Céder sur son désir / Agamben (Profanazioni)

Désirer est la chose la plus simple et la plus humaine qui soit. Pourquoi, alors, précisément nos désirs nous sont-ils inavouables, pourquoi nous est-il si difficile de les porter à la parole? Si difficile que nous finissons par les tenir cachés, que nous construisons pour eux quelque part en nous une crypte, où ils restent embaumés, en attente.

Nous ne pouvons porter au langage nos désirs parce que nous les avons imaginés. La crypte ne contient en réalité que des images, comme un livre pour les enfants qui ne savent pas encore lire, comme les images d’Épinal d’un peuple analphabète. Le corps des désirs est une image. Et ce qui est inavouable dans le désir, c’est l’image que nous nous en sommes faite.

Communiquer à quelqu’un les désirs sans les images, est brutal. Lui communiquer les images sans les désirs est écœurant (comme raconter les rêves ou les voyages). Mais dans les deux cas facile. Communiquer les désirs imaginés et les images désirées est la tâche la plus ardue. C’est pourquoi nous la différons. Jusqu’au moment où nous commençons à comprendre qu’elle restera pour toujours en attente. Et que, ce désir inavoué, nous le sommes, nous-mêmes, pour toujours prisonniers dans la crypte.

Hypnerotomachia Poliphili pag251

Profanazioni / Giorgio Agamben (2010):

Desiderare è la cosa piú semplice e umana che sia. Perché, allora, proprio i nostri desideri sono per noi inconfessabili, perché ci è cosí difficile portarli alla parola? Cosí difficile che finiamo col tenerli nascosti, costruiamo per essi in noi da qualche parte una cripta, dove rimangono imbalsamati, in attesa.

Non possiamo portare al linguaggio i nostri desideri, perché li abbiamo immaginati. La cripta contiene in realtà soltanto delle immagini, come un libro di figure per bambini che non sanno ancora leggere, come le images d’Epinal di un popolo analfabeta. Il corpo dei desideri è una immagine. E ciò che è inconfessabile nel desiderio, è l’immagine che ce ne siamo fatta.

Comunicare a qualcuno i propri desideri senza le immagini è brutale. Comunicargli le proprie immagini senza i desideri è stucchevole (come raccontare i sogni o i viaggi). Ma facile, in entrambi i casi. Comunicare i desideri immaginati e le immagini desiderate è il compito piú arduo. Per questo lo rimandiamo. Fino al momento in cui cominciamo a capire che rimarrà per sempre inevaso. E che quel desiderio inconfessato siamo noi stessi, per sempre prigionieri nella cripta.

Il messia viene per i nostri desideri. Egli li divide dalle immagini per esaudirli. O, piuttosto, per mostrarli già esauditi. Ciò che abbiamo immaginato, lo abbiamo già avuto. Restano – inesaudibili – le immagini dell’esaudito. Con i desideri esauditi, egli costruisce l’inferno, con le immagini inesaudibili il limbo. E con il desiderio immaginato, con la pura parola, la beatitudine del paradiso.

Sans le vouloir d’abord, je me suis trouvé à traduire l’entièreté de ce court texte, à l’exception du dernier paragraphe, que je ne suis pas sûr de bien comprendre:

Le messie vient pour nos désirs. Il les sépare des images pour les réaliser (esaudirli). Ou plutôt, pour les montrer déjà réalisés. Ce que nous avons imaginé, nous l’avons déjà eu. Restent – irréalisables – les images du réalisé. Avec les désirs réalisés, il construit l’enfer, avec les images irréalisables les limbes. Et avec le désir imaginé, avec la pure parole, la béatitude du paradis.

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