Paradoxe de l’efficacité de la prière (théurgie). Il faut qu’il y ait de Dieu dans l’homme pour que les théurgies (dont la plus fondamentale est l’action libre de l’homme) ne rentrent pas en contradiction avec la souveraineté divine.
Différence entre l’Orient et l’Occident, sensible dès l’adaptation biblique des mythes sumériens: à l’ouest séparation absolue entre l’homme et D., à l’est: Tat tvam asi. Dans le mythe sumérien la boue utilisée pour créer l’homme est mélangée de substance divine, dans le mythe biblique: « image de D. ».
Importance de cette notion « image de D. » pour l’économie occidentale de l’image (cf. Mondzain).
FC > L’Esprit Public > Touristes
Lacan: le Triomphe de la Religion.- Seuil, 2005
L'attrait de l'utilité est irrésistible, au point que l'on voit des gens se damner pour le plaisir de donner leurs commodités à ceux dont ils se sont mis en tête qu'ils ne pourraient vivre sans leur secours.
(…)
l'objet utile pousse incroyablement à l'idée de le faire partager au plus grand nombre, parce que c'est vraiment le besoin du plus grand nombre comme tel qui en a donné l'idée.
Il n'y a qu'une chose qui fait difficulté, c'est que, quels que soient le bienfait de l'utilité et l'extension de son règne, cela n'a strictement rien à faire avec la morale, qui consiste primordialement (…) dans la frustration d'une jouissance, posée en loi apparemment avide.
(p. 31)
FC > DJAL > Zahia Rahmani / « Musulman », roman
« On est de moins en moins nombreux dans le monde à pouvoir marcher librement… les espaces où cela est possible sont de plus en plus étroits, non pas en raison des seuls lieux de la guerre mais aussi en raison des lieux qui, aujourd’hui, en tentant de se protéger contre de possibles violences sur leur territoire, deviennent des vrais lieux d’enfermement. Donc la question qui est posée est la suivante: est-ce ce là, ce que l’on veut, c’est-à-dire rester là et ne plus bouger? »
Zahia Rahmani, reçue chez Alain Veinstein jeudi soir pour « Musulman » roman.
Après coup
FC > l’enseignement des sciences
"J'ai des promotions importantes, 300 élèves, qui n'ont pas tous vocation à devenir physiciens, d'ailleurs de moins en moins veulent devenir physiciens, ils vont plutôt vers la technique, le management, etc., mais je pense qu'un ingénieur en 2005 doit connaître des rudiments de relativité, de mécanique quantique également. Ce sont des populations de jeunes avec lesquelles on a du mal à plaquer un formalisme au tableau pendant 3 heures, les amphithéâtres sont de plus en plus difficiles à tenir.
…
Il y a des cours que je donnais il y a 15 ans que je ne peux plus donner parce que l'attention des élèves est plus aléatoire, ils ne sont pas tous intéressés. Donc si je commence par écrire les transformations de Lorenz en dévoilant leurs conséquences ultimes, je perds rapidement la moitié de l'amphi. Il faut trouver des ruses, on peut par exemple jouer sur les paradoxes, commencer par le paradoxe des jumeaux de Langevin et montrer qu'il a une explication parfaitement dans le cadre de la relativité restreinte et que l'idéal du temps newtonien, finalement, est un idéal qu'on peut discuter, on peut aussi montrer que la relativité a des conséquences philosophiques négatives (…) et que ça remet en cause des choses que les étudiants croyaient fermement, on peut aussi faire un peu d'histoire…"
(Etienne Klein sur Science-Frictions (p) l'autre samedi, à propos de ses promotions de l'Ecole Centrale)
La veille (le 22), le directeur de l'enseignement supérieur, Jean-Marc Monteil, était à Nice pour signer le contrat de l'Université de Nice Sophia-Antipolis et pour inaugurer par une conférence la célébration du 40e anniversaire de notre université. Cette conférence (en ligne sur le site de l'UNSA), qui abordait la question de la désaffection des sciences, était donnée sans notes et témoignait d'une pensée vigoureuse et structurée. J'ai regretté cependant que lorsqu'il s'est agi d'illustrer l'intérêt de la science, les deux exemples qui ont été pris l'ont été dans le domaine de la technologie: le téléphone cellulaire qui me permet de converser en temps réel avec un interlocuteur outre-atlantique et le pont de Millau, et non du côté de ce qui fait la spécificité de l'activité scientifique, la libido sciendi ou le plaisir que donne l'exercice de la pensée dans la stricte discipline de la science. Est-ce le meilleur moyen de plaider pour la science que de la soumettre à une finalité extérieure? Il me semble que si l'on dit aux lycéens suceptibles de faire des études scientifiques et de la recherche que la science est bonne en raison de ses retombées technologiques et économiques, la conclusion qu'ils risquent d'en tirer est qu'il vaut mieux devenir ingénieur voire s'orienter vers des études de gestion et de marketing. C'est d'ailleurs, si j'en crois ce qui se dit, ce qu'ils font de plus en plus. (A quoi il faut ajouter que le développement technologique n'est peut-être plus, pour les générations lycéennes, une fin en soi et que ce qui se métonymisait électricité, supersonique et informatique a tendance à se métonymiser aujourd'hui nucléaire, OGM et clonage humain.)
Voir aussi: Comment mieux enseigner les mathématiques (je viens de corriger le lien vers le rapport cité).
Kant, Heidegger et la métaphysique (Frédéric Nef)
Toute la série (« Heidegger et le nazisme ») est intéressante mais surtout (imho) l’émission d’aujourd’hui (p) où Jacques Mugnier reçoit Frédéric Nef, de l’EHESS.
Extrait de la présentation:
Kant, nous a-t-on appris, a signé la condamnation de la métaphysique. Désormais réduite à un corpus de textes à jamais clos, il nous reviendrait de l’analyser, voire de la déconstruire. Place, sur la scène philosophique actuelle, à l’herméneutique, à la phénoménologie, aux sciences cognitives, toutes choses qui ont rompu leurs amarres d’avec la métaphysique. […] Frédéric Nef [dans Qu’est-ce que la Métaphysique? .- Gallimard, 2004], qui reformule la question posée par Heidegger en 1929, montre l’inverse : la métaphysique est parmi nous. Nombreux sont les philosophes modernes et contemporains qui s’en réclament ou la relancent – de Russell à McTaggart, de Whitehead à Armstrong, de Kripke à Lewis : ils prennent pour objet la structure ultime du monde grâce aux concepts fondamentaux d’essence, d’existence, de propriété, d’objet, de monde et de possibilité.
La surprise d’Augustin: argument
Il est un topos qui figure dans toute histoire de la lecture digne de ce nom, depuis qu’en … Nöldeke en fit l’invention, le récit que fait Augustin au livre 6 des Confessions de sa surprise lorsqu’il découvrit que l’évêque Ambroise lisait en silence. De cette surprise on tira que la lecture silencieuse était une invention tardive et qu’elle avait été ignorée de l’antiquité classique, grecque comme romaine.
Ainsi, entre l’invention de l’écriture et celle de l’imprimerie, la lecture silencieuse venait occuper sa place dans la série des inventions et mutations des technologies dont l’étude a pris récemmment le nom de médiologie. Il y avait dans ce type quelque chose de profondément satisfaisant pour les tendances intellectuelles du siècle dernier.
(dans l’avion)
Bouveresse, Gödel et Saint Anselme
La grève à Radio-France me pousse à aller chercher dans les archives de France-Culture de quoi maintenir la continuité de l’écoute. Comme j’écoute rarement la radio à 6:00 du matin (seulement lorsque j’ai un avion à prendre), l’« Eloge du savoir » représente une réserve sûre où puiser. Je tombe comme ça sur la série de cours donnés par Jacques Bouveresse au Collège de France sur: « Kurt Gödel : mathématiques, logique et philosophie » (p). Malheureusement j’écoute généralement la radio en faisant autre chose et ces émissions-là demandent une attention constante. J’écoute mais j’aurais à réécouter.
Malgré l’incomplétude (ouaf!) de ma compréhension, je capte un certain nombre de choses qui m’intéressent. D’autant que pour calmer mon prurit de faire autre chose pendant mon écoute sans m’éloigner trop du discours de Bouveresse, je surfe un peu sur la toile autour de l’émission.
Je me souviens qu’il y a quelques années, au moment de l’affaire Sokal, Jacques Bouveresse, qui à la différence de la plupart des intellectuels français, avait rejoint le camp sokalien, stigmatisait particulièrement l’utilisation hors champ du théorème d’incomplétude de Gödel. Or, si je m’identifiais moi-même décidément avec le camp sokalien, l’utilisation philosophique générale du théorème de Gödel me semblait non seulement légitime mais capitale comme formalisation d’un principe directeur. Depuis il m’en reste comme une démangeaison, l’envie de comprendre exactement l’argument de Bouveresse. Comme je ne suis philosophe qu’en dilettante, la démangeaison me reste. Mais j’ai peut-être trouvé tout à l’heure une manière de baume à lire le résumé fourni par Jacques Bouveresse de son cours sur le site du Collège de France: « au nombre des absurdités qu’on entend proférer assez souvent à propos du théorème de Gödel figure l’idée qu’il aurait été démontré que même une discipline comme l’arithmétique peut comporter des propositions qui ne sont ni vraies ni fausses. En réalité, la proposition indécidable de Gödel est vraie et peut être reconnue comme telle par une argumentation métamathématique, bien qu’elle ne soit ni démontrable ni réfutable. »
Pour moi, l’exportation (légitime) du théorème de Gödel n’est pas dans la proclamation du relativisme (propositions ni vraies ni fausses) mais dans la dépendance de tout ensemble formel de preuve d’un méta-ensemble non justiciable du formalisme de l’ensemble premier, le meta-ensemble ultime étant le langage commun. En d’autres termes une sortie qui peut être platonicienne (à la différence des ruptures radicales, nietzschéennes, avec le platonisme) de l’illusion platonicienne selon quoi la différence radicale entre la science et l’opinion doit fonder le projet d’un remplacement total de l’opinion par la science et de la constitution d’un savoir certain (scientifique) de toutes choses.
Bon, mais je ne suis pas sûr d’avoir bien compris le propos de Bouveresse et il faudra que j’y revienne!
En attandant je trouve que Gödel, croyant, avait produit une reformulation de la preuve ontologique de l’existence de Dieu, celle à quoi est associé le nom de Saint Anselme et reformulée une première fois par Leibnitz. Gödel n’avait communiqué sa « preuve » qu’à des amis, par prudence, et elle n’a été publiée qu’après sa mort (il se laissa mourir de faim à 72 ans par crainte d’être empoisonné!).
FC > Continent Sciences > Les mathématiques en Chine
A écouter absolument, du moins pour les vieux platoniciens comme moi qui persistent à penser que l’histoire des mathématiques est un fil rouge à suivre pour comprendre le déroulement de la civilisation, la dernière émission de Continent Sciences, où Stéphane Deligeorges accueille Karine Schemla, éditrice, avec Guo Shunchun, du classique chinois des mathématiques, les Neufs Chapitres.