Carnets d’Afrique / Miquel Barcelò.- Le Promeneur, 2003

Carnets d’Afrique / Miquel Barcelò.- Le Promeneur, 2003. A cause de la cursivité des dessins et pour le début (plus que la 4ème de couverture, c’est l’incipit qui décide de mes achats):
Je suis à Gao et j’ai une maison sur le fleuve.
Le pire, c’était la traversée Alicante-Oran avec un bateau rempli d’Arabes dormant dans des couloirs pleins d’ordures et de vomi, sans restaurant, et avec une tempête dans la mer.
Non pour le sordide mais pour la justesse. M’a rappelé certaine traversée, je crois vers la Sardaigne, une nuit dormie sur le pont, à la dure, malgré le vent et l’humidité, à cause de l’odeur de vomi partout à l’intérieur du bateau.
La première phrase, je l’ai entendue en parallèle: « Je suis à Goa et j’ai une maison sur le fleuve. » Fantasme tissé de mémoire.

barcelo

(L’image est prise sur le site Cìrculo de lectores.)

Louis Massignon: Akhbar Al-Hallaj

Akhbar Al-Hallaj / Louis Massignon.- Vrin, 1975. P. 136:
« me détachant du groupe, je lui dis: Maître, pourquoi tuerions-nous un homme qui prie, jeûne et récite le Qorân? Et lui de répondre: La raison pour laquelle le sang doit être épargné est extérieure à la prière, au jeûne et à la récitation du Qorân. Tuez-moi donc et vous en serez récompensés. Et moi, je serai enfin délivré; car vous aurez été des combattants pour la Foi (mujâhidûn), et moi je serai mort martyr. »

Jacques Ellul (suite)

Je vais voir sur la toile ce que le livre d’Ellul a produit comme effets. J’y trouve assez massivement des réactions positives (en particulier une recommandation de Max Gallo sur le site France-Cul). Ce que je trouve assez surprenant.
Un article d’Eric Conan sur le site de l’Express qui pose bien le contexte.

Figure du mystique

La figure du mystique n’est plus propice à notre temps. La propagation brouillonne de la mystique naturelle (elle sans doute qui trouve en notre temps un milieu propice: je soupçonne que notre temps est un de ceux où l’expérience mystique est la plus commune, et où de se répandre elle ne trouve plus à s’incarner) ne trouve plus de système symbolique (dogmatique-légal) pour la tendre.
Il faudrait retrouver ce passage des Akhbar de Hallâj, dans les premiers temps de la mystique musulmane, où celui-ci loue la foi de celui qui l’envoie au supplice.

Jacques Roubaud: Sous le soleil

Sous le soleil: vanité des vanités / Jacques ROUBAUD.- Bayard, 2004.

Jacques ELLUL: Islam et judéo-christianisme (citation)

p. 75:
« la Bible, à l’encontre du Coran, nous parle d’un Dieu d’Amour, en qui le Père et le Fils s’aiment d’un amour éternel, d’un Dieu qui a choisi d’exercer sa toute-puissance transcendante dans l’extrême abaissement et l’extrême proximité de l’amour; d’un dieu dont la révélation dans l’histoire s’opére non par des mots, non par un livre fait d’avance, mais par une rencontre personnelle, avec une personne ».
Ce qui est explicité un peu plus haut:
« il faut revenir sans cesse au fait que c’est Jésus-Christ qui nous empêche d’identifier l’attitude biblique et l’attitude islamique. »

Jacques ELLUL: Islam et judéo-christianisme (suite)

Les piliers du conformisme sont:
– « Nous sommes tous fils d’Abraham »,
– « Le monothéisme » et
– « Des religions du livre ».
L’argumentation de Jacques Ellul peut, sur les trois points, se résumer assez facilement comme un rappel fondamentaliste (ou dit plus abruptement par une assomption a-critique de la mythologie biblico-chrétienne: les musulmans ne sont pas enfants d’Abraham parce que c’est Isaac seul, et non Ismaël qui a reçu l’héritage abrahamique, mythologie à quoi répond, d’ailleurs, la mythologie musulmane dans sa forme la plus littéraliste):
Ibrahim n’est pas Abraham, Allah n’est pas le Dieu biblique, le Coran n’est pas la Bible. Le point intéressant (et qui pourrait pointer du côté d’une certaine géostratégie de la droite chrétienne américaine), c’est la façon dont Ellul s’approprie le judaïsme. Nulle part n’est évoqué le fait que la disqualification qu’il fait de l’islam au nom du christianisme pourrait être du christianisme au nom du judaïsme. C’est qu’Ellul répète l’opération d’assimilation-annihilation d’Israël par la premier christianisme. Ellul parle depuis un front anti-islamique où le judaïsme est inclus mais selon la compréhension chrétienne du judaïsme, selon la logique des 2 testaments.
J’avais lu il y a quelques années 3 tentations dans l’Eglise qui présentait déjà les thèses résumées dans son avant-propos (qui idéologise ou systématise les thèses d’Ellul): à savoir que l’islam est, à la différence du judéo-christianisme, un paganisme. Ici il formule: l’islam est la religion naturelle du Dieu révélé. Cette position théologique se traduit en termes géopolitiques par, en particulier, un opposition farouche à l’entrée de la Turquie dans l’Europe. « L’Union Européenne » a-t-on pu l’entendre récemment dire à la radio « recouvre l’Europe des cathédrales gothiques » (s’il y avait là une adéquation essentielle, se verrait exclue l’Europe orthodoxe et la Grèce jouirait d’un statut d’exception!).

Jacques ELLUL: Islam et judéo-christianisme.- PUF, 2004.

avec une préface d’Alain BESANÇON. L’objectif du texte inédit publié dans ce livre (Les 3 piliers du conformisme) est de dénoncer trois illusions de ceux qui veulent apparenter l’islam et le judéo-christianisme.
Hégélianisme: identification de la théodicée à l’histoire.
Coupure, fin de l’aristotélo-platonisme qui est encore celui de Kant.
Annexion du judaïsme, sans gêne (cf. citation).
Site de l’association Ellul: http://www.ellul.org/index.htm.

Darwinisme & anti-darwinisme

Le mois dernier, lors d’une conversation sur le darwinisme (cf. mon post du 11 juillet), Müslüm me cite le nom de Harun Yahya. Je me suis souvenu avoir vu les livres de Harun Yahya dans les vitrines des librairies islamistes en haut de la rue Jean-Pierre Timbaud, à Paris.

Du coup, ma curiosité ranimée, je suis allé voir sur le net.

Harun Yahya est le pseudonyme d’un intellectuel islamiste turc, Adnan Oktar, né en 1956. On trouve sur son site de nombreux ouvrages en ligne & parmi eux spécialement ceux qui se vouent à la réfutation du darwinisme.

Dans ces ouvrages Harun Yahya utilise souvent les écrits de Stephen Jay Gould (mort l’année dernière), le biologiste bien connu en France (édité en Points-Seuil, notamment), qui a polémiqué avec Daniel C. Dennett lors de la publication de Darwin Dangerous Idea. Voir le compte rendu de ces échanges par DCD sur le site de Sundeep Dougal.

DCD interprète son désaccord avec STJ comme un effort d’ouverture vers les croyants (Gould’s persistent misrepresentations of evolutionary biology were motivated, I believe, by a sincere desire for peace between science and religion), comme une position de conciliation, Gould lui expliquait sa position, au contraire, comme une éviction radicale de toute téléologie (ie de toute interprétation de l’évolution en terme de progrès ou de finalité). Voir à ce sujet, par exemple, l’interview de Gould par Scott Rosenberg sur le site de Salon.

Il n’en reste pas moins que les objections de Gould au néo-darwinisme classique sont largement utilisées par les créationnistes, islamistes mais d’abord chrétiens. Phillip E. Johnson, professeur de droit à Berkeley & l’un des plus actifs créationnistes américains appelle Gould « le Gorbatchev du darwinisme ».

Comme aurait dit Lacan: « où tu penses, tu n’es pas »!

(à suivre)

A propos de Darwin

Sur le site (privé) de Merline, il y a quelque part, en exergue, cette citation d’un psychanalyste anglais (Adam Phillips):

« Pourquoi Darwin est-il plus radical que Freud ? Freud s’inscrit dans une tradition où on raconte sa vie comme une histoire, avec des conflits, des échecs et des succès. Chez lui, on trouve la recherche du plaisir et l’évitement de la souffrance; il me semble qu’il y a quelque chose de curieusement consolant là-dedans. Il y a aussi un désir inconscient, quelque chose qui nous fait avancer. Pour lui, la vie est fascinante et pleine de sens. Tandis que Darwin nous dit simplement : «Nous survivons afin de nous reproduire. Il n’y a pas d’autre projet», et cela fait de notre vie quelque chose d’absolument contingent, accidentel et insignifiant. Du coup, toutes nos idées sur le progrès, l’espoir, le sens de la vie, sont radicalement changées. Pour Darwin, que nous souffrions ou non n’a pas d’importance. Il n’y a rien qui nous fasse avancer, sauf ce projet très basique : survivre. Mais tous les deux parlent de ce que cela implique de vivre sans l’idée de Dieu. » (Libération du 26.09.2002)

Je dois dire quelque chose là.
Le livre de Daniel Dennett, Darwin dangerous idea, qui a été mon livre de chevet, il y a quelques années, montre que le sens de l’entreprise darwinienne est plus radical que ça & que Darwin ne nous dit pas: «Nous survivons afin de nous reproduire. Il n’y a pas d’autre projet». Il montre au contraire qu’il n’est besoin d’aucune finalité, d’aucun projet, absolument, pour rendre compte de la réalité. Et ça change tout, en particulier ça ne laisse pas de place aux dérives du darwinisme social et, non, nous ne sommes pas sur terre pour nous reproduire (simplement, une forme biologique qui ne se reproduit pas disparaît & donc les formes biologiques qui subsistent ont tendance à se reproduire, il n’y a là nul projet).
Ce qui est amusant, c’est le tournant pascalien que peut prendre ce matérialisme radical: pour le croyant ou comment dire? pour qui le mot « Dieu » n’est pas un mot de trop, il n’y a pas dans cette démonstration une preuve athéiste mais un moyen de purifier l’idée du divin, de mettre ce qu’elle vise à sa vraie place, au fondement ultime de la réalité, avant toute médiation (et dans toute médiation,etc.). C’est encore trop peu dire. Il y a dans cette démonstration d’un philosophe sans doute athée une efficacité apologétique mystérieuse & réjouissante.