Notes parisiennes (printemps 1978): réparties

1.
Le marchand de poisson bazarde un fond de cageot de sardines. Un passant (maghrébin) demande qu’on lui répète le prix et puis dit que c’est trop cher en passant son chemin. Alors un autre employé de la poissonnerie : Et alors, il vous faut une maison de campagne avec?

2.
Hier après-midi en rentrant de la bibliothèque entre 17 et 18 heures, j’ai faim et j’achète un sandwich-merguez sur les boulevards, et comme il me donne soif, je vais boire un demi au café qui est près de chez nous. Le patron est un petit homme maigre, aux cheveux gris, aux sourcils noirs et à l’air soucieux. A côté de moi une très jeune fille blonde à peine formée et jolie, son frère, son père et un autre type. La fille boit un diabolo-menthe, son frère une orangeade, le père une limonade et l’autre type un panaché. Le garçon fait une faute grossière de psycho-sociologie en inversant les deux dernières consommations. Il y a derrière le comptoir le garçon, un jeune homme mince, la serveuse un peu plus vieille que lui, ni belle ni laide, et le patron du côté de la caisse. Le garçon lave les tapis de caoutchouc où l’on fait sécher les verres. Une des faces des tapis est moulée avec des rainures, où doivent reposer les bords des verres. Le garçon roule les tapis la face rainurée vers l’intérieur et les mets à égoutter entre les cols des bouteilles qui rafraîchissent dans un bac. Le patron intervient et explique qu’il faut rouler les tapis dans l’autre sens, rainures à l’extérieur, sinon les bouts se relèvent. Le garçon se fait répéter l’explication. La serveuse qui lave les verres dit : Comme ça il t’aura au moins appris quelque chose le patron. Ils se marrent. Le serveur renchérit : Pour une fois, il sert à quelque chose le patron. Le patron sourit, indécis peut-être, il a confirmé son explication d’un geste sur le tapis où égouttent les verres, il dit: Il en faut des patrons. Et la serveuse en lavant les verres: Bien sûr qu’il en faut, il faut de tout.

Devant ce café, où je déjeune parfois d’un café et d’une tartine beurrée, une sorte de fada tient un étal de journaux et revues, c’est là que j’achète, presque quotidiennement en ce moment,Libération. J’en lis quelques articles sur le trajet du travail et je finis avant le souper. A l’heure du petit déjeuner, le fada mastique une tranche de veau froid qu’il arrose de Côtes-du-Rhône.

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