Athènes 2011

Maria Margaronis dans « The Nation »:

Revenant en Grèce après trois mois, j’ai trouvé un Etat proche de la dissolution et un peuple désespéré.

L’air est plein de menaces et de rumeurs qui changent tous les jours: projets de nouvelles coupes budgétaires et de nouveaux impôts, dates limite mouvantes pour prétendre à telle ou telle exemption, avertissements de mesures punitives contre ceux qui ne s’exécuteraient pas. Personne ne sait que croire; personne ne peut prévoir au-delà du lendemain. Des théories conspirationnelles de toutes sortes se précipitent pour remplir les vides, chaotiques comme les graffitis noirs griffonnés sur tous les murs.

Le gouvernement a abdiqué beaucoup de ses fonctions essentielles, paralysé par les dissensions internes, par les mesures inapplicables exigées par l’Union Européenne et le FMI, et par la rage de ses propres employés, qui pendant des jours ont occupé les principaux ministères. La police est débordée, sous-payées et en colère. De larges secteurs de la ville sont devenus des zones interdites excepté pour ces infortunés, immigrants pour une grande part, qui sont condamnés à vivre là[1]. Des hommes démunis poussent des charrettes pleines de débris de métaux à vendre (une récolte journalière peut procurer 7 euros si vous êtes chanceux); des drogués se piquent sur le trottoir; des hommes entrent et sortent de bordels remplis de femmes par le trafic. Depuis deux semaines une grève des éboueurs a laissé des tas d’ordure vertigineux se décomposer à tous les coins de rue: cartons vides, légumes pourris, restes de viande, vêtements en lambeaux et papier toilette, attendant d’être ramassés par le plus pauvre des pauvres.


  1. cf. Tensions Rise Over Illegal Immigrants In Greece

Apollon et apollinisme (Citati)

La Mente colorata: Ulisse e l' »Odissea » Pietro Citati, in La Civiltà letteraria europea (2005):

Il y a ici un des paradoxes de l’esprit grec. Apollon ne connaissait aucune des vertus qui furent appelées apolliniennes: la sérénité, le respect de la loi, l’harmonie, la modération. Le dieu qui aurait proscrit la démesure péchait par démesure. Comme les Grecs le savaient parfaitement, cette mesure, qu’ils aimaient tant, naissait de l’excès, et la pureté naissait de l’impureté et de la faute. Il fallait un dieu violent, déchaîné, pécheur, assassin pour répandre sur la terre l’équilibre moral, le respect de la limite, le calme de l’esprit, le geste qui pacifie et concilie, l’harmonie souveraine de la cithare, comme si, par une métamorphose incompréhensible, ce qui était violent dans le monde divin devenait serein et harmonieux dans le nôtre.

Qui sta uno dei paradossi dello spirito greco. Apollo non conosceva nessuna delle virtù che da lui vennero chiamato apollinee: la serenità, il rispetto per la legge, l’armonia, la moderazione. Il dio che avrebbe proscritto la dismisura peccava di dismisura. Comme i Greci sapevano benissimo, quella misura, che amavano tanto, nasceva dall’eccesso, e la purezza nasceva dall’impurità e dalla colpa. Ci voleva un dio violento, sfrenato, peccatore, assassino, per diffondere sulla terra l’equilibrio nella morale, il rispetto del limite, la quiete dello spirito, il gesto que pacifica e concilia, l’armonia sovrana della cetra: come se, per una metamorfosi incomprensibile, ciò che era violento nel mondo divino diventasse sereno e armonioso nel nostro.