La déplorable affaire du foulard (suppl.)

(Suite de la note du 29) Dans un entretien ultérieur (La Question de l’universel, juillet 2003 – soit au moment où l’affaire du foulard va rebondir et devenir la loi sur le voile) Benny Lévy enfonce le clou en ouverture d’un débat où il ne sera pas question de vêtement:

« Comme vous le savez, le Juif vit à travers les mitsvot. Si l’on est menacé, on peut profaner Chabat, par exemple. Mais la guemara nous dit que par contre, il y a trois choses pour lesquelles on doit sacrifier sa vie: l’idolâtrie (avoda zara), les relations sexuelles prohibées (guilouy arayot) et le meurtre (retsiha). Si l’on m’oblige, sous peine de mort, à transgresser l’une de ces trois interdictions capitales, il y a alors un commandement positif (mitsvat assé) de sacrifier sa vie plutôt que de faire dela. Et puis la guemara ajoute – attention! – : si nous sommes dans une période où le pouvoir des Nations commence à nous persécuter – écoutez bien! – alors, même s’il ne s’agit que de modifier une simple coutume (comme par exemple la façon de nouer un lacet de soulier), il faut de sacrifier – il faut sacrifier sa vie! Il y a un élément proprement juif qui est fixé dans ce soulier des autres. Dans ce cas donc, il faut y aller, il faut résister, parce que c’est toute la yaadout, l’être juif qui est en jeu, comme Rachi l’explique sur place, parce que le lacet de soulier, ce petit vêtement, la petite kippa, c’est tout simplement le tenant-lieu de tout le reste. Et toujours le Juif de la Torah sera vu comme un type bourré de vêtements hétéronomes par rapport au déshabillé général (…) Il faut tout faire pour ne pas arriver à une situation où l’on se trouverait, même de loin, en position de devoir sacrifier pour défendre la yaadout, l’être juif que concentre la kippa. Attention, c’est de la dynamite cette histoire! Faites attention! Mieux vaut, si c’est possible, s’écarter. » (pp 87-88)

La déplorable affaire du foulard (entretien Alain Finkielkraut et Benny Lévy, 18 mars 1990)

in: Le Livre et les livres: Entretiens sur la laïcité / Alain Finkielkraut et Benny Lévy.- Verdier, 2006

pp.19-21:

« Soit le premier moment, le moment grec -Yavan en hébreu – de la laicité. (…) une parole qui implique l’accord des interlocuteurs se substitue à la parole efficace des anciens. (…)
Socrate tenta l’impossible: dire une parole qui cherchait le consentement de l’interlocuteur tout en réservant les signes venus du Dieu: une parole qui accepte l’épreuve de la mathématique, forme la plus haute de la rationalité, et toute entière soumise à la voix du Dieu. Socrate ne faisait pas de politique, au sens où l’entendaient les déjà laïcs politiques de l’époque. Socrate fut mis à mort par la cité démocratique.
La pensée d’Israël peut rencontrer le témoin de cet impossible: un logos qui accompagne l’indicibilité venue du Dieu – de l’Un, dira Platon, nom dépouillé pour le Dieu. Elle le peut parce que tout son travail tient dans l’acharnement à susciter de la dicibilité, de la pensée (…) aller de la décision du katouv – de l’écrit – à la pensée, sans cesse. La chance du Juif: cet effort ne requiert pas de rupture parricide avec la parole des Anciens. »

[2e mouvement chrétien > humaniste:]

« si l’évêque au treizième siècle voulait convertir le Juif, l’homme du dix-huitième siècle voudra le régénérer… »
« Cette notion de droit, expression adéquate du processus de sécularisation, présente deux aspects: un aspect (…) à majuscule et puis un aspect à minuscule. »

p. 23:

« L’émancipation a ainsi permis l’acquisition de propriétés du corps qui pouvaient cruellement manquer aux Juifs pour étudier en paix. Don (hesed) venu d’en haut, comme Ezra le scribe le disait des améliorations apportées au sein de l’exil par le pouvoir perse. »

[En gros le thème du livre est l’opposition entre l’aspect à majuscule, la laïcité à la française, fin en soi, prônée par AF, et l’aspect à minuscule, à l’anglo-saxonne, qui n’est pas un fin en soi mais le moyen, pour BL, pour le Juif de pratiquer son judaïsme.]

Sur l’affaire du foulard:

pp. 32-33:

« ‘Monde commun fondé sur la culture’: c’est cela même que les Maîtres d’Israël ont en vue quand ils nous mettent en garde contre les modes d’existence dans les Nations. Autant l’on peut comprendre qu’on habite, avec toute la force que ce mot suggère, la langue française, et donc, sans doute, les plus grands des livres où cette langue se recueille, autant l’on doit se méfier de toute notion d’identité, qui plus est quand ce sont les Juifs qui prétendent le promouvoir. (…) Voici qu’à Nice, ou dans d’autres lycées, on demande à des Juifs qui ne venaient pas le Chabat, de venir en classe. Le plus clair résultat pratique que je vois dans cette affaire, ce sont des avantages, comme tu dis – moi j’aimerais mieux dire: des propriétés du corps juif – qui sont un petit peu maltraités. (…)
Et tout cela pourquoi? Si vous aviez des renseignements précis (mais j’en doute, connaissant et la république des lettres et les journaux) sur les manoeuvres de groupuscules islamistes de nature iranophile dans le lycée de Creil, il fallait alors faire une affaire précise sur ce lycée-là. Mais non! il a fallu monter avec les grosses majuscules: l’Ecole, la République, l’Identité française. »

(voir note supplémentaire)

Retour sur l’affaire du voile

A lire un article d’Olivier Roy dans Libération d’aujourd’hui: L’islam est le miroir où la société française se regarde aujourd’hui.

Extraits:

« On n’a pas vu, effectivement, de mouvement de fond sur l’affaire du voile. Cela ne veut pas dire que les gens d’origine musulmane n’ont pas mal ressenti cette loi. Elle a provoqué un sentiment de victimisation. Alors qu’en France et plus largement en Occident on pratique le «muslim-bashing» à tour de bras, cette absence de mobilisation montre simplement qu’il n’y a pas de communauté musulmane de France mais des populations complètement atomisées. »

« En France, la laïcité s’est construite contre la religion en général et se restructure aujourd’hui contre l’islam en particulier. On parle du consensus sur les valeurs républicaines, mais ce consensus n’a jamais existé : que l’on se rappelle le débat sur l’école privée ! On est en permanence dans le psychodrame, dans un climat de rhétorique de guerre civile. Et c’est étonnant de voir à quel point la droite ­ y compris la démocratie chrétienne ­ a endossé le discours de la gauche sur la religion. »

« La commission Stasi a été mue par ce mélange de naïveté et de vanité propre à nos milieux intellectuels quand ils sont en contact avec le pouvoir : il semble qu’une partie de ses membres a vraiment cru qu’on lui demandait de redéfinir la laïcité et de repenser le lien social, alors qu’elle n’a été qu’une commission sur (et pour) l’interdiction du voile islamique, comme on s’en aperçoit aujourd’hui quand on se désole sur ces pauvres Sikhs, gentils, intégrés et bons élèves mais qui paient pour les autres. »

Je garde pour la bonne bouche cette constatation toute actuelle:

« il s’agit justement d’un «néo-fondamentalisme» où le religieux s’affiche comme religieux, comme affirmation de soi et non pas comme signe d’une culture traditionnelle. Et ce type de fondamentalisme est transversal car on le trouve aussi bien chez certains juifs orthodoxes que chez des protestants évangélistes : aujourd’hui, la religion s’exhibe. »

(voir mon post de l’année dernière sur Harun Yahya)

 

Paul (Image & économie)

1 Co, 11, 7 :

Vir quidem non debet velare caput (katakaluptesthai tên kephalên), quoniam imago et gloria est Dei (eikôn kai doxa theou huparchôn) ; mulier autem gloria viri est.

2 Co 4, 3-4 :

Quod si etiam velatum (kekalummenon) est evangelium nostrum, in his qui pereunt (tois apollumenois), est velatum, in quibus deus huius saeculi (ho theos tou aiôvos) excaecavit mentes infidelium, ut non fulgeat illuminatio (phôtismon) evangelii gloriae Christi (tês doxês Christou), qui est imago Dei (eikôn tou theou).

Col 1, 15 – 18 :

15. qui est imago Dei invisibilis,
primogenitus omnis creaturae
16. quia in ipso condita sunt universa in caelis et in terra,
visibilia et invisibilia,
sive throni sive dominationes
sive principatus sive potestates.
Omnia per ipsum et in ipsum creata sunt,
17. et ipse est ante omnia,
et omnia in ipso constant.
18. Et ipse est caput corporis ecclesiae;

15. hos estin eikôn tou theou tou aoratou,
prototokos pasês ktiseôs,
16. hoti en autô ekisthên ta panta
en tois ouranois kai epi tês gês,
ta horata kai ta aorata,
eite thronoi eite kuriotêtes
eite archai eite exousiai;
ta panta di’ autou kai eis auton ektistai;
17. kai autos estin pro pantôn
kai ta panta en autô sunestêken
18. kai autos estin hê kephalê tou sômatos tês ekklêsias;

Eph 1, 10 :

in dispensationem plenitudinis temporum recapitulare omnia in Christo,
quae in caelis et quae in terra, in ipso;

eis oikonomian tou plêrômatos tôn kairôn,
anakephalaiôsasthai ta panta en tô Christô,
ta epi tois ouranois kai ta epi tês gês, en autô;

3, 9 :

et illuminare omnes, quae sit dispensatio mysterii absconditi a saeculis in Deo, qui omnia creavit

kai phôtisai pantas tis hê oikonomia tou mustêriou tou apokekrummenou apo tôn aiônôn

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