Jésus et la lettre juive

Patrick A., au début des années 80, expliquait que les détails de la geste de Jésus étaient explicables par des processus midrashiques, que la vie de Jésus est, depuis les récits de l’enfance jusqu’aux circonstances de la Passion, renvoyable à des effets de texte. Symétriquement les dits de Jésus sont explicitement tramés de références à l’Ecriture.
Alors même que Paul ne se réfère ni aux détails de la biographie de Jésus, ni à ses enseignements (chez Paul, Jésus est essentiellement la Crucifié, le Messie ressucité, dans son enseignements ne transparaît des enseignements de Jésus que la loi d’amour – la foi est devenue chez lui foi en la figure de Jésus comme ressucité), ce rapport à l’Ecriture reste, dans son enseignement, essentiel. Alors même que se consomme la rupture avec le judaïsme concret, le rapport avec le judaïsme comme histoire déposée dans une écriture reste essentiel au christianisme.
C’est en quoi le christianisme ne se confond pas avec une variante du paganisme [note], le christianisme est une religion du Livre, lequel livre n’est pas son propre livre mais le livre de la religion mère. L’évangile est un complément nécessaire, il ne remplace pas ce que la nouvelle religion appelle l’Ancien Testament, différent en cela du Coran qui dispense du recours aux écritures mères. C’est-à-dire que le christianisme peut être pensé d’un point de vue juif comme une vulgarisation du message biblique, comme une façon de le passer aux païens, au prix de fantasmagories d’allure païenne, qui lui font comme une gangue, comme un vêtement nécessaire.

Une interprétation du christianisme: l’enseignement de Jésus est d’abord un retour à l’esprit de la religion juive, à l’essence du message biblique, compris comme un retour effectué à l’intérieur de la communauté destinataire, un appel au retour destiné aux Juifs eux-mêmes. Le cadre apocalyptique de cet appel est quelque chose comme un prétexte, un accessoire circonstanciellement nécessaire, à terme superflu. Mais s’il est formulé à l’intention des Juifs, le message, d’être formulé selon l’essentiel, s’universalise et devient donc exportable. Cependant en s’exportant il prend un nouveau contenu, la loi chrétienne ne se contente plus de formuler l’essentiel de la loi mosaïque, de l’accomplir, mais la remplace, l’abolit.
C’est ici un point à méditer -d’une certaine façon tous ces développements sont programmés dès le départ dans la scène primitive de l’Eden qui dit dans le mouvement de la Création ce qui en est le versant anthropologique: l’Incarnation -, ailleurs.
Ce que je retiens ici, c’est seulement le mouvement de détachement du judaïsme: formulation d’un essentiel de la loi, prédicabilité de cet essentiel hors la communauté sous la loi, remplacement de la loi par la formule de l’essentiel de la loi qui finit par concrétiser autour de lui une autre loi, une autre religion. Que ce mouvement était dans l’air du judaïsme de l’époque, et non un accident, une aberration, l’atteste les anecdotes concernant Hillel, soit le strict paralléle de certains enseignements de Jésus dans un cadre strictement pharisien

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