« La shari’a façonne la société du début à la fin… » / Joseph Ratzinger (1997)

Traduction de quelques extraits d’un texte pris dans « Salt of the Earth. The Church at the End of the Millennium », an interview with Peter Seewald / Joseph Ratzinger (Ignatius Press, San Francisco, 1997) et mis en ligne sur le site www.chiesa à la suite d’un bon résumé de l’affaire Fessio (le père Fessio SJ est le directeur des éditions Ignatius Press).

La discussion actuelle en Occident sur la possibilité de facultés de théologie islamique, ou à propos de l’idée de l’Islam comme entité légale, présuppose que toutes les religions ont fondamentalement la même structure, qu’elles s’adaptent toutes au système démocratique avec ses régulations et les possibilités ouvertes par ces régulations. En soi, cependant, cela contredit nécessairement l’essence de l’Islam, lequel simplement ne sépare pas la sphère politique et la sphère religieuse comme le fait le christianisme depuis le début.

Ainsi les musulmans ont aujourd’hui la conscience qu’en réalité l’Islam est restée à la fin la religion la plus vigoureuse et qu’ils ont quelque chose à dire au monde, de fait, qu’ils sont la force religieuse essentielle du futur. Auparavant, la shariah et toutes ces choses avaient déjà quitté la scène, en un sens; à présent il y a une nouvelle fierté. De là un nouvel élan, une nouvelle intensité quant à la volonté de vivre l’Islam s’est éveillée. C’est un grand pouvoir: nous avons un message moral qui a existé sans interruption depuis les prophètes, et nous allons dire au monde comment le vivre, alors que les chrétiens ne le peuvent certainement pas. Nous devons naturellement composer avec ce pouvoir interne de l’Islam, qui fascine jusqu’aux cercles savants.

L’interview du père Fessio par Hugh Hewitt (extr.)

L’interview du père Joseph Fessio, jésuite, élève et ami du Pape, fondateur d’Ignatius Press, éditeur en anglais de Joseph Ratzinger, rend compte d’un rencontre avec le Pape à Castel Gandolfo en septembre 2005, faite dans une série de rencontres entre le théologien puis Pape (voir ci-dessous) dans laquelle on peut inscrire la conférence de Ratisbonne du 12 de ce mois.

On trouve l’intégralité de l’interview, partiellement traduite ici, sur le site Radio Blogger. Les propos du père Fessio ont fait l’objet d’une rétractation partielle citée ci-dessous. On trouve un bon résumé de l’affaire Fessio sur le site www.chiesa.

la thèse proposée par ce savant [Fazlur Rahman, théologien musulman pakistanais, thèse exposée au cours de la rencontre par le père Troll SJ] était que l’Islam peut entrer dans le monde moderne si le Coran est réinterprété en mettant à part la législation spécifique et en retournant aux principes, et en les adaptant alors à notre époque, en particulier avec la dignité que nous assignons aux femmes, laquelle est venue à travers la chrétienté, évidemment. Et immédiatement, le Saint Père, avec son beau calme mais clairement, dit: bien, ceci pose un problème fondamental, parce que, dit-il, dans la tradition islamique, Dieu a donné Sa parole à Mohammed mais c’est une parole éternelle. Ce n’est pas la parole de Mohammed. Elle est telle qu’elle est pour l’éternité. Il n’y a pas de possibilité de l’adapter ou de l’interpréter…

Précisions données ensuite par le père Fessio sur le blogue d’Ignatius Press (extrait):

J’ai fait une sérieuse erreur d’imprécision lorsque j’ai dit que le Coran « ne peut être interprété ou ajusté » et qu’il n’est « pas possible de l’adapter ou de l’interpréter ». Ce n’est certainement pas ce que le Saint Père a dit. Evidemment le Coran peut être et a été interprété et ajusté.

L’affaire Fessio a fait infiniment moins de bruit que le discours de Ratisbonne: il n’y avait pas de discours du Pape en nom propre et la bombe a été promptement désamorcée. On ne peut cependant pas être frappé par l’analogie entre les deux affaires. La lecture de l’ensemble de l’interview donne pas mal d’informations sur le contexte de l’affaire de Ratisbonne, en particulier sur une certaine ambiance intellectuelle autour du cardinal Ratzinger.

Plus d’extraits après le saut…

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Le livre et le réseau: Gilles Deleuze et Michel Foucault

3 citations (commentées) sur Bibliothécaire.

Le juste milieu selon Maïmonide

(reprise d’un vieux billet sur Cerca blogue!)

[La Loi] a défendu tous les mets illicites, les passions illicites, la prostitution… toutes ces mesures, Dieu les a ordonnées uniquement pour que nous nous tenions très éloignés de l’extrême de la volupté et que nous abandonnions le juste milieu pour nous porter un peu dans le sens de l’insensibilité, juqu’à ce que la tendance à la continence se soit fortifiée en nos âmes.

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Lucien: Contre un ignorant bibliomane

Contre un ignorant bibliomane (Oeuvres complètes de Lucien de Samosate.- trad. nouvelle avec une introd. et des notes par Eugène Talbot,…- Paris : Hachette, 1912

Contre la lecture silencieuse [autre trad. – voir aussi le commentaire de Borges]:

Tu ne saurais juger de leur beauté, et tu ne peux en faire plus d’usage qu’un aveugle ne jouit des charmes visibles de ses amours. Les yeux tout grands ouverts, j’en conviens, tu regardes tes livres, et, par Jupiter, tu, t’en assouvis la vue, tu en lis même des morceaux au pas de course, l’œil devançant les lèvres. Mais cela ne suffit pas, si d’ailleurs tu ne sais pas ce qui constitue les beautés et les défauts d’un ouvrage, quel est le sens de tous les mots, leur construction, si l’auteur s’est astreint aux règles prescrites, quels sont les termes de bon ou de mauvais aloi, les tournures falsifiées.

Que le livre ne dispense pas du maître (cf. le dernier billet de CJ):

Quand donc as-tu songé à entretenir avec les livres le plus léger commerce ? quel est ton maître ? quels sont tes condisciples ? Et cependant tu espères aujourd’hui que tout cela va pousser de soi-même, si tu possèdes une bibliothèque bien fournie !

Contre l’externalisation du savoir et de l’ignorance des marchands de livre (! cf. Ibn al-Nadîm):

Tu as sans cesse un livre à la main et tu lis continuellement, mais tu ne comprends rien à ce que tu lis ; tu es un âne secouant l’oreille en entendant jouer de la lyre. Si la possession des livres suffisait pour rendre savant celui qui les a, elle serait d’un prix inestimable ; et si le savoir se vendait au marché, il serait à vous seuls qui êtes riches, et vous nous écraseriez, nous les pauvres. Et puis, qui pourrait le disputer en érudition aux marchands, aux bouquinistes, qui en possèdent et en vendent en si grand nombre ?

Que le livre n’est qu’un instrument (cf. billet de CJ):

eût-il à sa disposition les flûtes de Marsyas ou d’Olympe, il est impossible qu’il en joue sans avoir appris.

autres extraits…

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Léo Strauss sur Heidegger

De temps à autre, je feuillette aussi Heidegger. Après de longues années, j’ai compris ce qui était faux chez lui. Une intelligence phénoménale qui repose sur une âme kitsch; je peux le démontrer. Lorsque j’ai lu un propos de lui de l’année 1934 où il se caractérise ‘comme un paysan de la forêt noire’, s’est éveillé en moi — oui, en moi! — le désir d’être un intellectuel ou de le devenir.

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Leo Strauss, Lettre à G. Scholem, 7 juillet 1973

(via Miladus)

Epictète: « Prends la chose du côté où tu sens un frère… »

Manuel d’Epictète et tableau de Cébès, en grec, avec une traduction française (…) / par Lefebvre Villebrune, Bibliothécaire de la Bibliothèque nationale.- A Paris : chez Gail…, Pigoreau…, l’an troisième.

63 – Si quelqu’un te fait du tort, ou parle mal de toi : songe qu’il ne se comporte ainsi que parce qu’il pense y être obligé : il ne peut donc suivre ton opinion et renoncer à la sienne. Mais si en se comportant ainsi, il juge mal, ce n’est qu’à lui qu’il fait tort puisqu’il n’y a que lui de trompé. En effet, qu’une vérité compliquée passe pour une fausseté, ce n’est pas cette vérité qui en souffre, mais celui qui l’a mal appercue, qui est abusé. En partant de ce principe, tu seras modéré envers cet homme injurieux : dis seulement à chacun de ses propos : « c’est son opinion ».

64 – Toute chose a deux anses : on peut la porter par l’une et non par l’autre. Ton frère te fait une injustice ? ne prends pas la chose du côté de l’injustice, car ce n’est pas l’anse par laquelle tu pourrois la porter; mais prends-la du côté où tu sens un frère, un homme qui a été nourri avec toi, et tu prendras la chose par l’anse qui te permet de la porter.

Le Fihrist d’Ibn al-Nadîm

Ceci est le catalogue des livres de tous les peuples, arabes et étrangers, existant dans la langue des Arabes, ainsi que de leurs écritures, concerant différentes sciences, diverses informations sur ceux qui les composèrent et les catégories de leurs auteurs, avec leurs relations et rappels de l’époque de leur naissance, longueur de leur vie et date de leur mort, et aussi de la localisation de leurs villes, leurs vertus et vices, depuis le début de la formation de chaque science jusqu’à notre temps, lequel est l’année trois cent et soixante-dix sept de l’Hégire [AD 987/8]

(D’après la traduction de Bayard Dodge, Columbia University Press, 1970.)

Abu’l-Faraj Muhammad bin Ishaq al-Warraq Ibn al-Nadim ( ابو الفضل محمد بن إسحاق الوراق ابن النديم) vécut à Baghdad au 10e siècle de l’ère commune. Il était le fils d’un libraire important et respecté de la ville. Il est dit qu’il commença la rédaction de son catalogue comme apprenti de son père, d’abord comme outil de la librairie.

Divers passages de son livre suggèrent qu’il était shi’ite et de tendance rationaliste.

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Les damnées de Pise

Pisa, camposanto

Le diable est très laid et effrayant mais bien plus terrifiant ce détail du jugement dernier où l’on voit les damnés happés par les flammes de l’enfer.

Ce qui attire d’abord mon regard, ce sont les gestes et attitudes des deux reines du milieu, l’expression d’effroi et de pitié de la reine de gauche mais surtout l’essai désespéré que fait la reine de droite de retenir sa voisine qui est déjà tirée par les hanches vers la fournaise et les supplices, ce geste altruiste.

Ce ne sont que des femmes qui sont tirées, les damnés mâles sont à gauche, comme en attente, elles sont tirées par les hanches, presque par le sexe dirait-on. Leurs visages sont déformés par leurs cris, leur peur ou leur douleur.

Je pense à d’autres opérations de tri, à d’autres séparation et d’autres flammes. Et ce qui m’horrifie le plus est de les voir en quelque sorte mises sous l’autorité du dieu de justice…

San Michele

(repris de Cercablogue)

François Villon: Ballade pour prier Notre Dame

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3e couplet (texte complet):

Femme je suis pauvrette et ancienne,
Qui rien ne sait ; oncques lettre ne lus.
Au moutier vois, dont suis paroissienne,
Paradis peint, où sont harpes et luths,
Et un enfer ou damnés sont boullus :
L’un me fait peur, l’autre joie et liesse.
La joie avoir me fais, haute Déesse,
A qui pécheurs doivent tous recourir,
Comblés de foi, sans feinte ni paresse :
En cette foi je veux vivre et mourir.

(En complément d’un billet précédentmàj 181123)