Copistes (2: Ibn Arabî)

« Je lus un livre. (…) Puis je me retrouvai en train d’étudier les chiffres et les lettres du livre et je compris grâce à la calligraphie que le texte avait été écrit par le fils du cheik Abdurrahman, cadi de la ville d’Alep. Quand je repris mes esprits, je me trouvai en train d’écrire le chapitre que vous êtes en train de lire. Et je compris soudain que le chapitre écrit par le fils du cheik et le chapitre que j’avais lu en état de transe étaient les mêmes que le chapitre du livre que je suis en train d’écrire. »

Ibn Arabî, Futûthat al-Mekkiya, cité par Orhan Pamuk, La Vie nouvelle (trad. M. Andac, Gallimard, 1999, p. 389).

Copistes (1: Byzance)

A Byzance,

« le copiste doit être considéré comme un lecteur, voire comme l’unique véritable lecteur du texte, puisque la seule lecture qui amène à une pleine compréhension du texte est l’acte de copie. »

Luciano Canfora (Il Copista come autore, Palerme, 2002), cité par Guglielmo Cavallo dans Lire à Byzance, Paris: Les Belles Lettres, 2006 (p. 76). Lire la suite

Pierre Chaunu: leçon pour la paix (2006)

les conflits du Proche-Orient sont d’origine beaucoup plus récente qu’on ne veut vous le faire croire; ils ne remontent pas vraiment aux croisades dont Dupront a montré qu’elles fécondèrent l’estime mutuelle entre chrétiens et musulmans; la manière dont fut faite – et mal- la décolonisation est l’explication première; si l’histoire n’est pas si ancienne, la solution n’est donc pas si éloignée…

Leçons pour la paix/Pierre Chaunu.- Le Cerf, 2006 (cité par Jean Lebrun sur son blogue « Quai de Seine« )

Musée Henri Pollès (la salle de bains)


Musée Henri Pollès (la salle de bains)

(Pour illustrer le billet précédent: je n’ai pas trouvé d’image de cuisine…)

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Francis Bacon sur les modes de lecture (1597)

Certains livres sont à goûter, d’autres à avaler, et quelques uns sont à mâcher et à digérer: c’est-à-dire que certains livres sont à lire seulement partiellement; d’autres sont à lire, mais sans trop de soin; et quelques uns, peu nombreux, sont à lire complètement, avec diligence et attention.

Some books are to be tasted, others to be swallowed, and some few to be chewed and digested: that is, some books are to be read only in parts; others to be read, but not curiously; and some few to be read wholly, with diligence and attention.

Francis Bacon: Essays (Essay L on Study), 1597. Cité par David A. Bell ici.

Walter Benjamin sur la citation

Hannah Arendt (1968): Walter Benjamin, 1892-1940, p. 87:

Walter Benjamin savait que la rupture de la tradition et la perte de l’autorité survenues à son époque étaient irréparables, et il concluait qu’il lui fallait découvrir un style nouveau de rapport au passé. En cela, il devint maître le jour où il découvrit qu’à la transmissibilité du passé, s’était substitué sa « citabilité », à son autorité cette force inquiétante de s’intaller par bribes dans le présent et de l’arracher à cette « fausse paix » qu’il devait à une complaisance béate. « Les citations, dans mon travail, sont comme des voleurs de grands chemins qui surgissent en armes et dépouillent le promeneur de ses convictions » (Schriften, I, 571).

Walter Benjamin: la fin de l’expertise (« L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique », pp. 48-49)

il n’existe guère aujourd’hui d’Européen qui, tant qu’il garde sa place dans le processus de travail, ne soit assuré en principe de pouvoir trouver, quand il le veut, une tribune pour raconter son expérience professionnelle, pour exposer ses doléances, pour publier un reportage ou un autre texte du même genre. Entre l’auteur et le public, la différence est en voie, par conséquent, de devenir de moins en moins fondamentale. (…) A tout moment, le lecteur est prêt à devenir écrivain.

Plus d’extraits après le saut ->

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Commentaire sur Voix Haute (Léo et Léa)

Pour mémoire après le saut un long commentaire sur l’article « Léo et Lea » du blogue « Voix Haute » (pour mémoire et parce que le thème a déjà été abordé plusieurs fois ici et que je ne vois pas comment envoyer des trackbacks depuis Blogger).

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Obama: Isra, miraj et Jérusalem dans le discours du Caire

On trouve dans la traduction française officielle du discours de Barack Obama au Caire, jeudi 4 juin dernier, un passage qui m’a semblé d’abord mystérieux:

où Jérusalem sera un lieu de résidence sur et permanent pour les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans et un lieu où tous les enfants d’Abraham pourront se côtoyer dans la paix comme dans l’histoire d’Israh, (Applaudissements), – comme dans l’histoire d’Israh, de Moïse, de Jésus et de Mohammed (que la paix soit avec eux) unis dans la prière. (Applaudissements)

Qui donc est cet Israh que le président américain met sur un pied d’égalité avec Moïse, Jésus et Muhammad? Je suis allé voir dans l’original et je me suis rendu compte que le traducteur n’avait vraisemblablement pas compris Obama, faute d’une culture islamique suffisante (ce n’est pas le cas pour la traduction espagnole):

when Jerusalem is a secure and lasting home for Jews and Christians and Muslims, and a place for all of the children of Abraham to mingle peacefully together as in the story of Isra — (applause) — as in the story of Isra, when Moses, Jesus, and Mohammed, peace be upon them, joined in prayer. (Applause.)

Isra ou Israh (Isra’) n’est pas le nom d’un mystérieux prophète mais désigne le « voyage nocturne » du prophète de l’islam qui l’amena de La Mecque à Jérusalem (et c’est le nom de la sourate du Coran qui mentionne ce voyage). Ou plus exactement, dans le discours d’Obama, « the story of Isra » désigne ce que la tradition islamique appelle en arabe al-Isrâ’ wa-l mirâj, qui regroupe le voyage à Jérusalem et, depuis le lieu du Temple de Jérusalem, son ascension à travers les cieux jusqu’à la présence divine et au cours de laquelle il rencontre Moïse et Jésus. (On considère assez généralement que ce miraj, dont il a existé des récits traduits de l’arabe en langues romanes sous le titre de Livre de l’échelle de Mahomet, a été la source principale de la Divine Comédie de Dante.)

La référence est d’importance parce que c’est ce double voyage, dont la tradition islamique discute s’il s’est fait spirituellement, en rêve, ou physiquement, qui fonde le statut de Jérusalem comme second ou troisième lieu saint dans l’islam et donc l’attachement pour Al-Quds, Jérusalem, et les revendications qui s’ensuivent. Il y a ainsi, dans le discours d’Obama, par cette allusion en particulier, une reconnaissance de la légitimité de ces revendications. Mais il y a aussi, à l’intention des musulmans, un rappel de l’héritage judeo-chrétien de l’islam, de l’enracinement de l’islam dans la tradition biblique (voir la discussion récente ici), d’une dette, en somme, que l’extrémisme islamique voudrait oblitérer.

Simone Weil, quelques citations politiques

La civilisation européenne est une combinaison de l’esprit d’Orient avec son contraire, combinaison dans laquelle l’esprit d’Orient doit entrer dans une proportion assez considérable. Cette proportion est loin d’être réalisée aujourd’hui. Nous avons besoin d’une injection d’esprit oriental.

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