Benoit XVI et l’Islam: Tariq Ramadan

Le Pape et l’islam : le vrai débat (Oumma.com : L’Islam en toute liberté)

on assiste à des mouvements populaires de protestation dont la caractéristique première est un débordement émotionnel absolument incontrôlé. Ces masses en ébullition donnent l’impression qu’on ne débat pas chez les musulmans et que le verbe agressif et la violence sont davantage la règle que l’exception. Il est de la responsabilité des intellectuels musulmans de ne pas jouer à ce jeu dangereux et tout à fait contre productif.

On peut être surpris de cette référence au savant zahirite Ibn Hazm (respecté mais néanmoins marginal) pour questionner la relation de l’islam avec la rationalité.

Est-il sage, et juste, que les musulmans s’offusquent du contenu de cette citation – parce qu’elle aurait été choisie par le Pape – et qu’ils fassent mine d’oublier que depuis cinq ans, ils sont quotidiennement questionnés sur le sens du « jihâd » et de l’usage de la violence. Le Pape Benoît XVI est à l’image de son temps et il pose aux musulmans les questions de son temps : c’est avec de la clarté et de solides arguments qu’il faut répondre en commençant, par exemple, par refuser que l’on traduise « jihâd » par « guerre sainte ».

Aux rationalistes laïques, qui voudraient débarrasser les Lumières de la référence chrétienne, il rappelle que cette dernière participe de l’identité européenne et qu’il leur sera impossible de dialoguer avec les autres religions s’ils nient le socle chrétien de leur identité (qu’ils soient croyants ou non).

C’est à cela que les musulmans doivent répondre d’abord en contestant cette lecture de l’histoire de la pensée européenne où le rationalisme musulman n’aurait joué aucun rôle et où on réduirait la contribution arabo-musulmane à la seule traduction des grandes œuvres grecques et romaines.

L’Europe doit se réconcilier avec la diversité de son passé afin de maîtriser le pluralisme impératif de son avenir. L’approche réductrice du Pape n’aide pas à la réalisation de cette réappropriation : une approche critique ne devrait point attendre de lui des excuses mais simplement, raisonnablement, lui prouver qu’il se trompe historiquement, scientifiquement et, au fond, spirituellement. Ce serait également un moyen pour les musulmans d’aujourd’hui de se réconcilier avec l’édifiante créativité des penseurs musulmans européens du passé qui non seulement étaient intégrés mais qui ont profondément contribué, nourri et enrichi de leurs réflexions critiques l’Europe comme l’Occident.

Version anglaise: A struggle over Europe’s religious identity – Editorials & Commentary – International Herald Tribune

Le Monde.fr : Construisons un nouveau « nous », par Tariq Ramadan

Face aux peurs légitimes, les Occidentaux musulmans ne peuvent se contenter de minimiser ou de se poser en victimes. Ils doivent élaborer un discours critique qui dénonce les lectures radicales, littéralistes et/ou culturelles des textes religieux. Il est important qu’ils ne cautionnent pas la confusion ambiante dans les débats de société : les problèmes sociaux et l’immigration ne sont pas des « problèmes religieux » et n’ont rien à voir avec l’islam.

Des propos racistes se généralisent, on relit le passé en déniant à l’islam la moindre participation à la formation de l’identité occidentale, désormais purement « gréco-romaine » et « judéo-chrétienne ».

Sous peine de provoquer une compétition des mémoires blessées, il faut un enseignement plus objectif de « notre » histoire qui intègre les mémoires qui participent de la collectivité actuelle.

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