Epictète: « Prends la chose du côté où tu sens un frère… »

Manuel d’Epictète et tableau de Cébès, en grec, avec une traduction française (…) / par Lefebvre Villebrune, Bibliothécaire de la Bibliothèque nationale.- A Paris : chez Gail…, Pigoreau…, l’an troisième.

63 – Si quelqu’un te fait du tort, ou parle mal de toi : songe qu’il ne se comporte ainsi que parce qu’il pense y être obligé : il ne peut donc suivre ton opinion et renoncer à la sienne. Mais si en se comportant ainsi, il juge mal, ce n’est qu’à lui qu’il fait tort puisqu’il n’y a que lui de trompé. En effet, qu’une vérité compliquée passe pour une fausseté, ce n’est pas cette vérité qui en souffre, mais celui qui l’a mal appercue, qui est abusé. En partant de ce principe, tu seras modéré envers cet homme injurieux : dis seulement à chacun de ses propos : « c’est son opinion ».

64 – Toute chose a deux anses : on peut la porter par l’une et non par l’autre. Ton frère te fait une injustice ? ne prends pas la chose du côté de l’injustice, car ce n’est pas l’anse par laquelle tu pourrois la porter; mais prends-la du côté où tu sens un frère, un homme qui a été nourri avec toi, et tu prendras la chose par l’anse qui te permet de la porter.