Leo Strauss on Revelation as Creation

Maverick Philosopher Leo Strauss on Hermann Cohen on Revelation as Creation

Revelation is the continuation of creation since man as the rational and moral being comes into being, i.e., is constituted, by revelation. Revelation is as little miraculous as creation. (Leo Strauss, Studies in Platonic Political Philosophy, U. of Chicago Press, 1983, p. 237.)

Lire la suite

« Nation » chez Littré

Dictionnaire de la langue française d’Emile Littré (1872-1877), article « nation »:

1°- Réunion d’hommes habitant un même territoire, soumis ou non à un même gouvernement, ayant depuis longtemps des intérêts assez communs pour qu’on les regarde comme appartenant à la même race.

(Les 8 premiers exemples donnés sont tirés de Bossuet.)

La grande nation, nom donné d’abord à la France républicaine, et dont l’empereur Napoléon 1er se servit pour désigner après ses victoires la nation française.

6°- Dans l’ancienne université de Paris, nom donné à certaines provinces qui la composaient. L’université était formée de quatre nations, qui avaient leurs titres particuliers : l’honorable nation de France, la fidèle nation de Picardie, la vénérable nation de Normandie, la constante nation de Germanie ; c’étaient les procureurs de ces nations, avec les doyens des trois facultés supérieures, qui formaient le tribunal du recteur.

8°- Collége des quatre nations, collége fondé par Mazarin, pour recevoir les élèves appartenant aux provinces espagnoles, italiennes, allemandes et flamandes nouvellement réunies à la France.

Nation dans l’ancienne langue signifiait aussi, comme en latin, naissance, nature.

L’Ancien Régime & la Révolution / A. de Tocqueville (1856)

Continuité

Les Français ont fait en 1789 le plus grand effort auquel se soit jamais livré aucun peuple, afin de couper pour ainsi dire en deux leur destinée, et de séparer par un abîme ce qu’ils avaient été jusque-là de ce qu’ils voulaient être désormais. Dans ce but, ils ont pris toutes sortes de précautions pour ne rien emporter du passé dans leur condition nouvelle; ils se sont imposé toutes sortes de contraintes pour se façonner autrement que leurs pères; ils n’ont rien oublié enfin pour se rendre méconnaissables.

J’avais toujours pensé qu’ils avaient beaucoup moins réussi dans cette singulière entreprise qu’on ne l’avait cru au dehors et qu’ils ne l’avaient cru d’abord eux-mêmes. J’étais convaincu qu’à leur insu ils avaient retenu de l’ancien régime la plupart des sentiments, des habitudes, des idées mêmes à l’aide desquelles ils avaient conduit la Révolution qui le détruisit et que, sans le vouloir, ils s’étaient servis de ses débris pour construire l’édifice de la société nouvelle; de telle sorte que, pour bien comprendre et la Révolution et son oeuvre, il fallait oublier un moment la France que nous voyons, et aller interroger dans son tombeau la France qui n’est plus. (pp. 43-44)

Noblesse

Les nobles méprisaient fort l’administration proprement dite, quoiqu’ils s’adressassent de temps en temps à elle. Ils gardaient jusque dans l’abandon de leur ancien pouvoir quelque chose de cet orgueil de leurs pères, aussi ennemi de la servitude que de la règle. Ils ne se préoccupaient guère de la liberté générale des citoyens, et souffraient volontiers que la main du pouvoir s’appesantît tout autour d’eux; mais ils n’entendaient pas qu’elle pesât sur eux-mêmes, et pour l’obtenir ils étaient prêts à se jeter au besoin dans de grands hasards. Au moment où la Révolution commence, cette noblesse, qui va tomber avec le trône, a encore vis-à-vis du roi, et surtout de ses agents, une attitude infiniment plus haute et un langage plus libre que le tiers état, qui bientôt renversera la royauté. Presque toutes les garanties contre les abus du pouvoir que nous avons possédées durant les trente-sept ans du régime représentatif sont hautement revendiquées par elle. On sent, en lisant ses cahiers, au milieu de ses préjugés et de ses travers, l’esprit et quelques-unes des grandes qualités de l’aristocratie. Il faudra regretter toujours qu’au lieu de plier cette noblesse sous l’empire des lois, on l’ait abattue et déracinée. En agissant ainsi, on a ôté à la nation une portion nécessaire de sa substance et fait à la liberté une blessure qui ne se guérira jamais. Une classe qui a marché pendant des siècles la première a contracté, dans ce long usage incontesté de la grandeur, une certaine fierté de coeur, une confiance naturelle en ses forces, une habitude d’être regardée qui fait d’elle le point le plus résistant du corps social. (pp. 193-194)

Daniel Dennett s’entretient avec Robert Wright

Attention: le clip dure une heure. Il a été publié par Robert Wright sur son site meaningoflife.tv (le copyright est de 2007 mais je n’ai pas trouvé la date de l’entretien) qui fournit une transcription (non certifiée et par moments erratique).

L’impression que j’en retiens est que la position de Dan Dennett (voir ici) n’est pas tout à fait aussi assurée qu’il n’y paraît: on trouve dans l’interview à la fois ce qui me paraît une réduction mécaniste de son immanentisme (voir en particulier le passage sur « knowing what it’s like to be you », ou la minimisation des niveaux d’émergence à propos de « consciousness » et « life ») et un platonisme assumé (je me dis du coup qu’on pourrait caractériser la philosophie de DD comme la tentative d’un platonisme immanentiste). Le point crucial est sur le sens de l’évolution: si l’évolution a une direction, pour DD, elle n’a pas de finalité (purpose). Admettre une finalité serait se rendre à son interlocuteur et du coup DD rend hommage à son adversaire de jadis, S. J. Gould.

Extraits (plus d’extraits – en anglais – après le saut):

J’ai le sentiment qu’il n’y a en fait pas tant de gens qui croient réellement en Dieu. Beaucoup de gens croient en la croyance en Dieu. Ils pensent qu’elle est une bonne chose, et ils essayent de croire en Dieu, ils espèrent croire en Dieu, ils souhaitent croire en Dieu, ils accomplissent tous les gestes, ils essaient très fort d’être dévôts. Parfois ils y arrivent, et pendant certaines parties de leur vie, ils croient effectivement, en un certain sens, qu’il y a un Dieu et ils pensent qu’ils s’en portent au mieux. Par ailleurs, ils se comportent comme des gens qui ne croient pas en Dieu. Très peu de gens se comportent comme s’ils croyaient vraiment en Dieu. Beaucoup de gens se comportent comme s’ils croyaient qu’ils devraient croire en Dieu.

Une des choses qu’en évoluant nous avons découvertes sur cette planète est l’arithmétique. Nous ne l’avons pas inventée, nous ne l’avons pas faite. Nous l’avons trouvée. Elle est éternelle. Elle est vraie partout dans l’univers, dans n’importe quel univers. Il n’y a qu’une arithmétique. Est-ce que cela est transcendant? Je dirais oui. Je ne suis pas sûr de ce que vous entendez par « transcendant »…

Wright: un truc platonicien…

Daniel Dennett: Oui, oui, une sorte de platonisme…

Lire la suite

Rock-Paper-Scissors Is Universal – New York Times

Rock-Paper-Scissors Is Universal – New York Times

Some of the male lizards (call their type “rock”) use force, invading the territory of fellow males to mate with females. Others (“paper”) favor deception, waiting until females are unguarded and sneaking in. Still others (“scissors”) work by cooperation, joining together to protect one another’s females.The three types of lizard, which the scientists monitored over several years in the French Pyrenees, are locked in a cyclical sort of standoff. For a time, the deceivers flourish at the expense of the intruders, who are too busy marauding to pay attention. Then the cooperators win out over the deceivers, who can’t slink past the guards. And then the intruders vanquish the cooperators, whose openness exposes them to aggression. Then the cycle repeats. It takes about four years.

in 1982, the evolutionary game-theorist John Maynard Smith predicted, using mathematical models of conflict, that such arrangements would be found in nature.

Ashis Nandy: L’Ennemi intime (1984), Kipling

Les deux passages sur Kipling sont le « cadeau » de ce livre, l’élucidation du statut très particulier que tient pour moi Kim dans l’oeuvre de Kipling. J’ai lu tard Kim, après un premier voyage en Inde et si j’ai depuis longtemps du goût pour l’oeuvre de Kipling, le plaisir pris à la lecture de Kim était d’un autre ordre. J’ai regretté d’avoir attendu aussi longtemps de le lire, d’en avoir privé de la lecture l’adolescent en moi (qui cependant, pas vraiment mort, a jubilé tout le temps de la lecture de l’homme mûr). Le récit empathique – dont je ne donne pas d’extrait ici, il faut lire de longue – que Nandy fait de l’histoire individuelle et subjective de Kipling éclaire d’une lumière d’évidence le privilège de Kim sur le reste de l’oeuvre. Il donne à comprendre que Kim (dont Nandy ne parle pas mais qui s’anime et s’impose parallèlement à la lecture comme le double heureux du malheureux Kipling) fut pour Kipling une sorte de reconciliation fantasmatique de ses deux moi antagonistes (cf. infra) et, à ce titre, un programme d’accomplissement pour l’enfant ou l’adolescent qui le lit.

L’Ennemi intime : Perte de soi et retour à soi sous le colonialisme / Ashis Nandy.- Paris, 2007. (trad. Annie Montaut)

Kipling fut sans doute le bâtisseur le plus original des mythes nécessaires au maintien de l’amour-propre dans une puissance coloniale. Les corrélats psychiques de son idéologie impérialiste se sont souvent aussi trouvés être les corrélats de l’image que se faisait l’Occident du non-Occident.

(…) sa vision du monde originelle font de lui autre chose qu’un impérialiste forcené à l’identité cohérente. Personnalité tragique, il cherchait, comme je le démontre, à désavouer par haine de soi un aspect de son moi identifié à l’indianité – à son tour identifiée à la victimisation, à l’ostracisme et à la violence -, à cause de la cruauté de sa première rencontre avec l’Angleterre au terme d’une enfance idyllique en Inde. (p. 79)

L’image de l’Indien efféminé, passif-agressif, « mi-sauvage mi-enfant » chez Kipling, était plus qu’un stéréotype anglo-indien: c’était une facette de l’authenticité de Kipling et l’autre visage de l’Europe. (p. 80)

Lire la suite

Non-moderne > Ashis Nandy: L’Ennemi intime (1984), 2. la psychologie du colonialisme

L’Ennemi intime : Perte de soi et retour à soi sous le colonialisme / Ashis Nandy.- Paris, 2007. (trad. Annie Montaut) – Chapitre premier. La psychologie du colonialisme: sexe, âge et idéologie dans l’Inde britannique.

La gauche arrogante

James Morris, in Heaven’s Command (…), Londres, 1973, p. 38, dit dans le contexte de l’Inde: « Vers 1835, on détecte une certaine arrogance chez les Britanniques, et ce ton de voix supérieur ne procédait pas, comme ce sera la cas plus tard, d’une droite arrogante, mais d’une gauche hautement moralisante. Les classes moyennes, affranchies depuis peu, accédaient au pouvoir; ce sont elles qui allaient finalement se révéler, plus tard sous le règne de Victoria, les plus passionnément impérialistes. » (p. 45)

Les gentilshommes de la Compagnie des Indes orientales n’avaient pas eu en fait pour dessein de gouverner l’Inde, mais d’y faire de l’argent, ce qu’ils firent avec la brutalité attendue/ Mais une fois que, de part et d’autre de la culture politique indo-britannique, après l’implantation de l’esprit évangélique anglais propre à la classe moyenne, on peut dire que le colonialisme proprement dit a commencé. (p. 46)

Mission civilisatrice

L’un des exemples les plus frappants de l’absence de mission civilisatrice (…) est la conquête manchoue de la Chine. Le petit groupe des conquérants s’intégra à la société chinoise en une ou deux générations, et ce qui était une colonisation devint rapidement une variante de l’oppression interne. (…)
La conquête britannique de l’Inde dans sa première phase présentait tous les signes d’une semblable intégration à la société indienne. C’est sans doute le creusement du canal de Suez qui a arrêté cette intégration en donnant aux Britanniques les moyens de rester en contact avec leur base culturelle plus étroitement qu’auparavant. (p. 52)

Marx

« Ces petites communautés, argumentait Marx […] ont mis au point une adoration de la nature abrutissante, dégradation particulièrement manifeste quand on voit les hommes s’agenouiller et se prosterner devant Kanuman (sic), le singe, et Sabbala, la vache. » [The British Rule in India, 1853]. Il s’ensuivait, selon Marx, que « quel que soit le crime de l’Angleterre, elle était l’outil inconscient de l’histoire. » (pp. 53-54)

Effets de la colonisation sur la société britannique

En premier lieu, l’expérience de la colonisation n’a pas laissé indemne la culture interne de la Grande-Bretagne. Elle marqua l’émergence des aspects les moins humains et les moins tendres de la culture politique britannique. Elle ramena au second plan la spéculation intellectuelle, l’intellect et la caritas, devenues des vertus de femmes, et elle légitima la limitation du rôle culturel des femmes – et de la féminité – en prétendant que la face tendre de la nature humaine n’avait pas lieu d’être dans la sphère publique. (p. 74)

En deuxième lieu, paradoxalement, l’idéologie du colonialisme engendra une fausse impression d’homogénéité culturelle. Tout cela finit par aboutir au gel de la conscience sociale, décourageant la critique culturelle fondamentale qu’aurait pu déclencher la réaction croissante contre la rigidité des classes sociales britanniques et les divisions infranationales, qu’aurait pu aussi suciter la chute du niveau de vie dans une société qui s’industrialisait rapidement. Le colonialisme a faussé les contours des hiérarchies sociales en ouvrant des voies alternatives à la mobilité sociale dans les colonies et en ratifiant les sentiments nationalistes (…). (p. 75)

Renan (cité par Aimé Césaire)

« La régénération des races inférieures ou abâtardies par les races supérieures est dans l’ordre providentiel de l’humanité. L’homme du peuple est presque toujours, chez nous, un noble déclassé, sa lourde main est mieux faite pour manier l’épée que l’outil servile. Plutôt que de travailler, il choisit de se battre. […] Versez cette dévorante activité sur des pays qui, comme la Chine, appellent la conquête étrangère. (…) (pp. 75-76)

repris en 1907 par un avocat de la colonisation, Carl Siger

Les pays neufs sont un vaste champ ouvert aux activités individuelles, violentes, qui dans les métropoles se heurteraient à certains préjugés, à une conception sage et réglée de la vie, et qui, aux colonies, peuvent se développer plus librement et mieux affirmer, par suite, leur valeur. Ainsi, les colonies peuvent, à un certain point, servir de soupape de sûreté à la société moderne. Cette utilité serait-elle la seule, elle est immense. (p. 75)

La théorie complète du colonialisme émergea exactement à l’époque où, pour les libéraux, l’Angleterre remplaçait la France napoléonienne comme espoir de l’humanité. (p. 77)

(à suivre)