Notes parisiennes (printemps 1978): chien mort

avril

Vers une heure, sur mon chemin, un chien mort: un petit lévrier beige, presque rose, renversé et non pas couché, tout raide comme un jouet, les pattes de dessus se mouvant encore lentement. Mais il est mort.

Son corps est intact, la tête posée sur le bitume. Les yeux s’opacifient et bleuissent. De la pointe du museau, du devant de la gueule et de la truffe coule un sang frais, très rouge et clair. Je le vois couler. Beaucoup de monde arrêté. Une vieille dame s’est avancée jusqu’au chien et l’a poussé du pied. J’ai regardé le chien sans m’arrêter, je suis passé sans horreur, mais j’avais, tandis que je continuais vers la bibliothèque, de la colère, l’envie de gifler les spectateurs pour leur pitié, qui restent là à s’amollir le coeur, et la vision du chien m’est revenue tout l’après-midi.

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