Copistes (3:Orhan Pamuk)

« Ceux qui remarquent avec surprise que, dans les pays musulmans, les rayons des bibliothèques sont remplis de livres où foisonnent les commentaires et les annotations manuscrits devraient, au lieu de s’étonner, lancer un coup d’oeil aux multitudes d’hommes briséés que l’on croise dans les rues. « 

Je me rendis dans des bibliothèques où les employés lançaient aux lecteurs des regards qui signifiaient: « Que venez-vous donc fiche ici? »
(…) je comparais entre elles certaines images, certaines expressions rencontrées dans mes lectures; je distinguais les chuchotements discrets qu’échaangeaient les textes dont j’arrivais à déchiffrer les secrets, je les classais; je construisais de nouvelles connexions et, fier de la complexité de ce réseau que je construisais avec la patience de l’homme qui entreprend de creuser un puits avec une aiguille, je m’efforçais de tirer vengeance de tout ce que j’avais manqué dans ma vie. Ceux qui remarquent avec surprise que, dans les pays musulmans, les rayons des bibliothèques sont remplis de livres où foisonnent les commentaires et les annotations manuscrits devraient, au lieu de s’étonner, lancer un coup d’oeil aux multitudes d’hommes brisés que l’on croise dans les rues.

« La Vie nouvelle » / Orhan Pamuk (Yeni Hayat, trad. Munever Andac, Paris: Gallimard, 1999), p. 392-392.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s