Ferdinand Brunot: sur le libéralisme orthographique (l’orthographe de l’âme – 5.1)

La réforme de l’orthographe: lettre ouverte à Monsieur le Ministre de l’Instruction publique (1905) – extraits:

Comment donc délivrer l’école ? M. Aulard, dans un article de l’Aurore auquel je viens de faire allusion, propose d’ordonner que l’instituteur laissera désormais à ses élèves la liberté d’écrire à leur guise, que la faute d’orthographe sera supprimée dans les classes et les examens.
D’autres seraient moins radicaux, et voudraient seulement diminuer le coefficient de l’orthographe dans les diverses épreuves, de façon à engager peu à peu l’instituteur et l’élève à y prêter moins d’attention. De la sorte, croient-ils, après une période plus ou moins longue, une génération nouvelle ayant cessé d’apprendre l’orthographe, celle-ci tomberait en désuétude, les simplifications se feraient d’elles-mêmes, et les dictionnaires n’auraient bientôt plus qu’à enregistrer un usage devenu spontanément plus rationnel.

La liberté absolue, M. Aulard le sait mieux que personne, substituée d’un coup à la contrainte tyrannique, a peu de chances d’être acceptée de tous. Aussitôt que l’école de l’État se montrera si dédaigneuse de l’orthographe, l’école d’en face ne l’enseignera qu’avec plus de soin, sûre de former des enfants selon le préjugé bourgeois, heureuse d’avoir désormais un caractère extérieur qui lui soit propre, et permette de reconnaître du dehors pour ainsi dire un des siens, un homme dit, bien élevé.
Au reste, dans les écoles de l’État, jusqu’à quel âge, jusqu’à quelle classe accordera-t-on la liberté ? L’enseignement primaire seul en jouira-t-il ? Ou bien l’acceptera-t-on dans le secondaire et le supérieur ? Ce qui est tolérable ailleurs devient ici à peu près impossible. Il paraîtra inadmissible aux administrations, aux maisons de commerce elles-mêmes d’accepter dans les fonctions et les emplois des gens incapables de reproduire l’orthographe des imprimés ou au moins de s’en approcher. Beaucoup de jeunes gens voudront donc, de leur propre gré, connaître et posséder cette forme. Où l’apprendront-ils ? Quand ? A 13, 14 ou 15 ans, cela leur sera à peu près impossible.
Qui ne voit la conséquence ? C’est que, les préjugés héréditaires aidant, l’orthographe étant redevenue la chose de quelques-uns, elle retrouvera plus d’estime que jamais dans un certain monde. De même qu’en Angleterre un gentleman se fait reconnaître à la première phrase qu’il prononce, de même, il y aura des gens qui se classeront dès la première ligne comme des hommes supérieurs, on aura fait une classe nouvelle, celle des gens qui sauront écrire : le mandarinat.
Je ne conclus pas de ce qui précède qu’une réforme pédagogique qui diminuerait l’importance donnée à l’orthographe dans l’école serait mauvaise, mais je crois fermement qu’on ne peut pas supprimer tout enseignement orthographique.
Cela est chimérique et dangereux. Dès lors, comment restreindre l’importance de cet enseignement ? Est-il suffisant de diminuer purement et simplement les coefficients dans les examens, de décréter l’indulgence ? Une semblable mesure est désirable sans doute. Elle ne sera vraiment juste et vraiment sans danger, que si on discerne entre les fautes. J’avoue que j’accepte avec peine qu’on confonde je serai et je serais, j’eusse fait et j’eus fait. J’ai trouvé cette erreur dans 15 versions latines environ sur 26 qui m’étaient données à corriger au baccalauréat. Je la juge énorme. C’est confondre l’usage même des temps et des modes, c’est pécher gravement contre la langue même. Il faut tâcher d’empêcher cela autant qu’on le peut. Ecrire au contraire deux cents onze comme deux cents, c’est montrer qu’on a de la raison et de la logique, et il serait juste que la note donnée le prouvât. S’il s’agit des mots, même observation. Il y a erreur véritable à orthographier une plainthe ; il est méritoire de ramener sablonneux à l’analogie de limoneux, baronnie à félonie, grelotter à sangloter.

Mes remarques après le saut… Lire la suite

Ferdinand Brunot, 1905 (l’orthographe de l’âme – 5)

On trouve sur le site languefrançaise.net l’intégralité de la brochure du grand linguiste Ferdinand Brunot, publiée en 1905 dans la suite du mouvement de réforme de l’orthographe qui avait été tenté en 1900. Cette longue lettre ouverte, polémique et radicale (radicalité qui « participera à l’échec de la réforme » selon la présentation) fait une sorte de digest des questions posées par les propositions de réforme de l’orthographe en France.

Je me contente ici d’en faire quelques extraits sans prétendre en résumer l’intérêt, extraits mis en billets séparés pour plus de lisibilité.

Bernard Cerquiligni, 1995 (l’orthographe de l’âme – 4)

L’Accent du souvenir / Bernard Cerquiligni.- Minuit, 1995. (Collection « Paradoxe »)

tout convergeait pour que le circonflexe fût attaqué, et il le fut.
(…)
L’accent circonflexe, dépouillé de la mission phonétique qui le fit adopter, porteur aujourd’hui de valeurs mémorables et monument graphique, représente parfaitement ce qui fonde le conservatisme orthographique. (…) Signe double, adret et ubac, ligne de crête et de partage des eaux, à la signification essentiellement équivoque, l’accent circonflexe figure l’ambiguïté de l’orthographe française, prise depuis toujours entre l’écrit et l’oral, les lettres et les sons, la mémoire et l’oubli. C’est dire l’attachement qu’on lui porte, le désir que l’on a de son maintien, malgré son abandon furtif dans la pratique. L’accent circonflexe est ce par quoi l’orthographe du français expose son ambivalence primordiale, sa dualité historique. Le circonflexe, figure double au destin paradoxal, est l’icône tutélaire de cette orthographe équivoque, qui arbore et vénère un signe que plus rien ne justifie, mais que tout légitime.

extrait de l’introduction:

la conflagration orthographique, en 1991, se réduisit bien vite au combat pour ou contre l’accent circonflexe. On se rappelle enfin qu’après l’intervention des plus hautes autorités morales, le président de la République lui-même ne manqua pas d’être interrogé à ce sujet, au cours d’un entretien informel. Feignant d’être modérément au courant (ce qui, on en conviendra, est inconcevable sous la Ve République), affirmant s’en être peu mêlé (on sait le goût qu’il a montré pour les Lettres et la langue, ainsi que, selon une de ses remarques confidentielles, son « respect de la philosophie », le Président résuma son rôle en une boutade qu’il lança aux journalistes : « J’ai sauvé quelques accents » (Le Monde, 6 juin 1991). Les Français comprirent qu’un certain nombre d’accents circonflexes venaient de bénéficier de la grâce présidentielle.

(L’autre jour, à la radio, André Goosse rapportait que la réforme patronnée par Michel Rocard, alors encore 1er ministre, avait rencontré l’opposition sourde de son ministre de l’Education, Lionel Jospin. Le président dont il est question ici est évidement François Mitterrand, qui venait, le mois d’avant, de démissionner Michel Rocard. On pouvait avoir l’impression que Rocard avait été démissionné pour s’être attaqué à l’accent circonflexe.)

Ambroise Firmin-Didot, 1868 (l’orthographe de l’âme – 3)

Observations sur l’orthographe ou ortografie française (extrait):

Ces modifications [de l’orthographe] seraient d’autant plus utiles et opportunes qu’elles hâteraient le développement et la propagation de l’instruction primaire dans nos campagnes, et l’enseignement de la langue française aux Arabes, moyen le plus sûr de nous les assimiler. Ce bienfait s’étendrait même à tout l’Orient, où on se livre à de sérieux efforts pour indiquer par des signes la prononciation de mots de notre langue à ces populations aussi nombreuses que diverses. Faciliter l’écriture et la lecture de la langue nationale, c’est contribuer à la répandre et à la maintenir.

Bossuet et la lecture globale (l’orthographe de l’âme – 2)

Bossuet (source: Dictionnaire de l’Académie Française, 7e éd. (1877), préface):

Il ne faut pas souffrir une fausse règle qu’on a voulu introduire d’écrire comme on prononce, parce qu’en voulant instruire les étrangers et leur faciliter la prononciation de notre langue, on la fait méconnaître aux Français mêmes…. On ne lit point lettre à lettre, mais la figure entière du mot fait son impression tout ensemble sur l’oeil et sur l’esprit, de sorte que, quand cette figure est changée considérablement tout à coup, les mots ont perdu les traits qui les rendent reconnaissables à la vue, et les yeux ne sont pas contents.

Je n’ai pu trouver le lieu original de ce passage [MàJ: Cahiers de Mézeray, 1673]. Il m’a été indirectement donné par l’émission la Fabrique de l’Histoire: elle figure juste après la citation faite de la préface à l’édition de 1877:

L’orthographe est la forme visible et durable des mots; la prononciation n’en est que l’expression articulée, que l’accent qui varie selon les temps, les lieux et les personnes. L’orthographe conserve toujours un caractère et une physionomie de famille qui rattachent les mots à leur origine et les rappellent à leur vrai sens, que la prononciation ne tend que trop souvent à dénaturer et à corrompre. Une révolution d’orthographe serait toute une révolution littéraire; nos plus grands écrivains n’y survivraient pas.

En quelque sorte le mot écrit serait, pour le mot dit, sinon son archétype à la manière platonicienne, au moins comme l’anamnèse de cet archétype, porteur du « vrai sens ». La fin de la citation, avec sa dramatisation grandiloquente, rend l’ensemble un peu ridicule. Comme l’idée d’une antériorité au moins logique (mais peut-être aussi partiellement historique – cf. Illich) du mot écrit sur le mot prononcé n’est pas aussi absurde qu’elle parait [accent circonflexe omis conformément aux recommandations de 1990], je rétablis après le saut l’intégralité du paragraphe dont ce passage était extrait.

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Labiche, l’orthographe et l’âme

Eugène Labiche et Alphonse Jolly, La Grammaire (vaudeville), scène 6 (source):

CABOUSSAT, lisant. — «Messieurs et chers collègues, l’agriculture est la plus noble des professions…» (S’arrêtant.) Tiens! tu as mis deux s à profession?
BLANCHE. — Sans doute…
CABOUSSAT, l’embrassant. — Ah! chère petite!… (A part.) Moi, j’avais mis un t… tout simplement. (Lisant.) «La plus noble des professions.» (Parlé.) Avec deux s. (Lisant.) «J’ose le dire, celui qui n’aime pas la terre, celui dont le cœur ne bondit pas à la vue d’une charrue, celui-là ne comprend pas la richesse des nations!…» (S’arrêtant.) Tiens, tu as mis un t à nations?
BLANCHE. — Toujours.
CABOUSSAT, l’embrassant. — Ah! chère petite!… (A part.) Moi, j’avais mis un s tout simplement!… Les t, les s… jamais je ne pourrai retenir ça! (Lisant.) «La richesse des nations…» (Parlé.) Avec un t…

La Fabrique de l’Histoire (tous les matins de 9 à 10:00) était consacrée la semaine dernière, à l’occasion du rapport d’Alain Bentolila au ministre de l’Education, à l’histoire de l’orthographe. En cadeau d’ouverture ce morceau de Labiche, extrait d’un vaudeville que j’avais écouté sur la même chaîne il y a, je le crains, plusieurs dizaines d’années, et dont je n’avais gardé en mémoire que « ça sent le romain! ».

Dans l’émission de lundi, Emmanuel Laurentin recevait André Goosse, gendre et collaborateur (disciple?) de Maurice Grevisse (appris à l’occasion qu’on ne prononce pas « Grévisse » mais « Greuvisse »). Il a été beaucoup question de la réforme de l’orthographe (ce qui m’a fait penser à l’un des derniers billets de Christian Jacomino sur Reprises), plus exactement de l’échec de la dernière, la « réformette » patronnée par Michel Rocard et André Goosse s’étonnait que même une réforme aussi modeste n’ait pas rallié beaucoup de défenseurs, malgré un assez large consensus sur la nécessité d’une réforme et la prudence, la modestie de celle qui était mise en oeuvre, qu’elle ait au contraire soulevé contre elle des oppositions résolues, bruyantes et apparemment irrationnelles, y compris de la part de personnes qui s’étaient déclarées par ailleurs convaincues de la nécessité de réformer l’orthographe française. « Ils vont jusqu’à supprimer l’accent circonflexe du mot âme, mais l’âme sans accent circonflexe, ce n’est plus l’âme… » cite André Goosse.

En considérant l’orthographe « ame » et ce qu’elle me faisait, je me suis dit que le problème n’était pas de langue mais d’écriture, et que ce qui était remis en cause, c’était l’image du mot, l’image globale. A savoir que l’écriture d’un mot, son orthographe, n’est pas simplement la transcription de sa réalité sonore (ou phonologique, peu importe ici) mais le dessin d’une image, et l’écriture par mots tend à transformer la transcription alphabétique en écriture d’images. Ainsi l’accent circonflexe suspendu au-dessus de l’âme devient le signe de son essence spirituelle, c’est-à-dire que la transcription phonétique tend à l’idéogramme (Jean Bottero fait une remarquable analyse de cet investissement second de sens dans des formes qui ne l’impliquait d’abord pas à propos des écritures mésopotamiennes). Et plus l’orthographe s’éloigne de la phonétique plus, semble-t-il, la qualité d’image spécifique du mot prend de la force. (Où l’on verrait que les cohérences idéologiques ne s’y retrouvent pas, une position conservatrice quant à l’orthographe donnant des arguments à la méthode globale d’apprentissage de la lecture et inversement).

Ibn ‘Arabî et Averroès

Futûhât, I:

Un jour, à Cordoue, j’entrai dans la maison d’Abûl l-Wâlid Ibn Rushd, cadi de la ville, qui avait manifesté le désir de me connaître personnellement parce ce que ce qu’il avait entendu à mon sujet l’avait fort émerveillé, c’est-à-dire les récits qui lui étaient arrivés au sujet des révélations que Dieu m’avaient accordées au cours de ma retraite spirituelle. Aussi, mon père, qui était un de ses amis intimes, m’envoya chez lui sous le prétexte d’une commission à lui faire, mais seulement pour donner ainsi l’occasion à Averroës de converser avec moi. J’étais en ce temps-là un jeune adolescent imberbe. A mon entrée, le philosophe se leva de sa place, vint à ma rencontre en me prodiguant les marques démonstratives d’amitié et de considération, et finalement m’embrassa. Puis il me dit: « Oui. » Et moi à mon tour, je lui dis: « Oui. » Alors sa joie s’accrut de constater que je l’avais compris. Mais ensuite, prenant moi-même conscience de ce qui avait provoqué sa joie, j’ajoutai: « Non. » Aussitôt, Averroës se contracta, la couleur de ses traits s’altéra, il sembla douter de ce qu’il pensait. Il me posa cette question: « Quelle sorte de solution as-tu trouvée par l’illumination et l’inspiration divine? Est-ce identique à ce que nous dispense à nous la réflexion spéculative? » Je lui répondis: « Oui et non. Entre le oui et le non les esprits prennent leur vol hors de leur matière, et les nuques se détachent de leur corps. » Averroës pâlit, je le vis trembler; il murmura la phrase rituelle: il n’y a de force qu’en Dieu, – car il avait compris ce à quoi je faisais allusion.

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Livre et lecture à Baghdad au 9e siècle

Fihrist, 5.1:

Abû ‘Ubayd Allâh nous a relaté que Muhammad ibn Muhammad lui raporta que Abû al-‘Abbâs Muhammad ibn Yazîd, le grammairien disait:

« Je n’ai jamais vu personne plus cupide quant au savoir que ces trois: al-Jâhiz, al-Fath ibn Khâqân, et Ismâ’il ibn Ishâq le juge. Quelque livre qui vint entre les mains d’al-Jâhiz, il le lisait depuis le début jusqu’à la fin, tandis qu’al-Fath portait un livre dans sa pantoufle et s’il quittait la présence d’al-Mutawakkil [le calife] pour pisser ou prier, il prenait le livre en marchant, le lisant jusqu’à ce qu’il eût atteint sa destination. Puis il faisait la même chose à nouveau tandis qu’il revenait, jusqu’à ce qu’il eût regagné son siège. Et pour Ismâ’il ibn Ishâq, à chaque fois que je le rencontrais, il y avait un livre dans sa main, qu’il était en train de lire, ou bien il retournait des livres afin d’en choisir un pour le lire. »

(Fihrist d’Ibn al-Nadîm, d’après la traduction anglaise de Bayard Dodge)

Lecture: pour dépasser la querelle / Christian Montelle

LECTURE : POUR DÉPASSER LA QUERELLE / Christian Montelle (moncri@wanadoo.fr)La Parole contre l’échec scolaire/La haute langue orale, l’Harmattan, 2005

(Envoyé en commentaire au billet de Cerca blogue! : « Lecture et tradition orale ».)

Si vous ne reconnaissez ni ne comprenez un mot en l’entendant, vous ne le comprendrez pas en le lisant.

(Sticht, T.G.: Auding and reading : A developmental model. 1975).

Une querelle déchire l’école depuis des décennies : faut-il privilégier le signe ou le sens lors de l’apprentissage de la lecture ? Le ministre a tranché : tout enseignant devra privilégier le code graphémique et proscrire la globale ou la semi-globale, sous peine d’encourir les plus redoutables sanctions. Cette bulle papale aussi étonnante qu’impérieuse risque de brouiller encore un peu plus le problème de la lecture, corrélé à celui de l’échec, et de retarder la généralisation d’approches efficaces, en focalisant les regards sur un objet strictement polémique et non déterminant. Les adversaires ( ? !) ferraillent pour la conquête d’une place vide !
Je voudrais évoquer d’autres aspects souvent méconnus dans sept présentations très courtes que j’étaie dans le chapitre II de l’ouvrage cité en référence.

(la suite après le saut…)

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« pas de fusion possible avec les Arabes! »

L’Afrique française du maréchal Clauzel, vers 1840 (cité dans Histoire d’un parjure / Michel Habart):

Les avantages de l’Algérie seraient immenses si, comme en Amérique, les races indigènes avaient disparu, et si nous pouvions jouir de notre conquête en sécurité, condition première de toute colonisation. Ce but atteint, il sera bon de voir ce que font les Anglais de leurs colonies… Colonisons, colonisons! A nous la Mitidja! A nous la plaine! Toutes ces terres sont de première qualité. A nous seuls! Car pas de fusion possible avec les Arabes!

Histoire d’un parjure (titre qui fait allusion aux proclamations en arabe, garantissant aux algériens le respect de leur indépendance et de leur religion, distribuées par les Français en 1830) a été publié par les éditions de Minuit en 1960. Il n’a pas été réédité depuis à ma connaissance. Voici comment Morvan Lebesque le présentait dans le Canard Enchaîné au moment de sa publication:

Au moment où la guerre d’Algérie rue, mord et bave, cabrée dans ses derniers soubresauts – du moins, nous l’espérons, et prenons garde ! car c’est alors, chacun le sait, que la bête est la plus dangereuse !- il paraît un petit livre qui remonte à ses origines. Il s’intitule « Histoire d’un Parjure » et son auteur, M. Michel Habart, y a recueilli des textes qui rempliraient plusieurs colonnes de l’Anti-France. Sujet? La Conquête. Et qu’y trouve-t-on? Exactement tout ce que nous ignorions, malgré nos livres d’école, non : à cause d’eux.
Allons, direz-vous : encore un livre partisan – Les Editions de Minuit, n’est-ce pas? – basé sur des témoignages d’extrême- gauche. Vous n’y êtes pas du tout. Ses témoins, M. Habart ne les a pas choisis parmi les « traîtres » d’aujourd’hui ou d’hier : ni Jean-Paul Sartre, ni Lamartine. Il est allé les chercher tout bonnement à la Bibliothèque Nationale, et ils s’appellent Louis-Philippe, Bourmont, Clauzel, Bugeaud, Saint-Arnaud, Thiers. Massacreurs d’Arabes et fusilleurs d’ouvriers, la caution est-elle assez bonne? Si oui, lisez ce qui va suivre.

Après le saut les extraits que j’en fis à Oran, en 1982, où mon ami El Hadi Didi me l’avait prêté avant de me l’offrir à notre retour ainsi que quelques autres extraits du compte-rendu de Morvan Lebesque dont l’intégralité a été mise en ligne ICI, où je l’ai trouvé <mise à jour, 6.06.2010>le lien est rompu – on trouve encore le compte-rendu de ML sur le site du Soir d’Algérie</mise à jour>.

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