« Pouvoir et persuasion… » / Peter Brown (2. paideia)

(Un post qui était resté à l’état de brouillon depuis le mois de mai! Comme je ne sais pas quand j’aurais l’occasion de revenir sur livre de Peter Brown, je le poste tel quel. Voir le post précédent sur le même sujet: “Pouvoir et persuasion…” / Peter Brown (1. empire, cités, élites, rhétorique) .)

Pouvoir et persuasion dans l’Antiquité tardive: vers un Empire chrétien / Peter Brown, trad. Pierre Chuvin.- Paris: Le Seuil, 1998 (1992)

Chap. 2: La paideia et le pouvoir.

« Vêtus d’une petite toge, les cheveux impeccablement coiffés », les garçons déclamaient sur des thèmes classiques. La rhétorique était considérée comme l’antichambre de la vie publique, à tel point que la classe de Libanius n’était séparée du conseil municipal que par un étroit couloir. Aux périodes de crise, les hurlements des notables désespérés servaient de fond sonore à son enseignement.

paideia

L’arrière-plan social de ce système d’éducation a longtemps semblé évident: « Une des fonctions primordiales de cette culture était de distinguer une élite du flot ordinaire de l’humanité » [John Matthews]. Seuls les fils de notables avaient les moyens et le temps de faire le long voyage qui les amènerait des contrées les plus lointaines de l’Orient grec pour suivre à loisir les cours d’un maître tel que Libanius, à Antioche, ou Prohaeresius à Athènes. Ils sortaient de cette expérience coûteuse et intellectuellement exigeante avec une excellente opinion d’eux-mêmes: ils étaient convaincus que « la correction de leurs discours bien charpentés et le vernis brillant de l’habileté » [Kaster] les rendaient aussi supérieurs aux illettrés que les êtres humains au simple bétail. (p. 62)

La rhétorique demeurait la « reine des disciplines » parce qu’elle s’occupait de ce qui restait important dans la vie publique de l’Antiquité tardive – la façon dont les notables se confrontaient verbalement à leurs supérieurs officiels, à leurs pairs et aux hommes soumis à leur pouvoir et à leur protection. (p. 66)

C’était une éducation pour la montre. Elle culminait avec l’anticipation, à échelle réduite, du forum et du conseil municipal. « Vêtus d’une petite toge, les cheveux impeccablement coiffés », les garçons déclamaient sur des thèmes classiques. La rhétorique était considérée comme l’antichambre de la vie publique, à tel point que la classe de Libanius n’était séparée du conseil municipal que par un étroit couloir. Aux périodes de crise, les hurlements des notables désespérés servaient de fond sonore à son enseignement.
N’oublions pas que Libanius enseignait un art qui, dès l’époque de Gorgias à Athènes, véhiculait quelque chose de l’ancien et terrifiant pouvoir du sorcier. Les mots étaient supposés avoir prise sur les gens. Ses élèves, même s’ils ne devenaient pas des ténors de la joute oratoire comme lui, étaient censés faire montre en public d’une irrésistible aptitude à « charmer » et même à « subjuguer » par leurs discours. (p. 68)

Sans surprise, les histoires préférées des Romains tardifs férus d’éducation mettaient en scène des maîtres de rhétorique exerçant leur charme sur le plus réfractaire de tous les sujets – un gouverneur impérial « austère et inflexible ». (p. 69)

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