Arnold Schönberg à Vassili Kandinsky: « ne voir dans les actions des juifs que le mauvais et dans leurs mauvaises actions que le juif… »

Au retour de l’exposition « Arnold Schönberg: Peindre l’âme » au musée d’art et d’histoire du judaïsme. Le petit film de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, « Einleitung zu Arnold Schoenbergs Begleitmusik zu einer Lichtspielscene) », est projeté au bout du parcours, un parcours qui me fait découvrir le lien étroit et l’amitié qui ont uni Arnold Schönberg et Vassili Kandinsky. La plus grande partie du film est consacrée à une lecture de deux lettres d’Arnold Schönberg à son ami Kandinsky.

Schönberg écrit à Kandinsky pour refuser l’invitation de rejoindre le Bauhaus. Les manifestations d’antisémitisme qui se sont multipliées au cours de l’année et des propos rapportés d’Alma Mahler lui font comprendre cette invitation comme une concession d’exception, un exemption de judaïté. C’est cette exemption qu’il refuse.[1]

Converti au protestantisme en 1898, il se reconvertira au judaïsme en 1933, à Paris.

Lettre du 19 avril 1923:

Car ce que j’ai été contraint d’apprendre l’année passée, je l’ai enfin compris et je ne l’oublierai jamais. À savoir que je ne suis pas un Allemand, pas un Européen, pas même peut-être un être humain (au moins les Européens me préfèrent les pires de leur race), mais que je suis juif.

Cela me convient! Aujourd’hui je ne veux plus du tout être une exception; je n’ai rien contre qu’on m’entasse avec tous les autres dans un pot. Parce que j’ai vu que de l’autre côté (qui ne m’est certainement plus un modèle) tout est aussi dans un pot. J’ai vu que quelqu’un avec qui je croyais être au même niveau a recherché la communauté du pot, j’ai entendu dire que même un Kandinsky ne voit dans les actions des juifs que le mauvais et dans leurs mauvaises actions que le juif et là j’abandonne l’espoir d’une inter-compréhension. C’était un rêve. Nous sommes deux sortes différentes d’hommes. Définitivement![2][3]

Lettre du 19 avril 1923

Pourquoi dit-on des juifs qu’ils sont comme sont leurs trafiquants?
Dit-on aussi des aryens qu’ils sont comme sont leurs pires éléments?
Pourquoi les aryens sont-ils mesurés d’après Goethe, Schopenhauer, etc..
Pourquoi ne dit-on pas des juifs qu’ils sont comme Mahler, Altenberg, Schönberg et beaucoup d’autres?
Pourquoi, si vous avez un sentiment pour les êtres humains, êtes-vous un politicien? Où celui-ci ne doit pas tenir compte des êtres humains mais seulement de l’objectif de son parti?[4]

  1. Esteban Buch résume ainsi l’affaire dans l’Etincelle, journal de l’Ircam, en juin 2009: « C’est une indiscrétion d’Alma Mahler qui fut à l’origine de la fameuse lettre de Schoenberg du 19 avril 1923 où, dénonçant la montée de l’antisémitisme, il exprime sa peine et sa colère de voir que « même un Kandinsky » peut y tomber. Sans trancher sur ce que Kandinsky a pu vraiment dire au Bauhaus, faute de sources, on remarquera que le soupçon de Schoenberg n’est pas vraiment démenti par la réponse conciliante du peintre quatre jours plus tard, où tout en en parlant de ses amis juifs et en se rangeant avec son correspondant dans la catégorie des hommes « libres intérieurement », il évoque le « problème juif » en termes de maladie et de nations « possédées » qui, fort heureusement, peuvent encore être « guéries ». Quelle nation, quelle maladie, quelle thérapie ? On ne sait. Voilà, avec son lot d’obscurité, le nœud de la torsion de l’histoire de l’art par l’histoire politique, dont leur rencontre est porteuse jusque dans la rupture. Au-delà des tentatives ultérieures pour recoller les morceaux – une rencontre fortuite en 1927, une dernière lettre de Kandinsky en 1936 – la brouille entre les deux hommes est aussi significative que leur amitié.
  2. Précision sur Wikipedia:  » Il faut noter que les propos antisémites de Kandinsky, n’étaient que des ragots rapportés par Alma Mahler, qui était elle-même antisémite. Elle a donc été à l’origine de la rupture entre les deux artistes. »
  3. Denn was ich im letzten Jahre zu lernen gezwungen wurde, habe ich nun endlich kapiert und werde es nicht wieder vergessen. Dass ich nämlich kein Deutscher, kein Europäer, ja vielleicht kaum ein Mensch bin (wenigstens ziehen die Europäer die schlechtesten ihrer Rasse mir vor), sondern, dass ich Jude bin. Ich bin damit zufrieden! Heute wünsche ich mir gar nicht mehr eine Ausnahme zu machen; ich habe gar nichts dagegen, dass man mich mit allen andern in einen Topf wirft. Denn ich habe gesehen, dass auf der Gegenseite (die ja für mich nicht weiter vorbildlich ist) auch alles in einem Topf ist. Ich habe gesehen, dass einer mit dem ich gleiches Niveau zu haben glaubte, die Gemeinschaft des Topfes aufgesucht hat, ich habe gehört, dass auch ein Kandinsky in den Handlungen der Juden nur Schlechtes und in ihren schlechten Handlungen nur das jüdische sieht und da gebe ich die Hoffnung auf Verständigung auf. Es war ein Traum. Wir sind zweierlei Menschen. Definitiv!

  4. Warum sagt man, dass die Juden so sind, wie ihre Schieber sind?
    Sagt man auch dass die Arier so sind, wie ihre schlechtesten Elemente?
    Warum misst man einen Arier nach Göthe[!], Schopenhauer, und dgl.
    Warum sagt man nicht die Juden sind so wie Mahler, Altenberg, Schönberg und viele andere?
    Warum, wenn Sie ein Gefühl für Menschen haben, sind Sie Politiker? Wo dieser doch den Menschen gar nicht rechnen und nur auf das Ziel seiner Partei sehen darf?

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