Cultures d’Islam: Rhétorique et politique

France Culture

On dit qu’Averroès n’a pas eu de descendance en langue arabe. La recherche est en train de démentir cet a priori. Avec l’Andalou Ibn Tumlûs (l’Alphagiag bin Thalmus des Latins, mort en 1223) nous disposons d’une preuve contraire.

  • La thèse qui ouvre l’émission, à savoir qu’une multiplication récente de découvertes invalide celle (thèse) classique qui voudrait qu’Averroès n’ait eu de descendance que chez les juifs et les latins n’est pas développée au-delà du cas d’Ibn Tumlûs, malheureusement. Quant à ce dernier, disciple direct d’Ibn Rushd, si j’ai bien compris, il semble qu’il ait, sur des points essentiels (par exemple sur la valeur probante du témoignage), divergé des positions d’Averroès au profit des thèses alors dominantes, par souci de pragmatisme selon Meddeb et son invité.
    La réflexion sur le témoignage est par ailleurs fort intéressante: comment son importance est exportée, du domaine juridique, vers les autres domaines du savoir.
    (Je cherche depuis des années à retrouver un exposé indien très clair qui posait que le savoir avait 3 sources: l’appréhension sensorielle, le raisonnement et la tradition. Ici la tradition est interprétable comme agrégation de témoignage…) – post by cercamon

Le Livre de la Rhétorique du philosophe et médecin Ibn Tumlûs (Alhagiag bin Thalmus), Introdution générale, édition critique du texte arabe, traduction française et tables par Maroun Aouad, Ed. Vrin, 2006

8 réflexions sur “Cultures d’Islam: Rhétorique et politique

  1. On a dit Ibn Rochd le « chrétien de l’islâm ». j’ai rencontré nombre de musulmans instruits qui pourtant pensaient ainsi ? Pourquoi ? Parce que, outre son « tolérantisme » presque proverbial (et dont Y.Chahine a donné une image au demeurant trop diluée …), il fut la source … du ressourcement des chrétiens avec Thomas d’Aquin et outre.
    A quoi bon chercher des disciples d’un homme qui, vraiment, croyait que le salut est dans la jonction avec l’humain en nous, autrement dit l’humanité (comme trace, à son tour, de Dieu), outre toute singularité ?

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  2. Il me semble au contraire que loin d’être le “chrétien de l’islâm”, un titre qui, pris avec un grain de sel, c’est-à-dire avec quelque distance, irait beaucoup mieux à Ibn Arabî, que vous avez commenté tout à l’heure, ou à Mansur Hallaj, Averroès est bien plutôt le grec de l’islam, celui qui dans l’environnement musulman a le plus épousé l’idéal hyper-rationaliste d’Aristote. S’il a eu une telle postérité en chrétienté, c’est peut-être justement parce qu’il apportait qqchose que la chrétienté désirait parce que ça lui manquait.
    Quant au film de Chahine, je l’ai trouvé quand je l’ai vu, tout dépendant d’une légende dorée qui fait d’Ibn Rushd une préfiguration anachronique des Lumières européennes. A l’inverse, selon cette vulgate qui réduit l’aventure de pensée en islam à sa plus ou moins grande distance d’avec l’aventure de l’Occident tel qu’on se la raconte, Ghazali joue le rôle du méchant, frère de l’infâme voltairien et précurseur des égorgeurs fondamentalistes d’aujourd’hui. C’est oublier qu’Ibn Rushd fut un temps l’intellectuel officiel d’un régime almoade bien plus digne du titre de précurseur des radicalismes contemporains (si je ne me trompe pas il a mis en pratique un anti-judaïsme inédit en terre d’islam, et sur cette même terre espagnole où 2 ou 3 siècles plus tard s’inventera l’antisémitisme chrétien). A la suite d’Henry Corbin, si je ne l’ai pas trop mal lu, j’ai tendance à penser que la critique de Ghazali tombait assez juste, et qu’elle n’est pas très éloignée de la critique / distance marquée par Ibn Arabi.
    A quoi bon chercher des disciples, dans ces conditions? Peut-être seulement pour déranger un peu la fable qui ferait d’Averroès le porteur d’une vertueuse vérité que l’islam aurait refusée et que la chrétienté aurait accueillie et fait fructifier (un peu comme les juifs se seraient détournées de la vérité christique, recueillie par les païens, grecs et latins), selon laquelle l’urgent pour les musulmans serait aujourd’hui de revenir sur leur aveuglement et de reconnaître pour leur maître un Ibn Rushd réduit à être le truchement entre Aristote et Voltaire.

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  3. Salutations,

    Le fait de faire de tous ces hommes des « chrétiens », parce-que selon des références -non chrétiennes- mais humanistes on les voit comme « nous », est bien ce que William James critiquait dans son « The Varieties of Religious Experience »; que l’étudiant chrétien projette ce qu’il voit comme acquis de sa religion seulement -en somme, toutes les noblesses de l’âme possibles et imaginables, quand elles sont présentes parmi l’Autre, ne sont en fait que le reflet du Soi chrétien… et là, on a d’abord des Bouddha qui deviennent des saint Josaphate, puis des Ibn`Arabî qu’on qualifie de « musulman chrétien »… quelle absurdité! Nous musulmans avons -comme toutes les révélations- un programme théologique qui mène à la purification de l’âme, et toutes ces hautes valeurs…

    Sinon, je suis tout à fait d’accord: l’Islâm n’est pas contre les sciences de l’esprit, et les musulmans doivent le retrouver.

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  4. @ MRG,

    selon vous Averoes était plus grecs … que les mu3tazila du calif Al-Ma’mun???

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  5. @Sarmad & Sofiène: « chrétien de l’Islam », « grec de l’islam », ce ne sont ici que des manières de dire qu’il ne faudrait pas prendre plus au sérieux que ça. Si je dis d’Averroès qu’il serait le « grec de l’islam », c’est parce que je ne le vois pas chrétien, moins intéressé par la révélation particulière des chrétiens que ne le sont un Ibn Arabi ou un Hallaj. Je ne prétends pas que qu’il serait plus grec que les mu’tazila, ce serait absurde et d’ailleurs ma connaissance de ces derniers est insuffisante.

    @Sarmad: je ne fais pas de « tous ces hommes » des chrétiens, au contraire. mon commentaire était justement pour contester le qualificatif à Ibn Roshd. Là oui, il y aurait ethnocentrisme qui veut identifier rationalisme et christianisme, lorsque longtemps le rationalisme était l’apanage de l’Islam et rationalisme consciemment repris de la philosophie grecque (d’où « grec de l’islam »).

    Mais voir de l’ethnocentrisme dans la reconnaissance de l’influence chrétienne chez Hallaj ou Ibn Arabi, clairement assumée par ces penseurs (en tous cas Ibn Arabi), c’est une autre sorte d’ethnocentrisme, un ethnocentrisme réactif, identitarisme si vous voulez, qui vous coupe de la source vive de la révélation musulmane. Et je trouve ça tragique, la plus grande tragédie du XXIe siècle peut-être: l’enfermement dans des identités et le refus symétrique de reconnaître ce qu’on doit à ceux qu’on exclut de ces identités.

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  6. @ MRG,

    Il me semble que l’une des caracteristique de l’Islam est qu il s inscrit dans la continuité des religions monotheistes! tout en réafirmant l unité du divin, l’unique abstrait auquel tout ce qui existe se referent. La notion de monotheisme est içi élevé a son plus haut degres! ce qui fait la specificité de l islaml … ‘atawhid’.
    Certe les soufis ont été influencer par l hermetisme la kabal, et l hindouisme! mais le caractère exclusivement monotheiste en fait la specificité!
    Ibn arabi pourait etre le plus hindouiste des muslmans aussi bien que le plus juif d entre eux! mais le fait de croir en la prophetie de mahomet fait toute la difference! meme si la place de jesus aux yeux d ibn arabi, est … speciale.

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