Cultures d’islam: Jean de Jandun, averroïste

France Culture

Jean de Jandun, né en 1285, près de Reims, a été, avant d’être oublié, un des philosophes latins les plus connus et les plus cités. Le philosophe J-B Brenet en restaure la pertinence en particcipant à la révision en cours de l’histoire de la pensée qui accorde une importance nouvelle au nœud gréco-arabo-latin textuellement tissé à l’époque médiévale. Jean de Jandun qui se disait le singe d’Averroès n’a pas produit une pensée serve à celle du maître. A le lire de près, l’on saura qu’il fera avancer le concept-clé de sujet, l’intégrant à la personne, le situant dans l’humain d’une manière privilégiée sinon exclusive.

C’est chez Jean-Pierre Faye que j’ai trouvé la thèse de l’invention du concept moderne de sujet chez Averroès. La thèse soutenue ici est plus complexe: le concept moderne de sujet aurait été élaboré par Jean de Jandun dans l’opération de translation de l’arabe au latin.

J.-B. Brenet, Transferts du sujet, la noétique d’Averroès selon Jean de Jandun, Ed.Vrin, 2003.

Cultures d’Islam: Rhétorique et politique

France Culture

On dit qu’Averroès n’a pas eu de descendance en langue arabe. La recherche est en train de démentir cet a priori. Avec l’Andalou Ibn Tumlûs (l’Alphagiag bin Thalmus des Latins, mort en 1223) nous disposons d’une preuve contraire.

La thèse qui ouvre l’émission, à savoir qu’une multiplication récente de découvertes invalide la thèse classique qui voudrait qu’Averroès n’ait eu de descendance que chez les juifs et les latins n’est pas développée au-delà du cas d’Ibn Tumlûs, malheureusement. Quant à ce dernier, disciple direct d’Ibn Rushd, si j’ai bien compris, il semble qu’il ait, sur des points essentiels (par exemple sur la valeur probante du témoignage), divergé des positions d’Averroès au profit des thèses alors dominantes, par souci de pragmatisme selon Meddeb et son invité.
La réflexion sur le témoignage est par ailleurs fort intéressante: comment son importance est exportée, du domaine juridique, vers les autres domaines du savoir.(Je cherche depuis des années à retrouver un exposé indien très clair qui posait que le savoir avait 3 sources: l’appréhension sensorielle, le raisonnement et la tradition. Ici la tradition est interprétable comme agrégation de témoignage…) – post by cercamon

Le Livre de la Rhétorique du philosophe et médecin Ibn Tumlûs (Alhagiag bin Thalmus), Introdution générale, édition critique du texte arabe, traduction française et tables par Maroun Aouad, Ed. Vrin, 2006

Les controverses françaises sur l’école: la schizophrénie républicaine / Michel Fabre

EF Vol. 30:1:03:

ce n’est pas en se bornant à célébrer la valeur inestimable du patrimoine culturel, ni du reste en se livrant aux incantations d’une pédagogie des motivations, que l’on redonnera sens au savoir scolaire. En lieu et place d’un tel travail épistémologique qui se poursuit d’ailleurs au sein des sciences de l’éducation, la rhétorique républicaine dénonce tout allègement des programmes scolaires avec les mots de l’avare protégeant sa cassette. Mais à quoi bon dénoncer le savoir marchandise du libéralisme si c’est pour en faire un trésor ? N’est-ce pas le fétichiser d’une autre manière ? Bachelard (1970) dénonçait déjà cette « âme professorale » toute fière de son dogmatisme et crispée sur ses titres de propriété chèrement acquis par « les succès scolaires de sa jeunesse ».

(En complément d’un billet sur « Cerca blogue! ». Extraits après le saut.)

Lire la suite

Description et valeur selon Barthes

Dans Le Degré zéro de l’écriture (p. 831):

Il y a, au fond de l’écriture, une « circonstance » étrangère au langage, il y a comme le regard d’une intention qui n’est déjà plus celle du langage. Ce regard peut très bien être une passion du langage, comme dans l’écriture littéraire ; il peut être aussi la menace d’une pénalité, comme dans les écritures politiques : l’écriture est alors chargée de joindre d’un seul trait la réalité des actes et l’idéalité des faits. C’est pourquoi le pouvoir ou l’ombre du pouvoir finit toujours par instituer une écriture axiologique, où le trajet qui sépare ordinairement le fait de la valeur est supprimé dans l’espace même du mot, donné à la fois comme description et comme jugement.

Nietzsche sur l’Islam (L’Antéchrist, 1888)

L’Antéchrist = Der Antichrist (1888), §§ 59 et 60, trad. Jean-Claude Hémery (Gallimard, 1974)

Le christianisme nous a frustrés de la moisson de la culture antique, et, plus tard, il nous a encore frustrés de celle de la culture islamique. La merveilleuse civilisation maure d’Espagne, au fond plus proche de nous, parlant plus à nos sens et à notre goût que Rome et la Grèce, a été foulée aux pieds (et je préfère ne pas penser par quels pieds!) – Pourquoi? Parce qu’elle devait le jour à des instincts aristocratiques, à des instincts virils, parce qu’elle disait oui à la vie, avec en plus, les exquis raffinements de la vie maure!… Les croisés combattirent plus tard quelque chose devant quoi ils auraient mieux fait de se prosterner dans la poussière

Das Christenthum hat uns um die Ernte der antiken Cultur gebracht, es hat uns später wieder um die Ernte der Islam-Cultur gebracht. Die wunderbare maurische Cultur-Welt Spaniens, uns im Grunde verwandter, zu Sinn und Geschmack redender als Rom und Griechenland, wurde niedergetreten – ich sage nicht von was für Füssen – warum? weil sie vornehmen, weil sie Männer-Instinkten ihre Entstehung verdankte, weil sie zum Leben Ja sagte auch noch mit den seltnen und raffinirten Kostbarkeiten des maurischen Lebens! … Die Kreuzritter bekämpften später Etwas, vor dem sich in den Staub zu legen ihnen besser angestanden hätte

Lu un peu rapidement, ce passage paraît formuler le futur consensus « politiquement correct » que d’excellents esprits, comme Rémi Brague, et d’autres remettent en cause aujourd’hui et on pourrait éventuellement s’étonner de trouver ici Nietzsche. Le contexte (à lire après le saut) complexifie diablement la problématique. On y reconnaîtra divers courants de nos débats contemporains, y compris les plus glauques, curieusement mêlés.

Lire la suite

John Donne: « let maps to other… »

John Donne (1572-1631):

I Wonder by my troth, what thou, and I
Did till we lov’d ? were we not wean’d till then ?
But suck’d on countrey pleasures, childishly ?
Or snorted we in the seaven sleepers den ?
T’was so ; But this, all pleasures fancies bee
If ever any beauty I did see,
Wich I desir’d, and got, t’was but a dreame of thee.And now good morrow to our waking soules,
Wich watch not one another out of feare ;
For love, all love of other sights controules,
And makes one little roome, an every where
Let sea-discoverers to new worlds have gone,
Let Maps to other, worlds on worlds have showne,
Let us possesse one world, each hath one, and is one.

My face in thine eye, thine in mine appears,
And true plain hearts doe in the faces rest,
Where can we finde two better hemisphaeres
Without sharp North, without declining West ?
What ever dyes, was not mixt equally ;
If our two loves be one, or, thou and I
Love so alike, that none doe slacken, none can die.

une traduction après le saut Lire la suite

Connaissance et savoir en Islam

Henry Corbin, Histoire de la philosophie islamique.– Gallimard, 1964.

Pour Sohravardî, une expérience mystique, sans formation philosophique préalable, est en grand danger de s’égarer; mais une philosophie qui ne tend ni n’aboutit à la réalisation spirituelle, est vanité pure. Aussi le livre qui est le vade-mecum des philosophes « orientaux » (le Kitâb Hikmat al-Ishrâq) debute-t-il par une réforme de la Logique, pour s’achever sur une sorte de mémento d’extase.

Christophe Colomb

Report de notes (suite à un billet de Strani):

Il y a évidemment des choses dans tout ça que je ne réécrirais pas aujourd’hui mais finalement pas tant. Ce que je me demande cependant, c’est dans quelle mesure ces notes écrites pour moi-même sont compréhensibles. Enfin… elles sont ici au fond des archives et peut-être qui s’aventurerait dans cette cave y trouvera quelques bricoles utiles.

Beaumarchais sur la suceptibilité musulmane (1781)

Pour mémoire, j’extrais cette citation d’un billet récent de Cerca blogue!.

Je broche une comédie dans les moeurs du sérail; auteur espagnol, je crois pouvoir y fronder Mahomet, sans scrupule: à l’instant, un envoyé… de je ne sais où se plaint que j’offense, dans mes vers, la Sublime Porte, la Perse, une partie de la presqu’île de l’Inde, toute l’Egypte, les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis, d’Alger et de Maroc: et voilà ma comédie flambée, pour plaire aux princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire, et qui nous meurtrissent l’omoplate, en nous disant: « chiens de chrétiens »!

C’est tiré de la fameuse tirade de Figaro à l’acte 5, scène 3 du Mariage, celle où figure « vous vous êtes donnés la peine de naître, et rien de plus ». J’ai peut-être été inattentif mais je ne me souviens pas l’avoir entendue citer au moment de l’affaire des caricatures et il faut que je la trouve aujourd’hui sur le blogue d’un néo-con américain!

Claudel sur l’innovation en science et en pédagogie

Une (longue) citation volée à Jean-François Vincent dans les commentaires du Figoblog (faut aller voir le contexte, c’est savoureux, du moins pour les bibliothécaires):

On ne peut pas rester éternellement confit dans la même confiture!
(…)
Du nouveau, mais qui soit la suite légitime de notre passé. Du nouveau et non pas de l’étranger. Du nouveau qui soit le développement de notre site naturel.
Du nouveau encore un coup, mais qui soit exactement semblable à l’ancien!

(Claudel. Le Soulier de satin, Troisième journée scène II.)

La citation complète après le saut…

Lire la suite