USA: GGGG (les valeurs)

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Retour sur l’affaire du voile

A lire un article d’Olivier Roy dans Libération d’aujourd’hui: L’islam est le miroir où la société française se regarde aujourd’hui.

Extraits:

« On n’a pas vu, effectivement, de mouvement de fond sur l’affaire du voile. Cela ne veut pas dire que les gens d’origine musulmane n’ont pas mal ressenti cette loi. Elle a provoqué un sentiment de victimisation. Alors qu’en France et plus largement en Occident on pratique le «muslim-bashing» à tour de bras, cette absence de mobilisation montre simplement qu’il n’y a pas de communauté musulmane de France mais des populations complètement atomisées. »

« En France, la laïcité s’est construite contre la religion en général et se restructure aujourd’hui contre l’islam en particulier. On parle du consensus sur les valeurs républicaines, mais ce consensus n’a jamais existé : que l’on se rappelle le débat sur l’école privée ! On est en permanence dans le psychodrame, dans un climat de rhétorique de guerre civile. Et c’est étonnant de voir à quel point la droite ­ y compris la démocratie chrétienne ­ a endossé le discours de la gauche sur la religion. »

« La commission Stasi a été mue par ce mélange de naïveté et de vanité propre à nos milieux intellectuels quand ils sont en contact avec le pouvoir : il semble qu’une partie de ses membres a vraiment cru qu’on lui demandait de redéfinir la laïcité et de repenser le lien social, alors qu’elle n’a été qu’une commission sur (et pour) l’interdiction du voile islamique, comme on s’en aperçoit aujourd’hui quand on se désole sur ces pauvres Sikhs, gentils, intégrés et bons élèves mais qui paient pour les autres. »

Je garde pour la bonne bouche cette constatation toute actuelle:

« il s’agit justement d’un «néo-fondamentalisme» où le religieux s’affiche comme religieux, comme affirmation de soi et non pas comme signe d’une culture traditionnelle. Et ce type de fondamentalisme est transversal car on le trouve aussi bien chez certains juifs orthodoxes que chez des protestants évangélistes : aujourd’hui, la religion s’exhibe. »

(voir mon post de l’année dernière sur Harun Yahya)

 

Lucca/Lucques chez Montaigne

Du Journal de voyage en Italie de Michel de Montaigne (disponible en pdf sur le site de l’Université de Chicago):

LUCQUES, vint milles. Ville d’un tiers plus petite que Bourdeaus, libre, sauf que pour sa foiblesse elle s’est jettée sous la protection de l’Ampereur & maison d’Austriche. Elle est bien close & flanquée ; les fossés peu enfoncés, où il court un petit canal d’eaus, & pleins d’herbes vertes, plats & larges par le fons. Tout au tour du mur, sur le terre-plein de dedans, il y a deux ou trois rancs d’abres plantés qui servent d’ombrage, & disent-ils de fascines à la nécessité. Par le dehors vous ne voyés qu’une forest qui cache les maisons. Ils font tousiours garde de trois cens soldats etrangiers. La ville fort peuplée, & notammant d’artisans de soïe ; les rues étroites, mais belles, & quasi partout des belles & grandes maisons. Ils passent au travers un petit canal de la riviere Cerchio ; ils batissent un Palais de cent trente mille escus de despanse, qui est bien avansé. Ils disent avoir six vins mille ames de sujets, sans la ville. Ils ont quelques Chatelets, mais nulle ville en leur subjection. Leurs Jantilshommes & jans de guerre font tous estat de marchandises : Les Buonvisi y sont les plus riches. Les Estrangiers n’y entrent que par une porte où il y a une grosse Garde. C’est l’une des plus plesantes assietes de ville que je vis jamais, environnée de deus grans lieus de pleine, belle par excellance au plus étroit, & puis de belles montaignes & collines, où pour la pluspart ils se sont logés aus champs. Les vins y sont mediocremant bons ; la cherté à vint sols par jour ; les hosteleries à la mode du païs, assés chetives.

Arabes et Musulmans

Retrouvé avant-hier soir, en testant des feuilles de style, une citation que je cherche depuis des mois dans les mauvais livres et que j’avais relevée en septembre 1999!
Elle illustre bien la dualité de l’expansion de l’Islam, à la fois le fait, ethnique, des Arabes et de peuples qui se sont associés à eux et le fait d’une religion universelle qui ne fait pas acception de nation.
Naipaul néglige complètement, il me semble, cette réalité fondatrice dans ses appréciations de l’Islam non arabe.
Voir la citation dans les notes de lecture (septembre 1999).

Mondzain chez Meddeb

Carnets d’Afrique / Miquel Barcelò, p. 90

Traverser l’obscurité et laisser une trace de lumière.
La bicyclette qui a une lumière à l’arrière et pas à l’avant.
L’artiste qui mange l’obscurité et défèque la lumière.

Exocet/ Joëlle Basso

Reçu ce matin (à suivre).

Le temps arabe de l’astronomie & un échange sur les origines de la science moderne

Encore une émission remarquable chez Abdelwahab Meddeb. Dimanche il recevait George Saliba, professeur à Columbia University, pour une point sur l’astronomie dans la culture islamique (j’aime particulièrement la façon dont Meddeb dit ça: « le temps arabe de l’astronomie » – avec cette précision que « arabe » désigne ici la langue de culture dominante et non l’ethnie). En gros, les savants arabo-musulmans ont complété l’édifice ptolémaïque, y compris en en critiquant les points faibles, en utilisant de nouveaux outils mathématiques inconnus des Grecs (il me semble de plus en plus évident que l’apport essentiel et original des arabo-musulmans à la science, ie à la civilisation, est mathématique). Si le pas képlerien n’a pas été fait (George Saliba montre que la « révolution copernicienne » est plus du domaine des représentations que purement scientifique: le décentrement de la terre est chez Copernic une réorganisation des données aristotélo-ptolémaïques), le corpus a été prêt pour Galilée-Kepler-Newton, avec sa mathématique et l’indication des points faibles (ainsi cette critique de la notion aristotélicienne d’éther comme substance simple et pourtant porteuse d’étoiles).

Autre point important évoqué dans l’émission: l’histoire de l’astronomie arabo-musulmane infirme les deux thèses invoquées pour expliquer la décadence musulmane: ni la synthèse « fermante » de Ghazali, ni la prise mongole de Bagdad en 1258 n’ont arrêté le progrès de la science astronomique.

En complément, un échange, entre 1999 & 2002, entre George Saliba (Columbia University) et Toby E. Huff (Cambridge) à propos du compte-rendu par GS du livre de TEH: Seeking the Origins of Modern Science? (1993), dans le Bulletin of the Royal Institute for Inter-Faith Studies, articles consultables en ligne sur le site du Royal Institute for Inter-Faith Studies (Jordanie).

L’échange est mis également en ligne sur le site de l’intéressante famille égypto-canadienne, les Baheyeldin.
Par ailleurs, sur le site de George Saliba à CU, une étude de ce dernier sur la transmission des idées mathématiques et astronomiques du monde islamique à l’Europe renaissante pendant la fin du 15e et le 16e siècle: « Whose Science is Arabic Science in Renaissance Europe? »

Mosquées d’Istanbul

Les mosquées sont comme des piscines. Tu pries comme tu nagerais, au milieu de la mosquée, sous la grande coupole. La prière musulmane est un enchaînement de mouvements, comme une nage. Un enchaînement coordonné de mouvements, une discipline du souffle, une gymnastique. Je vais au milieu de la mosquée, sous la grande coupole, comme je plongerais dans le bassin et je fais des séquences comme je ferais des longueurs, en comptant. Et je retourne sur les côtés, je m’assois contre un pilier ou dans l’ouverture d’une fenêtre comme je m’allongerais sous le soleil. Là dans l’ombre, en retrait, je suis comme sous un soleil, un soleil de paix.

Fazil Hüsnü Daghlarca (1914 – ) – trad. Ahmet Soysal.

Kocaman

Bazan azalarnïm büyür,
Gece içinde, gam içinde.
Dinlerim sessizlighin sonsuzlughundan,
Devler merhabasïnï.

Sïhhatim, bashka sïhhatlere karshï, ashk ile,
Havada uyanmïsh kadar;
En eski bahçekerin mevsiminden,
Bahtiyar.

Kuzularla dolmush koyun sürüleri gibi,
Gittikçe beyaz zamanï;
Ayaklarïm daghlarla, ellerim rüzgarlarla,
Kocaman!

Immense (1943)

Parfois mes membres grandissent,
Dans la nuit, dans l’affliction,
J’écoute depuis l’infini du silence,
Le bonjour des géants.

Ma santé, en face d’autres santés, avec amour,
Autant que réveillée dans l’air;
De la saison des plus anciens jardins,
Heureuse.

Comme les troupeaux de moutons remplis d’agneaux,
De plus en plus blanc est son temps;
Mes pieds avec les montagnes, mes mains avec les vents,
Immenses!