Trajets d’A., automobiles

1.

Tu montes la vallée du Var, passes le pont de la Manda
tu prends vers Carros, vers la droite, après Carros le Broc.
Tous les jeudis en voiture noire, toujours la même,
le coffre est dedans, on soulève le dossier arrière et dedans
le bidon d’huile et le bidon de vin et le coussin où
ils s’endormaient, les enfants, le soir au trajet de retour.
A l’arrivée parfois le cinéma sur la place, l’écran tendu
entre l’église et l’école, chacun venait avec sa chaise
et la séance avait été annoncée par le crieur municipal.
Sinon tout le monde dormait. Son père la portait.
Le petit avait dormi dans un hamac pendu au milieu
de la voiture. Le lendemain ils venaient plus tard en classe.
Tous les jeudis, donc, ils descendaient à Nice, le père pour acheter
dans une librairie rue Jean Jaurès des fournitures pour la classe.
Ils s’habillaient comme en dimanche mais le jeudi
demi-bas blancs, chaussures noires vernies que le grand-père
offrait à Pâques tous les ans. Tout le monde les regardaient partir.
Ils arrivaient chez la grand’mère, place du Pin, dans le quartier du port,
le père tout de suite allait à la Fédération. Le grand-père travaillait.
L’après-midi ils allaient avec la grand’mère au cinéma à côté sur
la place, ce qui passait, on ne choisissait pas, ou acheter
des chaussures avec la mère, ou des livres ou décalcomanies pour occuper leur après-mdi.
Ils dinaient tôt ou la grand’mère enveloppait un repas. La nuit tombait
sur le retour. Souvent sur la route du Var, après Spada
un barrage de police. Un qui venait avec une lampe torche,
les enfants se réveillaient et s’imaginaient dans le coffre derrière
leur dos des marchandises ou des tracts illégaux. Le pont de la Manda
alors encore longue et droite passerelle. Je me souviens aussi.
Puis une forêt épaisse, parfois des bohémiens.
Souvent les enfants rendormis se réveillaient plus haut, un tournant
après lequel d’un coup se voit le Broc avec des petites lumières jaunes.
Peu de voitures sur la place de l’Eglise où l’on garait, il fallait marcher
sur de longs degrés inclinés jusqu’à la place de la Mairie laquelle
est la même bâtisse que l’école. On se couchait de suite, l’hiver
avec une bouillotte, un bidon de cuivre dans un bas de laine.

2.

Un mec qui attend devant la maison avec une voiture,
mais on passait devant le lycée. Elle glissait au fond
du siège et ils montaient sur la colline
de Saint Pierre de Féric, pleine de fleurs, ce devait être le printemps.
La voiture parfois des journées entières que tu n’en peux plus
que tu as pris la forme du siège de la voiture
qui sort de la ville, toutes les routes possibles.
Parfois elle en solex jusqu’à tel endroit puis elle saute
dans la voiture, le solex laissé dans n’importe quel quartier.
Le chauffage, la fumée que tu n’en peux plus. Ensuquée.
La voiture garée dans un chemin, arrivent les gendarmes.
Sous la pluie torrentielle, avec des gerbes d’eau.
La voiture qui tombe en panne sur la plaine du Var,
ils marchent jusqu’un restaurant près de Castagniers,
un grand restaurant avec une noce. Bu quelque chose
et ils appellent à Nice un taxi. Il fait nuit et pleine lune.
Faute d’argent ils s’arrêtent à Magnan et
il est rentré chez lui à pied.
Partir sans savoir, tu te retrouves très loin de Nice,
des vignes, dans le Var.
Ça lui fait l’effet comme le solex avec
quelqu’un an parallèle. Elle les pieds
sur le tableau de bord, projettée.

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