Sebald (Austerlitz): un semblant de paix

Il nous faudrait, dit-il encore, établir un catalogue de nos constructions par ordre de taille et l’on comprendrait aussitôt que ce sont les bâtiments de l’architecture domestique classés en dessous des dimensions normales, la cabane dans le champ, l’ermitage, la maisonnette de l’éclusier, le belvédère, le pavillon des enfants au fond du jardin qui peuvent éventuellement nous procurer un semblant de paix, tandis que nulle personne sensée n’oserait jamais affirmer qu’elle trouve plaisante une énorme bâtisse comme le palais de justice de Bruxelles.

Austerlitz_Bruxelles

Austerlitz (traduction Patrick Charbonneau, Actes Sud, 2002), p.25

Benjamin: réception par la distraction

(Reporté depuis Lettrures le 22 août 2021)

La première des Temps modernes le 5 février 1936
La première des Temps modernes le 5 février 1936 (source: Wikimedia Commons)

Dans les derniers paragraphes de l’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, Walter Benjamin analyse en termes d’attention les mutations de ce qu’il appelle le mode de perception de nos sociétés. Ce qui caractériserait le mode nouveau serait la « réception par la distraction », concept qu’il explicite par les exemples complémentaires du cinéma (comme art nouveau appelant des modes d’attention nouveaux) et de l’architecture (comme art ancien qui pour sa réception a toujours fait appel à l’usage autant voire plus qu’au recueillement de l’attention) à quoi il oppose la peinture et la poésie comme arts anciens du recueillement (non qu’ils soient indemnes de la mutation, bien au contraire: plutôt « liquidés » de l’intérieur par le geste dada).

On trouvera infra les extraits qui précisent ce que je ne fais ici qu’annoncer.

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