Image, icône, économie : les sources byzantines de l’imaginaire contemporain / Marie-José Mondzain (report)

Le Seuil, 1996.

28. Le terme (économie) se trouve chez Paul, l' »inventeur » de l’image filiale naturelle, pour parler du plan de l’incarnation (n : 1 Co 11, 7 ; 2 Co 4, 4 ; Col 1, 15)

29. Il s’en trouva pour penser que l’on peut parfaitement être chrétien et refuser l’icône. Mais il n’y eut personne pour soutenir que l’on peut gouverner en se passant d’elle. (…) l’iconographie impériale est abondante, et même en plein essor durant la crise, au moment où l’empereur, ordonnant la destruction des figurations religieuses, répand son propre portrait ainsi que les signes de sa pompe, de ses plaisirs et de sa gloire à travers l’Empire. Seules l’image du Christ et celles de sa mère et des saints se trouvent interdites et détruites.

Théodore Stoudite : Antirrhétiques, II, PG 99, 353 D. :

Le propos, mon cher, n’est pas ici la Théologie, au sujet de laquelle il ne peut être question d’effigie ni d’une pensée de la similitude, mais l’Economie, grâce à laquelle on voit le prototype et sa dérivation, encore faut-il que tu admettes que le Verbe a assumé une chair semblable à la nôtre.

Pseudo-Denys : La Hiérarchie céleste, II, 3, 141 A :

Si donc les négations, en ce qui concerne les réalités divines, sont vraies, au lieu que les affirmations sont inadéquates au caractère secret des mystères, c’est plus proprement que les êtres invisibles se révèlent par des images sans ressemblance avec leur objet.
(trad. par Maurice de Gandillac, « Sources chrétiennes », 1970)

-> Paul, Eph 1, 10 et 3, 9.

Hippolyte : Contre l’hérésie d’un certain Noétos, PG 8, 816 b :

S’il veut apprendre comment est montré un seul Dieu, qu’il sache que sa puissance est unique : en ce qui concerne la puissance, il n’y a qu’un seul Dieu, mais en ce qui relève de l’économie, triple est la manifestation.

Augustin : De Trinitate, XII, vi, 6 (sur Génèse, 1, 26-27) :

En effet Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image et ressemblance »; et il est dit peu après : « Et Dieu fit l’homme à l’image de Dieu. »
Ce mot « notre », étant un pluriel, serait impropre si l’homme était fait à l’image d’une seule des personnes, Père, Fils ou Saint-Esprit; mais l’homme étant fait à l’image de la Trinité, voilà pourquoi on trouve l’expression « à notre image ». En revanche pour nous préserver de croire qu’il y a trois dieux dans la Trinité, alors que cette même Trinité est un seul dieu, l’auteur sacré dit : « Et Dieu fit l’homme à l’image de Dieu ».

Paul : 1 Co, 13, 12 :

Nous voyons maintenant à travers un miroir, en énigme, mais alors nous verrons face à face.

Paul : 2 Co, 3, 18 :

Pour nous le visage découvert, contemplant comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de clarté en clarté, comme par l’esprit du Seigneur.

Augustin : De Trinitate, XV (sur Paul, 2 Co, 3, 18) :

viii, 14.- « Contemplant », dit-il, c’est-à-dire voyant dans un miroir et non pas voyant d’un poste d’observation […]. « Nous serons transformés », c’est-à-dire nous passerons d’une forme à une autre, de la forme obscure à la forme lumineuse. Car la forme obscure est déjà image de Dieu et, par là même, sa gloire.
ix, 16.- S’il était facile de voir, on n’emploierait pas ce mot d’énigme. Et voici la grande énigme : que nous ne voyons pas ce que nous ne pouvons pas ne pas voir.

Basile : Sur le Saint-Esprit, XVIII, 45 :

Comment donc, s’ils sont un et un, ne sont-ils pas deux dieux ? Parce que l’image du roi, on l’appelle roi aussi et qu’on ne dit pas deux rois […]. De même qu’il n’y a qu’une seule autorité sur nous et que le pouvoir en est unique, de même la gloire que nous lui rendons est-elle unique, et non multiple, car l’honneur rendu à l’image passe au prototype. Ce que l’image est là par imitation, le Fils l’est ici par nature. Et de même que, en art, la ressemblance se prend sur la forme, ainsi, pour la nature divine, qui est simple, c’est dans la communauté de la déité que réside le principe d’unité.
Un aussi, le Saint-Esprit… (-> lat.)

55. Si la Providence qui veille sur le monde et qui est économie reste un mystère « ineffable et incompréhensible » sur lequel nous devons nous abstenir de toute question et de toute explication, il n’en reste pas moins que l’explication instrumentale qui finalise le mal et la souffrance comme économie de la liberté et organon du salut donne, à un tout autre niveau, son intelligibilité au mystère. L’économie nous fait passer du régime du mystère à celui de l’énigme.

Jean Chrysostome : Sur la Providence de Dieu, XII :

3-4. Nous disons que ces scandales sont permis pour que ne soient pas diminuées les récompenses des justes […]. Paul dit aussi [1 Co 11, 19] :

« Il faut qu’il y ait des scissions pour que ceux dont la vertu est éprouvée soient découverts parmi vous. »

4-5. De plus, les méchants ont été laissés libres pour une autre raison : c’est pour qu’ils ne soient pas privés de l’utilité qui résulte de leur conversion…
7. Au sujet de l’Antéchrist, Paul donne une autre raison. Quelle est-elle ? C’est pour supprimer tout moyen de défense aux juifs. Ceux-ci auraient été lésés s’ils n’avaient eu des occasions de combattre, mais ceux-là, en ayant subi un dommage, ne devraient raisonnablement imputer leur chute à personne d’autre qu’à eux-mêmes.

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