Borges: « Que d’autres se flattent des livres qu’ils ont écrits… »

(Reporté depuis Lettrures le 22 août 2021)

Après quelques tribulations, j’ai enfin pu sourcer cette citation qu’on trouve un peu partout sur le web francophone, non sourcée:

Que d’autres se flattent des livres qu’ils ont écrits moi je suis fier de ceux que j’ai lus !

Ce sont les deux premiers vers de « Un lector », l’avant dernier poème d’« Elogio della sombra » (qui est aussi le titre d’un court chef-d’oeuvre de Junichiro Tanizaki), un recueil de 1969:

Que otros se jacten de las páginas que han escrito;
a mí me enorgullecen las que he leído

Copistes (3:Orhan Pamuk)

« Ceux qui remarquent avec surprise que, dans les pays musulmans, les rayons des bibliothèques sont remplis de livres où foisonnent les commentaires et les annotations manuscrits devraient, au lieu de s’étonner, lancer un coup d’oeil aux multitudes d’hommes briséés que l’on croise dans les rues. « 

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Copistes (2: Ibn Arabî)

« Je lus un livre. (…) Puis je me retrouvai en train d’étudier les chiffres et les lettres du livre et je compris grâce à la calligraphie que le texte avait été écrit par le fils du cheik Abdurrahman, cadi de la ville d’Alep. Quand je repris mes esprits, je me trouvai en train d’écrire le chapitre que vous êtes en train de lire. Et je compris soudain que le chapitre écrit par le fils du cheik et le chapitre que j’avais lu en état de transe étaient les mêmes que le chapitre du livre que je suis en train d’écrire. »

Ibn Arabî, Futûthat al-Mekkiya, cité par Orhan Pamuk, La Vie nouvelle (trad. M. Andac, Gallimard, 1999, p. 389).

Copistes (1: Byzance)

A Byzance,

« le copiste doit être considéré comme un lecteur, voire comme l’unique véritable lecteur du texte, puisque la seule lecture qui amène à une pleine compréhension du texte est l’acte de copie. »

Luciano Canfora (Il Copista come autore, Palerme, 2002), cité par Guglielmo Cavallo dans Lire à Byzance, Paris: Les Belles Lettres, 2006 (p. 76). Lire la suite

Francis Bacon sur les modes de lecture (1597)

Certains livres sont à goûter, d’autres à avaler, et quelques uns sont à mâcher et à digérer: c’est-à-dire que certains livres sont à lire seulement partiellement; d’autres sont à lire, mais sans trop de soin; et quelques uns, peu nombreux, sont à lire complètement, avec diligence et attention.

Some books are to be tasted, others to be swallowed, and some few to be chewed and digested: that is, some books are to be read only in parts; others to be read, but not curiously; and some few to be read wholly, with diligence and attention.

Francis Bacon: Essays (Essay L on Study), 1597. Cité par David A. Bell ici.

Commentaire sur Voix Haute (Léo et Léa)

Pour mémoire après le saut un long commentaire sur l’article « Léo et Lea » du blogue « Voix Haute » (pour mémoire et parce que le thème a déjà été abordé plusieurs fois ici et que je ne vois pas comment envoyer des trackbacks depuis Blogger).

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Seuls les enfants savent lire (Michel Zink)

Au fond, j’avais beau ne rien comprendre, je comprenais tout. C’est ainsi que les enfants lisent. Ils comprennent sans savoir qu’ils comprennent. Ils ont raison. Le lecteur doit accepter d’être dupe de ce qu’il lit, et non jouer au plus malin.

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Machiavel: la conversation des anciens (lettre à F. Vettori)

Lettre à Francesco Vettori du 10 décembre 1513:

vêtu décemment pour l’occasion j’entre dans les cours antiques des hommes antiques, où, reçu par eux avec amitié, je me nourris de cet aliment qui seul est mien et pour lequel je suis né; où je n’ai pas honte de parler avec eux, et de leur demander raison de leurs actions; et eux, dans leur humanité, me répondent; et pour 4 heures, je ne sens le moindre ennui, j’oublie tout souci, je ne crains pas la pauvreté, la mort ne me trouble pas: je me livre tout entier à eux. Et parce que Dante dit qu’il n’y a pas de science sans la rétention de ce qui a été compris, j’ai noté ce qui par leur conversation m’est apparu important, et composé un opuscule de Principatibus.

Plus d’extraits, en italien et traduits, après le saut.
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Les deux voies de la lecture / Stanislas Dehaene (2007)

[Màj 2018.06.13: à ma connaissance, la première formulation de cette description se trouve chez Alhazen (10e siècle)]

Les Neurones de la lecture.- Odile Jacob, 2007; p. 68:

… tous les systèmes d’écriture oscillent entre l’écriture des sens et celle des sons. Cette distinction se reflète directement dans le cerveau du lecteur. La plupart des modèles de la lecture postulent que deux voies de traitement de l’information coexistent et se complètent. Lorsque nous lisons des mots rares, nouveaux, à l’orthographe régulière, voire des néologismes inventés de toutes pièces, notre lecture passe par une voie phonologique qui décrypte les lettres, en déduit une prononciation possible, puis tente d’accéder au sens. Inversement, lorsque nous sommes confrontés à des mots fréquents ou irréguliers, notre lecture emprunte une voie directe, qui récupère d’abord le mot et son sens, puis utilise ces informations pour en recouvrer la prononciation.
Les deux voies de la lecture selon S. Dehaene