Iquitos (le docteur Finch)

La Fabrique cercamondine

Le docteur Finch n’était pas quelqu’un de vraiment sympathique, quand on y réfléchissait. Ça n’apparaissait pas tout de suite, sinon par un air un peu de biais. Il ne se livrait pas tout de suite. On lui trouvait juste, d’abord, un air un peu de biais, un demi sourire, la bouche oblique, et puis le cou toujours un peu rentré dans les épaules. Il venait chez la Française avec sa mallette. Il disait: J’ai tout ce qu’il faut là-dedans, tapotait sa mallette. Il venait tous les jours prendre des nouvelles et une fois par semaine faisait l’inspection complète des filles. Torve, il faudrait que je vérifie le sens exact du mot, mais c’est celui qui me vient à l’esprit: il avait un air torve. Il m’a d’abord considéré comme ça, d’un air torve, même pas son demi-sourire oblique, m’a considéré d’en-dessous, méfiant comme un chien battu, je dirais.

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Hannah Arendt: Science et persuasion

… des scientifiques qui ne furent plus intéressés par le résultat de leur recherche mais qui ont quitté leurs laboratoires et se sont précipités au-dehors pour prêcher à la multitude leurs nouvelles interprétations de la vie et du monde.

… scientists, who no longer were interested in the result of their research but left their laboratories and hurried off to preach to the multitude their new interpretations of life and world.

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Hebel, voix lactée, distances

Kennen wir nicht Alle die Milchstraße, die wie ein breiter flatternder Gürtel den Himmel umwindet? Sie gleicht einem ewigen Nebelstreif, den eine schwache Helle durchschimmert. Aber durch die Gläser der Sternseher betrachtet, löset sich dieser ganze herrliche Lichtnebel in unzählige kleine Sterne auf, wie wenn man zum Fenster hinaus an den Berg schaut, und nur grüne Farbe sieht, aber schon durch ein gemeines Perspektiv erblickt man Baum an Baum, und Laub an Laub, und das Zählen läßt man auch bleiben.

Ne connaissons-nous pas tous la Voie Lactée qui entoure le ciel comme une large ceinture flottante? Elle semble un ruban de brume à travers quoi brille une pâle lumière. Mais observé à travers la lunette d’un astronome, toute cette splendide brume lumineuse se résout en d’innombrables petites étoiles, comme lorsqu’on regarde la montagne par la fenêtre et qu’on ne voit que de la couleur verte mais qu’avec une longue-vue ordinaire on distingue arbre sur arbre, et feuillage sur feuillage, et on renonce alors à compter.

« Die Fixsterne » (Schatzkästlein des rheinischen Hausfreundes, 1811), cité par W.G. Sebald dans « Es steht ein Komet am Himmel » (Logis in Einem Landhaus, 1998)

Chateaubriand: « Le genre humain en vacances… »

Mémoires d’outre-tombe, première partie, livre V:

Lorsque, avant la Révolution, je lisais l’histoire des troubles publics chez divers peuples, je ne concevais pas comment on avait pu vivre en ces temps-là ; je m’étonnais que Montaigne écrivît si gaillardement dans un château dont il ne pouvait faire le tour sans courir le risque d’être enlevé par des bandes de ligueurs ou de protestants.

La Révolution m’a fait comprendre cette possibilité d’existence. Les moments de crise produisent un redoublement de vie chez les hommes. Dans une société qui se dissout et se recompose, la lutte des deux génies, le choc du passé et de l’avenir, le mélange des mœurs anciennes et des mœurs nouvelles, forment une combinaison transitoire qui ne laisse pas un moment d’ennui. Les passions et les caractères en liberté se montrent avec une énergie qu’ils n’ont point dans la cité bien réglée. L’infraction des lois, l’affranchissement des devoirs, des usages et des bienséances, les périls même, ajoutent à l’intérêt de ce désordre. Le genre humain en vacances se promène dans la rue, débarrassé de ses pédagogues, rentré pour un moment dans l’état de nature, et ne recommençant à sentir la nécessité du frein social que lorsqu’il porte le joug des nouveaux tyrans enfantés par la licence.

Via Anne RBT sur Facebook

Dong Yuan 董源 (note à « rouleau 掛軸 »)

Rouleau 掛軸

J’ai repêché sur Wikimedia la peinture de Dong Yuan qui illustre ce morceau. Je ne sais pas si je l’avais en tête lorsque je rédigeais, sans doute pas, plutôt quelque chose comme une idée générique du rouleau vertical. La peinture de Dong Yuan, cependant, convient bien: elle ne m’était pas inconnue en 1980 et j’aime beaucoup Dong Yuan. Je me souviens qu’au tout début d’un des premiers hivers que je passai dans ma nouvelle habitation, sur les premiers reliefs des Alpes entre Contes et Berre les pentes roussies du Mont Macaron, au-dessus de ma route quotidienne, me rappelèrent une autre peinture de Dong Yuan (龍宿郊民圖).

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Dong_Yuan._River_landscape.National_Palace_Museum,_Beijing.jpg
La ressemblance ne saute pas aux yeux mais le fait est que le souvenir de cette peinture m’a aidé à m’approprier le nouveau paysage au milieu duquel je vivais désormais, à m’en faire habitant.