On the Origin of Species / Charles Darwin

On the Origin of Species, 6th Edition, by Charles Darwin (etext Project Gutenberg):

There is grandeur in this view of life, with its several powers, having been originally breathed by the Creator into a few forms or into one; and that, whilst this planet has gone circling on according to the fixed law of gravity, from so simple a beginning endless forms most beautiful and most wonderful have been, and are being evolved.

Il s’agit de la dernière phrase du livre. La mention « by the Creator » ne figurait pas d’abord, Darwin l’a ajoutée lors de la deuxième édition (cf. article Wikipedia « The Origin of Species », pour plus de précisions, intéressantes, sur l’orientation religieuse de Darwin, voir l’article « Charles Darwin »:

In later life, when asked about his religious views, he wrote that he had never been an atheist in the sense of denying the existence of a God, and that generally « an Agnostic would be the more correct description of my state of mind. »).

Traduction française d’Ed. Barbier (Association des Bibliophiles Universels):

N’y a-t-il pas une véritable grandeur dans cette manière d’envisager la vie, avec ses puissances diverses attribuées primitivement par le Créateur à un petit nombre de formes, ou même à une seule ? Or, tandis que notre planète, obéissant à la loi fixe de la gravitation, continue à tourner dans son orbite, une quantité infinie de belles et admirables formes, sorties d’un commencement si simple, n’ont pas cessé de se développer et se développent encore !

J’ai extrait cette citation parce qu’elle venait à l’appui de mon propos. Je ne veux pas résister (pour la claire beauté du style) à l’envie de lui adjoindre cette présentation extraite de l’introduction:

As many more individuals of each species are born than can possibly survive; and as, consequently, there is a frequently recurring struggle for existence, it follows that any being, if it vary however slightly in any manner profitable to itself, under the complex and sometimes varying conditions of life, will have a better chance of surviving, and thus be naturally selected. From the strong principle of inheritance, any selected variety will tend to propagate its new and modified form.

Fr.:

Comme il naît beaucoup plus d’individus de chaque espèce qu’il n’en peut survivre ; comme, en conséquence, la lutte pour l’existence se renouvelle à chaque instant, il s’ensuit que tout être qui varie quelque peu que ce soit de façon qui lui est profitable a une plus grande chance de survivre ; cet être est ainsi l’objet d’une sélection naturelle. En vertu du principe si puissant de l’hérédité, toute variété objet de la sélection tendra à propager sa nouvelle forme modifiée.

Darwinisme, encore (1)

Science Culture hier: confusion, encore une fois, décidemment. En particulier sur la question de la finalité et du darwinisme. Ce qu'on y a entendu, c'est que toute interprétation du darwinisme qui ouvrirait la possibilité d'une téléologie est contraire à l'essence du darwinisme. Variante: que le darwinisme exclue toute métaphysique. La confusion est qu'il n'est pas clair sur quel terrain cette exclusion de la téléologie et de la métaphysique se situe. Elle est tout à fait légitime si elle s'exerce sur le terrain de la théorie scientifique, de la théorie de l'évolution elle-même. Le darwinisme exclut les explications téléologiques ou finalistes de l'évolution, son propos fondamental est bien de montrer que des phénomènes qui suscitent spontanément des explications finalistes (nous avons tel organe pour telle fonction) peuvent s'expliquer sans recourir à une finalité, par une intervention finalisée extérieure au processus: les organismes possédant par hasard un organe mieux apte à remplir telle fonction vitale possèdent par là même un avantage selectif qui va agir au bénéfice de la qualité particulière de l'organe ("mieux" et "bénéfice" étant bien entendu à entendre dans un sens axiologiquement neutre!). Pour reprendre le terme de Dennett: pas de "skyhook", pas de "crochet céleste" dans le processus de l'évolution. De ce fait le darwinisme épouse le postulat de la science en général, à savoir d'expliquer la constitution de la réalité sans faire appel à l'intervention divine. Cependant la légitimité de l'exclusion de la téléologie devient tout à fait contestable lorsqu'on voudrait en faire une proposition métaphysique à savoir que le darwinisme prouverait que l'évolution n'a pas de sens. Pas plus que la cosmologie galiléenne, le darwinisme ne prouve ni l'existence ni l'inexistence de Dieu et, comme les mathématiciens médiévaux pouvaient voir (ou ne pas voir) dans les propriétés merveilleuses des nombres la manifestation de la sagesse divine, nous pouvons voir (ou ne pas voir) dans le mécanisme de l'évolution l'efficience immanente du logos divin.
Il y a un enjeu considérable dans cette distinction de légitimité. Derrière la notion de téléologie il y a la notion de projet divin. Prétendre que le darwinisme prouve l'inexistence de toute téléologie dans le réel, c'est prétendre prouvée l'inanité de la foi et c'est remettre en cause l'arbitrage multi-séculaire qui a permis l'aventure occidentale. C'est donner raison aux fondamentalistes (créationnistes américains ou islamistes) qui affirment l'irreconciliabilité définitive entre science moderne et religion.

QR’

La racine de Qur'ân, qu'on retrouve au premier mot révélé: "Iqra'" (Sourate du Caillot), "qara'a" qui signifie "lire" et "réciter" en arabe, en hébreu (qra) signifie aussi "réciter, lire" mais les premiers sens sont "crier", "implorer", "appeler" et (ce qui me frappe) "nommer". C'est en particulier le mot qui est employé dans la Genèse, lorsque D. nomme la lumière jour, ou lorsqu'Adam donne leurs noms aux animaux.

Lecture: Israel e l’Islam, le scintille di Dio / Pietro Citati

Je reçois hier matin ce livre (Israel e l’Islam / Pietro Citati), signalé par une récente émission de Culture d’Islam (extrait), et avant d’éteindre la lumière cette nuit, je l’ouvre au hasard et je tombe, frappé (folgorato) par son caractère borgésien, sur ce passage (traduction en dessous):

Abû Ja’far Muhammad At-Tabarî nacque attorno all’839 nella Persia settentrionale; e la sua sterminata opera di storico e di teologo sarebbe dimenticata, o conosciuta appena dagli specialisti, se un sogno non avesse folgorato la sua mente. Non voleva raccontare soltanto la storia dei suoi tempi, o di un’epoca limitata, ma tutta la storia del mondo, cominciando dalla creazione fino alle guerre cha ai suoi tempi insanguivano il mondo arabo. En non voleva narrare nemmeno una versione di ogni fatto, ma tutte le versioni che gli uomini raccontano di ogni evento, così che il suo libro diventasse quell’intreccio di realtà e di eventualità, di possibilità e di impossibilità, o di possibilità opposte, che forma l’universo. Così passò la giovinezza viaggiando in Egitto e nella Siria, nella Persia e un Iraq, per raccogliere le tradizioni arabe, iraniche, ebraiche, cristiane, sia quelle consegnate nella Bibbia, nel Corano e nel Libro dei Re, sia quelle che avevano una vita più locale ed effimera. Poi si fermò a Baghdad, dove aprì una scuola, scrisse un commento al Corano, e cominciò a comporre le Notizie dei Profeti e dei Re.

Abû Ja’far Muhammad At-Tabarî nâquit autour de 839 dans le nord de la Perse et son oeuvre infinie d’historien et de théologien serait oubliée, ou connue seulement des spécialistes, si un rêve n’avait frappé son esprit. Il ne voulut pas raconter seulement l’histoire de son temps, ou d’une époque limitée, mais toute l’histoire du monde, en commençant par la création jusqu’aux guerres qui de son temps ensanglantaient le monde arabe. Et il ne voulut non plus raconter une seule version de chaque fait, mais toutes les versions que les hommes racontent de chaque évènement, de sorte que son livre devînt un enchevêtrement de réalités et d’éventualités, de possibilités et d’impossibilités, ou de possibilités contraires, qui forme l’univers. Ainsi passa-t-il sa jeunesse à voyager: en Egypte et en Syrie, en Perse et en Iraq, pour recueillir les traditions arabes, iraniennes, hébraïques, chrétiennes, celles qui sont consignées dans la Bible, dans le Coran et dans le Livre des Rois et celles qui avaient une vie plus locale et éphémère. Puis il s’installa à Baghdad où il ouvrit une école, écrivit un commentaire du Coran et commença à composer les Notices des Prophètes et des Rois.

Tocqueville et moi… (quizz)

"… nous craignons les retombées réelles et historiques des espérances indéfinies."

Reprise (Husserl)

L'année dernière, j'avais voulu commencer l'année avec une citation d'Edmond Jabès qui m'avait été offerte par la lecture de Y. Seddik et où je voulais lire une promesse. Depuis nous avons eu l'année 2005 et son référendum. Et, en ce début de 2006, c'est un morceau d'Edmund Husserl qui me saute aux yeux par ce qui me semble être sa pertinence aujourd'hui (et du coup je trouve le commentaire de G. Granel très daté). C'est encore une fois une citation de rencontre: j'ai occupé les premiers jours de l'année à la lecture de la bonne synthèse "Heidegger en France" de Dominique Janicaud, que j'ai lue comme un roman, et je suis allé voir dans l'EU pour compléter mon information sur Husserl (que je connais très mal).
Husserl écrivait la Krisis en 1936, peu avant de mourir, alors que le régime nazi l'avait chassé de l'Université et tandis que Heidegger, en réponse aux attaques du recteur Krieck, comme l'a montré Jean-Pierre Faye, élaborait sa Kehre, dans un mouvement double (et roublard) il intégrait dans sa propre pensée la dénonciation nietzschéenne de la métaphysique en dénonçant chez Nietzsche l'appartenance continuée à la métaphysique.
A considérer la réception de ce "Heidegger 2" dans les décennies qui ont suivi la guerre, à essayer de m'imaginer la situation de Husserl dans ces années du plein du nazisme, je lis dans ces quelques lignes un testament et quelque chose comme une bouteille à la mer. Un testament qui est une question et l'assignation, pour nous, humanité européenne, d'une tâche, un peu comme le testament du laboureur de La Fontaine. Et si ce testament me paraît aujourd'hui si pertinent, c'est qu'il me semble que cette année nous, en France du moins, sommes revenus par plusieurs biais sur cette question, que les grands débats politiques de cette année renvoyaient inconsciemment à la question de Husserl, et qu'elle était détaillée de la manière la plus indigente possible: "définir les frontières (géographiques) de l'Europe" (à propos de l'adhésion de la Turquie à l'Europe), "enseigner la positivité / négativité de la colonisation". Parmi les reprises de la question et les essais d'y répondre je compte les réactivations de la question heideggerienne où le néo-libéralisme est pensée selon la pensée de la technique et je crois y reconnaître quelque chose de la situation de 1936.

Lecture: Edmund Husserl: La Crise des sciences européennes, 1936

Porter la raison latente à la compréhension de ses propres possibilités et ouvrir ainsi au regard la possibilité d’une métaphysique en tant que possibilité véritable, c’est là l’unique chemin pour mettre en route l’immense travail de réalisation d’une métaphysique, autrement dit d’une philosophie universelle. C’est uniquement ainsi que se décidera la question de savoir si le Télos qui naquit pour l’humanité européenne avec la naissance de la philosophie grecque: vouloir être une humanité issue de la raison philosophique et ne pouvoir être qu’ainsi – dans le mouvement infini où la raison passe du latent au patent et la tendance infinie à l’auto-normation par cette vérité et authenticité humaine qui est sienne – n’aura été qu’un simple délire de fait historiquement repérable, l’héritage contingent d’une humanité contingente, perdue au milieu d’humanités et d’historicités tout autres; ou bien si, au contraire, ce qui a percé pour la première fois dans l’humanité grecque n’est pas plutôt cela même qui, comme entéléchie, est inclus par essence dans l’humanité comme telle.

(Die Krisis der europäischen Wissenschaften, § 6. Cité par Gérard Granel dans son article « Husserl » de l’Encyclopaedia Universalis.)

(Granel glose plus loin:

Il n’y a pas plus de sens à vouloir être husserlien aujourd’hui que leibnizien ou aristotélicien. C’est même avec la « disparition » de Husserl, quelque part vers le milieu des années cinquante, qu’il est devenu évident que toute métaphysique, et toute la métaphysique, avait basculé par-dessus l’horizon et qu’un nouveau ciel de la préoccupation étendait partout sa nuit claire et son chiffre inconnu.

!)

Johnson, William A. « Toward a Sociology of Reading in Classical Antiquity »

Johnson, William A. "Toward a Sociology of Reading in Classical Antiquity"
American Journal of Philology – Volume 121, Number 4 (Whole Number 484), Winter 2000, pp. 593-627
The Johns Hopkins University Press

IN THE LAST CENTURY, scholarly debate on ancient reading has largely
revolved around the question "Did the ancient Greeks and Romans
read aloud or silently?" Given the recent work of Gavrilov and Burn-
yeat, which has set the debate on new, seemingly firmer, footing, the
question is at first glance easily answered.1 Without hesitation we can
now assert that there was no cognitive difficulty when fully literate an-
cient readers wished to read silently to themselves, and that the cogni-
tive act of silent reading was neither extraordinary nor noticeably un-
usual in antiquity. This conclusion has been known to careful readers
since at least 1968, when Bernard Knox demonstrated beyond reason-
able doubt that the silent reading of ancient documentary texts, in-
cluding letters, is accepted by ancient witnesses as an ordinary event.2
Gavrilov and Burnyeat have improved the evidential base, by refining
interpretation (especially Gavrilov on Augustine), by focusing on ne-
glected but important evidence (Burnyeat on Ptolemy), and by add-
ing observations from cognitive psychology.3 The resulting clarity is
salutary.
Yet I suspect many will be dissatisfied with the terms in which the
debate has been couched. I know that I am. Can we be content with a
discussion framed in such a narrow–if not blinkered–fashion? In the
fury of battle, the terms of the dispute have crystallized in an unfortu-
nate way. That is, the polemics are such that we are now presumed fools
if we suppose that the ancients were not able to read silently. But is it…

1Gavrilov 1997; Burnyeat 1997.
2Knox 1968; "at least" since Knox's conclusions are (as he acknowledges) in part
anticipated by the more cautious reading of the evidence in Hendrickson 1929, by Clark
1931, who argues…

Kalâm-e Pîr, p.97, l.10

Le sens de l'accouplement, c'est venir en l'union avec le maître et recueillir le sperme de son impératif, c'est-à-dire recevoir sa parole et sa convocation.

Isidore de Séville, Sentences, III, 14, 9. (689 B)

14.9. Acceptabilior est sensibus lectio tacita quam aperta; amplius enim intellectus instruitur quando uox legentis quiescit et sub silentio lingua mouetur. Nam clare legendo et corpus lassatur et uocis acumen obtunditur.

La lecture silencieuse est plus facile à supporter pour les sens que celle à voix déployée; l’intellect en effet s’instruit davantage, tandis que la voix de celui qui lit demeure en repos, et que sa langue bouge silencieusement. En effet, en lisant à haute voix, d’une part le corps se fatigue, et d’autre part la voix s’émousse.