Nietzsche, le nihilisme, la musique

Je cherche dans Nietzsche (et trouve – post à venir) de quoi éclairer mon scepticisme quant à l'affirmation de Jean-Pierre Faye (Le Piège, p. 124) qu'il y aurait chez lui (N.), dans le fragment du 10 juin 1887, la réfutation précise du Nietzsche heideggerien. Parce qu'il me semble à moi que le tournant anti-métaphysique causé chez Heidegger par la mise en cause du recteur Krieck (cf. post récent) se fait sur fond de nietzschéisme: l'interpellation du recteur K. se fait au nom d'un nietzschéisme implicite et la réponse de Heidegger est de se faire, quant à la métaphysique, plus nietzschéen que Nietzsche (faisant de celui-ci le dernier métaphysicien). Que ces nietzschéismes soient trahisons de Nietzsche lui-même, cela va sans dire, c'est vrai de tout nietzschéisme.

Ce qui me frappe à nouveau, à me remettre à lire dans Nietzsche après un assez long intervalle, c'est combien cette pensée est héroïque, admirable, nécessaire et combien elle est dangereuse dès qu'on est tenté de l'arrêter, en d'autres termes que N. est un maître dans la pratique de la pensée et qu'il ne doit jamais l'être dans la théorie, qu'il ne faut jamais faire de N. une autorité. Il est toujours possible de trouver dans le foisonnement de la pensée et des écrits de Nietzsche de quoi soutenir une position et son inverse.

Ainsi trouvé-je ce fragment que je ne peux m'empêcher de copier ici avec malice pour mettre un contrepoint à l'émission de l'autre jour où Clément Rosset (A voie nue, descendre sur le résumé de l'émission de vendredi) se revendiquait du grand moustachu pour faire l'éloge de la musique comme moment de l'assomption joyeuse du tragique indépassable de la réalité:

"La musique et ses dangers, – sa griserie, son art de susciter des états chrétiens, et surtout ce mélange de sensualité transposée et de frénésie de prière (François d'Assise) – va la main dans la main avec l'impureté de l'intellect et l'exaltation du coeur: brise la volonté, surexcite la sensibilité, les musiciens sont lubriques." (Gallimard, Mp XVII 3b, 7 [65,5], t. XII, p. 309, sans doute écrit à Nice)

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