris, l’ouvris, et lus en silence le premier chapitre où se jetèrent mes yeux […] Je ne voulus pas, je n’eus pas besoin d’en lire davantage. Ces ligues à peine achevées; il se répandit dans mon coeur comme une lumière de sécurité qui dissipa les ténèbres de mon incertitude.

30. Alors, ayant laissé dans le livre la trace de mon doigt ou je ne sais quelle autre marque, je le fermai, et, d’un visage tranquille, je déclarai tout à Alypius. Et lui me révèle à son tour ce (438) qui à mon insu se passait en lui. Il demande à voir ce que j’avais lu; je le lui montre, et lisant plus loin que moi, il recueille les paroles suivantes que je n’avais pas remarquées: « Assistez le faible dans la foi (Rom. XIV, 1). » Il prend cela pour lui, et me l’avoue. Lire la suite

Augustin: Confessions, VI,iii, 3 (trad.Tréhorel et Bouissou)

Mais quand il lisait, les yeux parcouraient les pages et le coeur creusait le sens, tandis que la voix et la langue restaient en repos. Bien souvent quand nous étions là – car l’entrée n’était interdite à personne, et l’on n’avait pas coutume d’annoncer les visiteurs – nous l’avons vu lire en silence, et jamais autrement; et nous restions assis longtemps sans rien dire – qui eût osé importuner un homme aussi absorbé? – puis nous nous retirions et nous supposions que, dans ce peu de temps qu’il pouvait trouver pour retremper son âme, délivré du tumulte des affaires d’autrui, il ne voulait pas se laisser distraire; peut-être aussi était-il sur ses gardes, dans la crainte qu’un auditeur intéressé et attentif, devant un passage assez obscur de l’auteur qu’il lisait, ne le contraignît à entrer dans des explications ou discussions de certaines questions assez difficiles, et que le temps employé à ce travail ne réduisît le nombre de volumes qu’il voulait dérouler; d’ailleurs le souci de ménager sa voix, qui s’enrouait très facilement, pouvait être aussi une raison bien légitime de lire en silence. Cependant, quelle que fût l’intention qui le faisait agir, assurément un homme comme lui agissait bien.

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La surprise d’Augustin: argument

Il est un topos qui figure dans toute histoire de la lecture digne de ce nom, depuis qu’en … Nöldeke en fit l’invention, le récit que fait Augustin au livre 6 des Confessions de sa surprise lorsqu’il découvrit que l’évêque Ambroise lisait en silence. De cette surprise on tira que la lecture silencieuse était une invention tardive et qu’elle avait été ignorée de l’antiquité classique, grecque comme romaine.

Ainsi, entre l’invention de l’écriture et celle de l’imprimerie, la lecture silencieuse venait occuper sa place dans la série des inventions et mutations des technologies dont l’étude a pris récemmment le nom de médiologie. Il y avait dans ce type quelque chose de profondément satisfaisant pour les tendances intellectuelles du siècle dernier.

(dans l’avion)

Image, icône, économie : les sources byzantines de l’imaginaire contemporain / Marie-José Mondzain (report)

Le Seuil, 1996.

28. Le terme (économie) se trouve chez Paul, l' »inventeur » de l’image filiale naturelle, pour parler du plan de l’incarnation (n : 1 Co 11, 7 ; 2 Co 4, 4 ; Col 1, 15)

29. Il s’en trouva pour penser que l’on peut parfaitement être chrétien et refuser l’icône. Mais il n’y eut personne pour soutenir que l’on peut gouverner en se passant d’elle. (…) l’iconographie impériale est abondante, et même en plein essor durant la crise, au moment où l’empereur, ordonnant la destruction des figurations religieuses, répand son propre portrait ainsi que les signes de sa pompe, de ses plaisirs et de sa gloire à travers l’Empire. Seules l’image du Christ et celles de sa mère et des saints se trouvent interdites et détruites.

Théodore Stoudite : Antirrhétiques, II, PG 99, 353 D. :

Le propos, mon cher, n’est pas ici la Théologie, au sujet de laquelle il ne peut être question d’effigie ni d’une pensée de la similitude, mais l’Economie, grâce à laquelle on voit le prototype et sa dérivation, encore faut-il que tu admettes que le Verbe a assumé une chair semblable à la nôtre.

Pseudo-Denys : La Hiérarchie céleste, II, 3, 141 A :

Si donc les négations, en ce qui concerne les réalités divines, sont vraies, au lieu que les affirmations sont inadéquates au caractère secret des mystères, c’est plus proprement que les êtres invisibles se révèlent par des images sans ressemblance avec leur objet.
(trad. par Maurice de Gandillac, « Sources chrétiennes », 1970)

-> Paul, Eph 1, 10 et 3, 9.

Hippolyte : Contre l’hérésie d’un certain Noétos, PG 8, 816 b :

S’il veut apprendre comment est montré un seul Dieu, qu’il sache que sa puissance est unique : en ce qui concerne la puissance, il n’y a qu’un seul Dieu, mais en ce qui relève de l’économie, triple est la manifestation.

Augustin : De Trinitate, XII, vi, 6 (sur Génèse, 1, 26-27) :

En effet Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image et ressemblance »; et il est dit peu après : « Et Dieu fit l’homme à l’image de Dieu. »
Ce mot « notre », étant un pluriel, serait impropre si l’homme était fait à l’image d’une seule des personnes, Père, Fils ou Saint-Esprit; mais l’homme étant fait à l’image de la Trinité, voilà pourquoi on trouve l’expression « à notre image ». En revanche pour nous préserver de croire qu’il y a trois dieux dans la Trinité, alors que cette même Trinité est un seul dieu, l’auteur sacré dit : « Et Dieu fit l’homme à l’image de Dieu ».

Paul : 1 Co, 13, 12 :

Nous voyons maintenant à travers un miroir, en énigme, mais alors nous verrons face à face.

Paul : 2 Co, 3, 18 :

Pour nous le visage découvert, contemplant comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de clarté en clarté, comme par l’esprit du Seigneur.

Augustin : De Trinitate, XV (sur Paul, 2 Co, 3, 18) :

viii, 14.- « Contemplant », dit-il, c’est-à-dire voyant dans un miroir et non pas voyant d’un poste d’observation […]. « Nous serons transformés », c’est-à-dire nous passerons d’une forme à une autre, de la forme obscure à la forme lumineuse. Car la forme obscure est déjà image de Dieu et, par là même, sa gloire.
ix, 16.- S’il était facile de voir, on n’emploierait pas ce mot d’énigme. Et voici la grande énigme : que nous ne voyons pas ce que nous ne pouvons pas ne pas voir.

Basile : Sur le Saint-Esprit, XVIII, 45 :

Comment donc, s’ils sont un et un, ne sont-ils pas deux dieux ? Parce que l’image du roi, on l’appelle roi aussi et qu’on ne dit pas deux rois […]. De même qu’il n’y a qu’une seule autorité sur nous et que le pouvoir en est unique, de même la gloire que nous lui rendons est-elle unique, et non multiple, car l’honneur rendu à l’image passe au prototype. Ce que l’image est là par imitation, le Fils l’est ici par nature. Et de même que, en art, la ressemblance se prend sur la forme, ainsi, pour la nature divine, qui est simple, c’est dans la communauté de la déité que réside le principe d’unité.
Un aussi, le Saint-Esprit… (-> lat.)

55. Si la Providence qui veille sur le monde et qui est économie reste un mystère « ineffable et incompréhensible » sur lequel nous devons nous abstenir de toute question et de toute explication, il n’en reste pas moins que l’explication instrumentale qui finalise le mal et la souffrance comme économie de la liberté et organon du salut donne, à un tout autre niveau, son intelligibilité au mystère. L’économie nous fait passer du régime du mystère à celui de l’énigme.

Jean Chrysostome : Sur la Providence de Dieu, XII :

3-4. Nous disons que ces scandales sont permis pour que ne soient pas diminuées les récompenses des justes […]. Paul dit aussi [1 Co 11, 19] :

« Il faut qu’il y ait des scissions pour que ceux dont la vertu est éprouvée soient découverts parmi vous. »

4-5. De plus, les méchants ont été laissés libres pour une autre raison : c’est pour qu’ils ne soient pas privés de l’utilité qui résulte de leur conversion…
7. Au sujet de l’Antéchrist, Paul donne une autre raison. Quelle est-elle ? C’est pour supprimer tout moyen de défense aux juifs. Ceux-ci auraient été lésés s’ils n’avaient eu des occasions de combattre, mais ceux-là, en ayant subi un dommage, ne devraient raisonnablement imputer leur chute à personne d’autre qu’à eux-mêmes.

Lecture silencieuse (suite)

Première citation de l’épisode Augustin/Ambroise dans le contexte de la lecture silencieuse:
E. Norden, Die antike Kunstprosa. Leipzig, 1923. [Darmstadt, 1961, 606-615]. Volume 2 of this important work deals with the Christian era. It focusses on the continuity of rhetorical traditions.

Lecture silencieuse:

1. Dans une grande mesure mes notes de juillet m’ont fait « réinventer l’eau tiède ».
Le point de départ avait été Manguel, ce qui a été, d’une certaine façon, une fausse piste: peut-être sous l’influence du « classique » borgésien (lequel Borgès il reconnaît comme son maître – et il y a quelque chose de borgésien dans le projet même de Manguel), dans la mesure où, tout en résumant le dossier, il reste accroché à une thèse qu’un quasi consensus contemporain s’accorde à trouver simpliste. En particulier les réserves qu’il émet à l’égard de l’article de Knox me paraissent assez arbitraires.
Il semble acquis qu’en tant que technique, la lecture silencieuse remonte aux origines de la « culture classique » (certainement, si on entend par là la culture gréco-latine et il s’agit alors du 5e s. AEC athénien, mais vraisemblablement en amont encore, s’agissant des cultures orientales).
C’est quant à la pratique de cette technique que le tableau est plus complexe. Il semble que l’utilisation privée de l’écriture était couramment associée à une lecture muette (cf. mon réexamen du dossier). En revanche l’écriture « publique », littéraire, historique, philosophique ou sapientiale trouvait sa fin normale dans la lecture à voix haute; cependant, au moins s’agissant des couches (minces) les plus lettrées de la population, la pratique de la lecture silencieuse n’était pas inconnue, peut-être même était-elle normale s’agissant d’un (ou des) usage(s) privé(s) de l’écriture publique (cf. EVC).

16:30.- Si l’on considère ce tableau (dont les éléments ne possèdent pas tous le même degré de fiabilité: en gros ils se succèdent selon un degré de certitude progressivement moindre), alors tombe ce qui était le plus séduisant dans la thèse de Balogh, à savoir:
1. l’inscription d’une date dans la chaîne de l’histoire des techniques de documentation (l’appréhension technique de l’opposition lecture orale / lecture muette);
2. le paradoxe d’une pratique radicalement différente, dès le plan technique, de la lecture dans l’Antiquité, ce qui correspondait assez bien avec une certaine tendance contemporaine à l’exotisation des cultures anciennes (aux dépends de l’appréhension humaniste classique).

(Allure – paradoxalement ?- marxiste de la thèse de Balogh telle qu’elle est reformulée par Borgès: d’une innovation technique (la lecture silencieuse) découle une innovation culturelle d’apparence purement spéculative (le culte des livres)).

La question se sera ainsi déplacée de l’histoire des technologies de l’information à celle, sociale, des pratiques et des usages de l’écrit. A un récit spectaculaire, doté d’un avant et d’un après, d’un évènement central ordonnant la diachronie, on est passé à un tableau complexe qui fait place à de nombreux intermédiaires (ainsi on souligne que la partition oral/écrit occulte des pratiques intermédiaires de la lecture: murmure ruminatoire, activité silencieuse de l’appareil phonatoire…). La bulle semble crevée. On saura gré à Joseph Balogh d’avoir attiré l’attention sur l’importance de la performance orale dans la pratique ancienne de la littérature mais on rejettera ses conclusions extrèmes quant à l’exceptionnalité de la lecture silencieuse dans l’Antiquité.

Reste, alors, Augustin.
Toutes les reprises de la thèse de Balogh se fondent sur le rappel du passage canonique des Confessions. En réalité, on pourrait aller jusqu’à dire que cette thèse découle du passage augustinien, qu’elle en est une conséquence apparemment nécessaire. Et si l’on rejette la thèse de Balogh, alors le passage des Conf. devient énigmatique, embarrassant, demande explication. (Cet embarras où nous laisse Augustin explique sans doute que la thèse de Balogh survit sous la forme atténuée que j’ai appelée la thèse de consensus.) Ce dont n’ont pas manqué de se rendre compte les chercheurs qui ont contesté la thèse de Balogh. Plusieurs lignes d’explication ont été proposées:
– Knox suggère qu’il pourrait y avoir ici chez Augustin un trait de provincialisme. 422: « A. amazement… Bishop. »
– Clark comprend que ce qui provoque l’étonnement d’A. n’est pas tant le fait qu’Ambroise lisait en silence mais qu’il le faisait toujours.

Mais peut-être, pour y voir clair, pour dénouer l’énigme, faut-il réintroduire le temps.
Vision de la société romaine provoquée par la lecture de C. Salles.

Lecture silencieuse / Borges

Relecture de l’article de Borgès, « du culte des livres ». Il y a là tout le génie de Borgès (du moins le Borgès de l’érudition) et ce qui peut apparaître comme ses limites. D’une part la maîtrise d’un corpus culturel remarquablement large et complet (réellement cosmopolite, équilibré, compte-tenu de son appartenance à la culture occidentale) qui lui permettent de pointer avec une justesse rare, et d’autre part le ton du dilettante dépassionné, presque blasé, quelque-chose du non-dupe, qui fait que les problèmes, les énigmes, les pistes de recherche sont comme recouverts, gommés. Il y a peut-être dans des textes comme celui-ci le reflet de l’habitude du conférencier, quelque peu vulgarisateur, qui sait instruire sans pédantisme (ou, si l’on veut coller à la valeur étymologique, un pédantisme si léger et de si bon ton qu’il passe inaperçu: instruire en divertissant) et garder l’intérêt d’un auditoire par l’exposition de faits piquants ou paradoxaux. Voir ce qu’il dit quelque part de l’activité de conférencier qu’il entame à 47 ans. C’est en 1946, et Borgès le narre dans l' »Essai de biographie » du Livre des préfaces. Le texte « du Culte des livres » est de 1951, soit 5 ans après le début de cette activité.
J’ai déjà noté quelque part combien le ton des articles de Borgès occulte la justesse de son pointage en le faisant passer facilement pour de l’évidence (du moins pour l’informé), au point que ce n’est qu’avec le temps et la relecture qu’elle devient impressionnante.
Peut-être faut-il reconnaître là quelque variété d’ésotérisme (et l’on suivrait là une suggestion du texte lui-même: la parole d’Evangile qui y est citée).

Mais j’en viens au fond: ce que je cherchais dans l’article de Borgès, c’était une formulation « classique » (c’est-à-dire, aussi, d’une certaine tenue littéraire et lapidaire) de la thèse de Balogh. Je dois dire que je l’ai trouvée, sous une forme qui semble d’évidence mais où je peux reconnaître, maintenant que je relis l’article informé de ses attendus, beaucoup d’éléments de la problématisation de cette thèse.

« Du Culte des livres » in Enquêtes (Otras inquisiciones, 1951) / Jorge-Luis Borgès (Pléïade, OC. t1)

Je viens de recopier le premier passage. Comme ma position, couché, est assez inconfortable, que j’ai du mal encore avec l’usage de mes lunettes de presbyte (la demie lune est trop basse pour le haut de l’écran), que la photocopie sur quoi je prends mes citations est éloignée, je me rends compte combien le texte de Borgès est facile à mémoriser, combien son style est simple, naturel, comme les éléments des phrases s’enchaînent aisément, combien ils sont attendus; et en même temps combien ce style est mauvais (dans la traduction au moins), imprécis, relâché: le « selon moi » adjoint à une proposition indécise (et évidente) est parfaitement inutile et brouille le sens, m’a obligé de relire 2 fois d’abord (on lit spontanément: « condamnerait selon moi »). Et ensuite l’identification d’une opinion à une plaisanterie (il s’agit en réalité d’une phrase ou d’une proposition, qui à la fois est l’expression d’une opinion et la mise en oeuvre d’une plaisanterie) donne une impression fâcheuse d’à-peu-près.
La phrase importante, dans un premier temps, est la dernière (!). 1ère thèse de l’article de Borgès (quant à la lecture silencieuse).

Pour les Anciens, le langage écrit n’était qu’un succédané du langage oral (une simple technique, non une magie).
Donc ils ne vénéraient pas le livre.
La lecture silencieuse est une technique inventée à la fin du IVe siècle.
C’est elle qui, en transférant le sens aux signes écrits, a donné naissance au culte des livres.

Mais l’exemple alexandrin vient, selon moi, contredire l’affirmation qu’elle introduit. Je veux considérer la bibliothèque d’Alexandrie comme le rejeton des bibliothèques orientales, comme celle de Ninive, les similitudes sont trop pertinentes (voir citation faite la semaine dernière). Le mouvement du temps, entre Ninive et Alexandrie, étant plutôt celui d’une laïcisation, d’une technicisation de l’objet écrit (mouvement imparfait).

Ce cosmopolite de Borgès, ce bon connaisseur de l’Orient lointain (Inde, Chine) ou récent (Islam), ne comprend dans les Anciens que les Grecs et les Latins (les Indo-européens), voir la suite, le gauchissement.

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« Del culto de los libros » in Otras inquisiciones / Jorge luis Borges

« Del culto de los libros » in Otras inquisiciones / Jorge luis Borges.- Madrid: Alianza Editorial, 1997. (Biblioteca Borges)

p.167. El fuego, en una de las comedias de Bernard Shaw, amenaza la biblioteca de Alejandría; alguien exclama que arderá la memoria de la humanidad, y César le dice: Déjala arder. Es una memoria de infamias. El César histórico, en mi opinión, aprobaría o condenaría el dictamen que el autor le atribuye, pero no lo juzgaría, coma nosotros, una broma sacrílega. La razón es clara: para los antiguos la palabra escrita no era otra cosa que un sucedáneo de la palabra oral.

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