Benjamin: réception par la distraction

mrg | lettrure(s)

Dans les derniers paragraphes de l’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, Walter Benjamin analyse en termes d’attention les mutations de ce qu’il appelle le mode de perception de nos sociétés. Ce qui caractériserait le mode nouveau serait la « réception par la distraction », concept qu’il explicite par les exemples complémentaires du cinéma (comme art nouveau appelant des modes d’attention nouveaux) et de l’architecture (comme art ancien qui pour sa réception a toujours fait appel à l’usage autant voire plus qu’au recueillement de l’attention) à quoi il oppose la peinture et la poésie comme arts anciens du recueillement (non qu’ils soient indemnes de la mutation, bien au contraire: plutôt « liquidés » de l’intérieur par le geste dada).

On trouvera infra les extraits qui précisent ce que je ne fais ici qu’annoncer.

Deux remarques, cependant, avant ça:

Par opposition à la peinture, au tableau qui invite le spectateur (individuel) à la contemplation…

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Walter Benjamin sur la citation

Hannah Arendt (1968): Walter Benjamin, 1892-1940, p. 87:

Walter Benjamin savait que la rupture de la tradition et la perte de l’autorité survenues à son époque étaient irréparables, et il concluait qu’il lui fallait découvrir un style nouveau de rapport au passé. En cela, il devint maître le jour où il découvrit qu’à la transmissibilité du passé, s’était substitué sa « citabilité », à son autorité cette force inquiétante de s’intaller par bribes dans le présent et de l’arracher à cette « fausse paix » qu’il devait à une complaisance béate. « Les citations, dans mon travail, sont comme des voleurs de grands chemins qui surgissent en armes et dépouillent le promeneur de ses convictions » (Schriften, I, 571).

Walter Benjamin: la fin de l’expertise (« L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique », pp. 48-49)

il n’existe guère aujourd’hui d’Européen qui, tant qu’il garde sa place dans le processus de travail, ne soit assuré en principe de pouvoir trouver, quand il le veut, une tribune pour raconter son expérience professionnelle, pour exposer ses doléances, pour publier un reportage ou un autre texte du même genre. Entre l’auteur et le public, la différence est en voie, par conséquent, de devenir de moins en moins fondamentale. (…) A tout moment, le lecteur est prêt à devenir écrivain.

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