Invention ou découverte de la perspective: Hans Belting, Alhazen et les Italiens

Christian Joschke, à propos du nouveau livre de Hans Belting, Florence et Bagdad, dans « La Vie des Idées »:

Mais, comme Belting l’avait déjà esquissé dans le cours du 11 février 2003, cette irruption de la géométrie dans la peinture, qui a aidé les peintres à chercher l’adéquation entre le regard et l’image, était le fait d’un transfert culturel de longue durée, au cours duquel une théorie optique forgée au XIe siècle au cœur de la culture de l’Islam par le mathématicien Alhazen a été promise à une importante fortune en Europe. Ce transfert permit non seulement la redécouverte d’Euclide en occident et jouait le rôle évident de culture médiatrice, mais elle constituait également un apport considérable. Traduite et commentée par les « perspectivistes » dans les années 1270, elle fut utilisée, à la Renaissance, comme référence par les théoriciens de la perspective appliquée à la peinture, à l’instar de Lorenzo Ghiberti, de Piero della Francesca et de Leon Battista Alberti.

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(Le billet « Invention ou découverte de la perspective (Daniel Arasse) » est le plus lu de ce blogue, 9516 vues aujourd’hui, sans doute parce qu’il arrive très bien sur la requête « découverte de la perspective » via Google et du coup s’offre aux lycéens qui ont à faire un devoir sur la perspective. C’est à l’occasion de la question d’une lycéenne en commentaire que j’ai découvert le rôle des théories optique d’Ibn al-Haytham ie Alhazencirconstances et commentaire ici.)

Je ne cite ici que ce qui correspond au billet publié ici mais tout l’article est passionnant (et sans doute aussi le livre de Belting que je n’ai pas – encore – lu), en particulier articule ce qui change dans le passage à l’Occident:

Partie d’une théorie de l’optique puis intégrée à une philosophie de la perception, la perspective est devenue une théorie mathématique appliquée à la peinture, utilisée pour donner au tableau ou à la fresque l’illusion de la troisième dimension et faire correspondre ainsi l’image avec le regard. La notion de perspective avait pris à ce moment le sens qu’on lui donne aujourd’hui.

voir:

3 réflexions sur “Invention ou découverte de la perspective: Hans Belting, Alhazen et les Italiens

  1. Une question qui m’occupe sur ce sujet est celle de l’aval. Je veux dire qu’il existe une réflexion bien documentée, que tu évoques et travailles ici, sur la généalogie de la perspective (son amont). Mais bon, le cubisme est arrivé, sa période n’a pas été bien longue, et puis il est passé. Est-ce à dire que la perspective a définitivement triomphé, ou les choses sont-elles aujourd’hui encore plus compliquées que cela? J’opterais volontiers pour la seconde hypothèse, mais il est curieux qu’on n’en parle pas davantage. Même chose pour la musique. Schönberg a reçu le secours tardif et très énergique de Boulez, mais dans quel paysage au juste en sommes-nous aujourd’hui? Je ne vois que David Hockney pour continuer à agiter ces questions, à ne pas en parler seulement comme des choses du passé mais à montrer en quoi elles restent vives. Et avec Hockney on voit bien en quoi la réflexion sur la génèse est nécessaire pour réfléchir sur l’éventuelle actualité. Faut poursuivre…

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  2. J’opte pour « plus compliquées »: la fin de l’imperium de la perspective sur la peinture occidentale est contemporaine de l’apparition puis de la généralisation de la photographie – sur la formule « camera oscura » (= Alhazen) + chimie. Donc une multiplication des modes d’appréhension du visible. Ce qui me semble exemplaire dans cette situation, c’est qu’on serait tenté de penser que la perspective, ou ce dont elle est le signe, à s’inscrire dans les algorithmes de la technique s’est définitivement pérennisée. Et n’est-ce pas emblématique de notre aujourd’hui, que de considérer comme acquis les éléments structurants de notre héritage, au point d’oublier qu’ils sont un héritage, qu’ils ont une généalogie et un destin, au point d’oublier qu’ils peuvent avoir à faire l’objet d’un soin. L’article de Christian Joschke de ce point de vue est passionnant en ce qu’il insiste sur l’opération que subit l’invention d’Alhazen en se transplantant dans un contexte culturel (religieux) global très différent, opposé même quant au statut des images.

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