Intermittences

Jeudi la crève s'est installée et hier a été l'acmé (inch'Allah!): mal au crâne, sinusite, rhinite, laryngite… resté au lit et renoncé à descendre travailler à Nice. Retour en France et comme l'ADSL est à nouveau en panne j'écoute la radio en direct et me rend compte combien ça peut m'être pernicieux (à Istanbul, j'ai recommencé à écouter France-Cul mais au choix; ce qui est très différent). Je pense à ce que très naïvement (franchement) Finkielkraut avait dit (avoué?) à Laure Adler lors des entretiens de l'an dernier, qu'il pensait sur l'actualité, en réaction. Je me sens souvent dans cette situation et la tendance du blogue est de se couler tout à fait dans cette pente là. Ce n'est qu'une forme sophistiquée de la conversation de zinc (un peu mythique, de fin de soirée serait plus réaliste). La tendance aujourd'hui est de dire que les blogues sont l'occasion d'une explosion de présomption ("rabid selfimportance" ai-je trouvé en anglais à propos des blogues) et de fait, si j'en juge à la façon dont j'en suis affecté, la remarque touche. Cependant, si l'on ne confond pas, comme on le fait couramment, l'activité bloguistique avec l'activité journalistique (c'est-à-dire si l'on continue à tenir les blogues pour ce qu'ils sont à l'origine, à savoir pour des journaux personnels ouverts à tous par la publication sur le net), cette réactivité à l'actualité médiatique qui apparente les blogues aux discussions de café ou, dans un cadre culturel différent, aux discours Hyde Parkiens, pourrait être considéré comme une extension assez naturelle de ces pratiques éminemment démocratiques et la présomption dont elle témoignerait ne serait que la présomption fondatrice de la démocratie qui présume dans tout citoyen, hors toute expertise ou qualification particulière, la compétence à juger des affaires publiques. Dans cette mesure, le suivi, la pensée réactive serait plus critiquable chez un intellectuel qualifié comme Alain Finkielkraut.

(Je crois que je vais faire de cette note un post (!), mais ce qui me gênerait alors serait de donner l'impression de hurler avec les loups en m'en prenant comme beaucoup ces temps-ci à Alain Finkielkraut. S'il n'y a pas grand chose chez AF où je me retrouve ces temps-ci je continue d'écouter "Répliques" chaque samedi lorsque je n'en suis pas empêché (et alors je rattrape généralement sur le net), et ceci depuis que cette émission existe. Et, je m'en rends bien compte à cette reprise de l'écoute en continu, son émission, malgré les critiques qui lui sont légitimement faites, à savoir de mettre souvent l'un de ses invités dans une situation piégée, tient le coup, continue de stimuler la réflexion. La passion que met Finkielkraut à défendre ses croyances, la fragilité qu'il manifeste ainsi, le préservent de la suffisance ataraxique qui infecte les discours de tant d'autres "producteurs", qu'ils soient ou non qualifiés de philosophes, tel celui qui hier énumérait avec une tranquille certitude parmi les moyens de fuir la réalité la prise de drogue et la croyance en Dieu.)

Une réflexion sur “Intermittences

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