Jacques ELLUL: Islam et judéo-christianisme (citation)

p. 75:
« la Bible, à l’encontre du Coran, nous parle d’un Dieu d’Amour, en qui le Père et le Fils s’aiment d’un amour éternel, d’un Dieu qui a choisi d’exercer sa toute-puissance transcendante dans l’extrême abaissement et l’extrême proximité de l’amour; d’un dieu dont la révélation dans l’histoire s’opére non par des mots, non par un livre fait d’avance, mais par une rencontre personnelle, avec une personne ».
Ce qui est explicité un peu plus haut:
« il faut revenir sans cesse au fait que c’est Jésus-Christ qui nous empêche d’identifier l’attitude biblique et l’attitude islamique. »

Jacques ELLUL: Islam et judéo-christianisme (suite)

Les piliers du conformisme sont:
– « Nous sommes tous fils d’Abraham »,
– « Le monothéisme » et
– « Des religions du livre ».
L’argumentation de Jacques Ellul peut, sur les trois points, se résumer assez facilement comme un rappel fondamentaliste (ou dit plus abruptement par une assomption a-critique de la mythologie biblico-chrétienne: les musulmans ne sont pas enfants d’Abraham parce que c’est Isaac seul, et non Ismaël qui a reçu l’héritage abrahamique, mythologie à quoi répond, d’ailleurs, la mythologie musulmane dans sa forme la plus littéraliste):
Ibrahim n’est pas Abraham, Allah n’est pas le Dieu biblique, le Coran n’est pas la Bible. Le point intéressant (et qui pourrait pointer du côté d’une certaine géostratégie de la droite chrétienne américaine), c’est la façon dont Ellul s’approprie le judaïsme. Nulle part n’est évoqué le fait que la disqualification qu’il fait de l’islam au nom du christianisme pourrait être du christianisme au nom du judaïsme. C’est qu’Ellul répète l’opération d’assimilation-annihilation d’Israël par la premier christianisme. Ellul parle depuis un front anti-islamique où le judaïsme est inclus mais selon la compréhension chrétienne du judaïsme, selon la logique des 2 testaments.
J’avais lu il y a quelques années 3 tentations dans l’Eglise qui présentait déjà les thèses résumées dans son avant-propos (qui idéologise ou systématise les thèses d’Ellul): à savoir que l’islam est, à la différence du judéo-christianisme, un paganisme. Ici il formule: l’islam est la religion naturelle du Dieu révélé. Cette position théologique se traduit en termes géopolitiques par, en particulier, un opposition farouche à l’entrée de la Turquie dans l’Europe. « L’Union Européenne » a-t-on pu l’entendre récemment dire à la radio « recouvre l’Europe des cathédrales gothiques » (s’il y avait là une adéquation essentielle, se verrait exclue l’Europe orthodoxe et la Grèce jouirait d’un statut d’exception!).

Jacques ELLUL: Islam et judéo-christianisme.- PUF, 2004.

avec une préface d’Alain BESANÇON. L’objectif du texte inédit publié dans ce livre (Les 3 piliers du conformisme) est de dénoncer trois illusions de ceux qui veulent apparenter l’islam et le judéo-christianisme.
Hégélianisme: identification de la théodicée à l’histoire.
Coupure, fin de l’aristotélo-platonisme qui est encore celui de Kant.
Annexion du judaïsme, sans gêne (cf. citation).
Site de l’association Ellul: http://www.ellul.org/index.htm.