Ecrit de Belgrade / Lady Montagu (1717)

Lettre de Belgrade, le 12 janvier 1717, à Alexander Pope:

Mes seules distractions sont les dicussions que j’échange avec notre hôte, Ahmet Bey, titre plus ou moins équivalent à celui de comte en Allemagne. Son père était un grand pacha et il a reçu une éducation orientale des plus accomplies. Il parle à la perfection l’arabe et le persan, et est un admirable lettré, appelé ici effendi. Une telle formation ouvre la voie aux plus nobles carrières, mais il a eu le bon sens de préférer une vie confortable, tranquille et sûre à tous les hasardeux honneurs de la Sublime Porte. Il soupe avec nous chaque soir et boit du vin résolument. Je ne saurais vous dire à quel point il apprécie la liberté de nos conversations. […] Nous avons lui et moi de fréquents débats sur les contrastes entre nos coutumes et particulièrement sur la réclusion des femmes. Il n’y a rien de grave à ce propos, m’assure-t-il, et cela présente même un avantage: quand une épouse trompe son mari, personne ne le sait. Il a plus d’esprit et d’instruction que bien des chrétiens de qualité. […] Mais ces divertissements n’entament en rien mon vif désir de quitter cet endroit, même si le temps est encore plus froid, ce me semble, qu’il ne l’a jamais été hors du Groenland. Nous avons un très gros poêle que nous poussons sans cesse et malgré cela les fenêtres de la pièce sont gelées de l’intérieur.

Lady Mary W. Montagu, qui avait épousé son mari à condition qu’il la fasse voyager, écrit cette lettre pendant son voyage d’aller à Istanbul où lord Montagu vient d’être nommé ambassadeur.

Lire la suite

Atlas / Jorge Luis Borges

Atlas / Jorge Luis Borges.- Barcelona: Lumen, 1999.

Estambul

Cartago es el ejemplo más evidente de una cultura calumniada, nada posemos saber de ella, nada pudo saber Flaubert, sino lo que refieren sus enemigos, que fueron implacables. No es impossible que algo parecido ocurra con Turquía.

Qué puedo yo saber de Turquía al cabo de tres días? He visto una ciudad esplendida, el Bósforo, el Cuerno de Oro y la entrada al Mar Negro, en cyas márgenes se descubrieron piedras rúnicas. He oído un idioma agradable, que me suena a un alemán más suave.

La dernière phrase est du grand Borges, qui formule en une phrase presque banale l’appréhension confuse qu’on a de la langue turque lorsqu’on y porte un peu l’oreille: comme l’allemand, le turc peut composer des mots interminables par juxtaposition, comme lui il compose ses phrases de telle sorte qu’il faut en attendre la fin pour en comprendre le sens, et comme lui il mélange les sons communs de palatales et de gutturales moins rudes que celles de l’arabe.