Nietzsche: l’apparence logique (1887)

Le monde nous apparaît logique, parce que nous l’avons d’abord logicisé.

Fragment posthume de l’automne 1887 9[144] =  »Der Wille zur Macht » VP1 279, VP2 521

Pour « l’apparence logique »[1]

Les concepts d' »individu » et d' »espèce » également faux et purement apparents. L' »espèce » n’exprime que le fait qu’une foule d’êtres semblables surgissent dans le même temps et que le rythme d’une croissance continuée et d’une modification de soi se trouve ralenti pendant un long intervalle: en sorte que les développements en surcroît sont trop faibles pour entrer en considération au cours de laquelle le développement demeure invisible, en sorte qu’un équilibre semble atteint et que serait rendu possible la fausse représentation qu’un but serait atteint — et que l’évolution aurait eu un but…)
La forme vaut pour quelque chose de durable et donc de plus appréciable; mais la forme est pure invention de nous-mêmes; et encore que souvent « la même forme ait été réalisée », cela ne signifie pas que c’ est la même forme — au contraire il apparaît toujours quelque chose de nouveau — et nous seuls, nous qui comparons, comptons ensemble le neuf, dans la mesure où il ressemble au vieux, dans l’unité de la « forme ». Comme si un type devait être atteint et pour ainsi dire hanter et habiter la formation.
La forme, l’ espèce, la loi, l’ idée, le but — ici on commet partout la même faute, de glisser sous une fiction une fausse réalité: comme si l’événement portait en soi une quelconque obéissance, — une séparation artificielle dans l’événement est pratiquée entre ce qui fait et ce à quoi ce faire se conforme (mais le ce qui et le ce à quoi ne sont posés que par nous par obéissance à notre dogmatique métaphysico-logique: pas d' »état de fait »)
Cette contrainte à former des concepts, des espèces, des formes, des buts, des lois — « un monde des cas identiques » —, on ne doit pas le comprendre dans ce sens que nous serions capables de fixer le monde vrai; mais comme contrainte à nous arranger un monde où notre existence est rendue possible — nous créons ainsi un monde qui est pour nous calculable, simplifié, compréhensible, etc.
Cette même contrainte consiste dans l’ activité des sens que soutient l’entendement — dans cette façon de simplifier, schématiser, souligner, épaissir sur quoi repose tout « re-connaître », tout pouvoir se rendre compréhensible. Nos besoins ont affiné nos sens au point que c’est toujours le « même monde phénoménal » qui revient et a acquis par là l’apparence de la réalité.
Notre contrainte subjective de croire à la logique exprime seulement le fait que bien avant que nous ayons pris conscience de la logique nous n’avons rien fait d’autre que d’ introduire ses postulats dans les évènements; à présent nous les trouvons dans les évènements – nous ne pouvons plus faire autrement – et nous ne faisons que présumer que cette contrainte garantit quelque chose quant à la « vérité ». C’est nous qui avons fait « la chose », « la même chose », le sujet, le prédicat, le faire, l’objet, la substance, la forme après que nous avons poussé au plus loin l’identification et la simplification grossière.
Le monde nous apparaît logique, parce que nous l’avons d’abord logicisé

Zur „logischen Scheinbarkeit“.[2]

Der Begriff „Individuum“ und „Gattung“ gleichermaßen falsch und bloß augenscheinlich. „Gattung“ drückt nur die Thatsache aus, daß eine Fülle ähnlicher Wesen zu gleicher Zeit hervortreten und daß das tempo im Weiterwachsen und Sich-Verwandeln eine lange Zeit verlangsamt ist: so daß die thatsächlichen kleinen Fortsetzungen und Zuwachse nicht sehr in Betracht kommen (— eine Entwicklungsphase, bei der das Sich-Entwickeln nicht in die Sichtbarkeit tritt, so daß ein Gleichgewicht erreicht scheint, und die falsche Vorstellung ermöglicht wird, hier sei ein Ziel erreicht — und es habe ein Ziel in der Entwicklung gegeben…)
Die Form gilt als etwas Dauerndes und deshalb Werthvolleres; aber die Form ist bloß von uns erfunden; und wenn noch so oft „dieselbe Form erreicht wird“, so bedeutet das nicht, daß es dieselbe Form ist, — sondern es erscheint immer etwas Neues — und nur wir, die wir vergleichen, rechnen dies Neue, insofern es Altem gleicht, zusammen in die Einheit der „Form“. Als ob ein Typus erreicht werden sollte und gleichsam der Bildung vorschwebe und innewohne.
Die Form, die Gattung, das Gesetz, die Idee, der Zweck — hier wird überall der gleiche Fehler gemacht, daß einer Fiktion eine falsche Realität untergeschoben wird: wie als ob das Geschehen irgendwelchen Gehorsam in sich trage, — eine künstliche Scheidung im Geschehen wird da gemacht zwischen dem, was thut und dem, wonach dies Thun sich richtet (aber das was und das wonach sind nur angesetzt von uns aus Gehorsam gegen unsere metaphysisch-logische Dogmatik: kein „Thatbestand“)
Man soll diese Nöthigung, Begriffe, Gattungen, Formen, Zwecke, Gesetze — „eine Welt der identischen Fälle“ — zu bilden, nicht so verstehn, als ob wir damit die wahre Welt zu fixiren im Stande wären; sondern als Nöthigung, uns eine Welt zurechtzumachen, bei der unsre Existenz ermöglicht wird — wir schaffen damit eine Welt, die berechenbar, vereinfacht, verständlich usw. für uns ist.
Diese selbe Nöthigung besteht in der Sinnen-Aktivität, welche der Verstand unterstützt, — durch Vereinfachen, Vergröbern, Unterstreichen und Ausdichten, auf dem alles „Wiedererkennen“, alles Sich-verständlich-machen-können beruht. Unsre Bedürfnisse haben unsre Sinne so präcisirt, daß die „gleiche Erscheinungswelt“ immer wieder kehrt und dadurch den Anschein der Wirklichkeit bekommen hat.
Unsre subjektive Nöthigung, an die Logik zu glauben, drückt nur aus, daß wir, längst bevor uns die Logik selber zum Bewußtsein kam, nichts gethan haben als ihre Postulate in das Geschehen hineinlegen: jetzt finden wir sie in dem Geschehen vor — wir können nicht mehr anders — und vermeinen nun, diese Nöthigung verbürge etwas über die „Wahrheit“. Wir sind es, die „das Ding“, das „gleiche Ding“, das Subjekt, das Prädikat, das Thun, das Objekt, die Substanz, die Form geschaffen haben, nachdem wir das Gleichmachen, das Grob- und Einfachmachen am längsten getrieben haben.
Die Welt erscheint uns logisch, weil wir sie erst logisirt haben.

(cité, partiellement, par Jacques Bouveresse dans Nietzsche contre Foucault, p. 94)


  1. ma traduction, sur la base de celle de Pierre Klossowski dans l’édition Colli et Montanari, tome XIII: Fragments posthumes: Automne 1887 – Mars 1888, pp. 79-80, très modifiée voir les notes explicatives sur les notes cercamondines
  2. http://www.nietzschesource.org/#eKGWB/NF-1887,9[144]

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