« Pouvoir et persuasion dans l’Antiquité tardive » / Peter Brown (1992) + remarques sur 2 anciens tabous en histoire

Pouvoir et persuasion dans l’Antiquité tardive: vers un Empire chrétien / Peter Brown, trad. Pierre Chuvin.- Paris: Le Seuil, 1998 (1992)

Ma principale lecture autour du mois de mars dernier (j’avais envie de me faire plaisir). Il décrit comment au cours des 4e et 5e siècle de l’ère commune, la christianisation de l’Empire romain correspond à un changement de paradigme quant à la sociologie politique de l’ensemble impérial, particulièrement s’agissant des élites et des instruments culturels de leur sélection et de leur légitimation.

Je fais des extraits séparés de chaque chapitre par commodité même si les deux premiers chapitres sont étroitement liés, décrivant le paradigme de départ et ce qui le met en crise, les deux chapitres suivants décrivant le nouveau paradigme chrétien qui se met en place.

J’activerai les liens de la table des matières ci-dessous au fur et à mesure de la publication des extraits:

  1. La devotio: l’autocratie et les élites
  2. La paideia et le pouvoir
  3. Pauvreté et pouvoir
  4. Vers un Empire chrétien

Après le saut, quelques réflexions dilettantes concernant, à propos de Peter Brown, l’écriture de l’histoire et particulièrement 2 anciens tabous la concernant.
Lire la suite

Les controverses françaises sur l’école: la schizophrénie républicaine / Michel Fabre

EF Vol. 30:1:03:

ce n’est pas en se bornant à célébrer la valeur inestimable du patrimoine culturel, ni du reste en se livrant aux incantations d’une pédagogie des motivations, que l’on redonnera sens au savoir scolaire. En lieu et place d’un tel travail épistémologique qui se poursuit d’ailleurs au sein des sciences de l’éducation, la rhétorique républicaine dénonce tout allègement des programmes scolaires avec les mots de l’avare protégeant sa cassette. Mais à quoi bon dénoncer le savoir marchandise du libéralisme si c’est pour en faire un trésor ? N’est-ce pas le fétichiser d’une autre manière ? Bachelard (1970) dénonçait déjà cette « âme professorale » toute fière de son dogmatisme et crispée sur ses titres de propriété chèrement acquis par « les succès scolaires de sa jeunesse ».

(En complément d’un billet sur « Cerca blogue! ». Extraits après le saut.)

Lire la suite

Max Muller sur l’orthographe anglaise (l’orthographe de l’âme – 5.4)

La réforme de l’orthographe: lettre ouverte à Monsieur le Ministre de l’Instruction publique (1905) / F. Brunot – extraits:

Le grand linguiste de l’Université d’Oxford, Max Muller, disait en parlant de l’anglais : « Je ne doute pas que notre orthographe irrationnelle n’ait le même sort que toutes les superstitions dont les hommes ont fini par se débarrasser. Il est déjà arrivé que des nations ont changé leur signe de numération, leurs lettres, leur chronologie, leurs poids et leurs mesures… On n’a pas besoin d’être prophète pour assurer que ce qui maintenant est hué par la foule, devra l’emporter un jour ou l’autre, à moins que l’on ne trouve, pour combattre ce système, autre chose que quelques plaisanteries déjà usées. »

Lire la suite

Ferdinand Brunot: l' »orthoépie » (l’orthographe de l’âme – 5.3)

La réforme de l’orthographe: lettre ouverte à Monsieur le Ministre de l’Instruction publique (1905) – extraits:

L’Académie « repousse le principe même sur lequel s’appuie et d’où est comme partie la commission » et qui consiste en ceci : « rapprocher le plus possible l’orthographe de la phonétique, la parole écrite de la parole parlée. »
[…]
Il avait été admis jusqu’ici que c’était là incontestablement le but de l’écriture, parce que c’était un axiome indiscuté que plus un signe est simple, sûr et clair, plus il est parfait.
[…]
Qualifie-t-on cette orthographe d’arbitraire, parce qu’on veut dire qu’il y aurait autant d’écritures que de prononciations ?
Il est incontestable qu’à Paris même, il y a sur certains points divers usages, dont les observateurs méticuleux ont déjà noté les divergences. Quiconque est du métier connaît les travaux de Koschwitz et de l’abbé Rousselot sur ce sujet. Mais ces divergences n’empêcheraient en aucune façon d’établir avec une approximation suffisante le « bon usage », ce bon usage qu’on est bien obligé d’invoquer ailleurs, sans que cependant, en matière de lexique, de grammaire ou de syntaxe l’expérience puisse le contrôler. Les divergences ne sont point irréductibles, et on peut arriver parfaitement à une orthoépie, base de l’orthographie. J’ose dire que les recherches qui seraient faites à ce sujet seraient pour la langue d’une incomparable utilité.
Qu’on cesse donc de nous dire que le Marseillais écrirait comme à Marseille, et le Picard comme en Picardie ! L’un et l’autre écrivant en français écriraient comme à Paris, et ils auraient l’avantage, qu’ils n’ont pas aujourd’hui, qu’en apprenant à écrire, ils apprendraient du même coup à parler, ce qui leur est aujourd’hui tout à fait impossible. Qui se plaindrait du changement ?
Au reste, au lieu de rêver sur des hypothèses, par les procédés anagogiques des théologiens, ne conviendrait-il pas en bonne méthode de s’enquérir des effets produits par l’orthographe phonétique, dans les pays où elle est pratiquée, en Espagne par exemple ? M. Brunetière n’a pas été sans aller faire sa semaine sainte à Séville. Il sait sans nul doute l’espagnol. Il a remarqué que, en Andalousie, on ne prononce pas dans le peuple l’s finale. Il est passé dans la rue de las sierpes, dans le dialecte du pays de la sierpe. Il s’est entendu offrir de l’eau fraîche, dans le dialecte du pays agua frechka, au lieu de fresca. Pourrait-il nous dire si cette prononciation trouble en rien la langue écrite, et n’a-t-il pas constaté au contraire que, sous l’influence de l’orthographe limpide, transparente, d’une sincérité impérieuse de l’espagnol, les gens bien élevés en Andalousie non seulement écrivent correctement sierpes, fresca, mais en arrivent à reprendre la prononciation normale ?
Que peut, au contraire, sur nos accents provinciaux notre graphie, dont on ne sait jamais s’il faut la suivre, parce qu’elle est presque partout maîtresse d’erreur et de fausseté ?
[…]
Personne, dit l’Académie, n’est en mesure de dire que telle province ou telle autre est en possession de la vraie prononciation. A ce coup, voici un jugement qu’on n’attendait point. L’accent de Marseille, l’accent auvergnat, le comtois réhabilité par l’Académie, puisqu’il n’est point avéré qu’une province plutôt qu’une autre, parle le pur français.
Que penseraient d’une pareille assertion les Malherbe, les Vaugelas, les Bouhours, et tous les Académiciens qui ont eu tant de peine à « dégasconner » la langue, dont toute l’autorité reposait sur ce fait qu’ils parlaient comme à la cour ? Est-ce parce que Paris n’a plus de cour, que tout d’un coup on lui retire le privilège qu’il commençait à posséder aux environs du XIIe siècle, et que personne dès le XVIe siècle ne lui contestait plus ?

Mes remarques après le saut… Lire la suite

Yochai Benkler: La Richesse des Réseaux

The Wealth of Networks : How Social Production Transforms Markets and Freedom / Yochai Benkler.- New Haven and London: Yale University Press, 2006.

Aujourd’hui parler de la « révolution Internet » semble daté. Dans certains cercles académiques, c’est carrément naïf. Mais ça ne devrait pas l’être. Le changement apporté par l’environnement de l’information en réseaux est profond. Il est structurel. Il touche les fondements de la co-évolution des marchés libéraux et des démocraties libérales depuis presque deux siècles.

Une série de changements dans les technologies, l’organisation économique et les pratiques sociales de production dans cet environnement a créé de nouvelles opportunités pour la façon dont nous produisons et échangeons l’information, la connaissance et la culture. Ces changements ont accru le rôle de la production non marchande (nonmarket) et non propriétaire, à la fois par des individus isolés et par les efforts coopératifs dans une large gamme de collaborations plus ou moins étroitement tissées. Ces pratiques nouvellement apparues ont connus de remarquables succès dans des domaines aussi divers que la conception logicielle et le reportage d’investigation, la vidéo d’avant-garde et les jeux participatifs en ligne. Ensemble, ils pointent vers l’émergence d’un nouvelle environnement informationnel, un environnement où les individus sont libres de prendre une part plus active qu’il n’était possible dans l’économie industrielle de l’information du 20e siècle. Cette nouvelle liberté contient une grande promesse concrète: en tant que dimension de la liberté individuelle; en tant que plate-forme pour une meilleure participation démocratique; en tant que medium pour fonder une culture plus critique et auto-réflexive; et, dans une économie globale dépendant de plus en plus de l’information, en tant que mécanisme assurant partout l’amélioration du développement humain.

Cependant la croissance d’un cadre plus large pour la production d’information et de culture non-marchande, individuelle et coopérative, menace les détenteurs de l’économie industrielle de l’information. Au début du 21e siècle, nous nous trouvons au milieu d’une bataille autour de l’écologie institutionnelle de l’environnement numérique. Un large spectre de lois et d’institutions – depuis les télécommunications, le copyright ou les règles du commerce international jusqu’à des minuties comme les règles d’enregistrement des noms de domaines ou la question si les récepteurs télé seront légalement tenus de reconnaître tel code particulier – sont tirées à hue et à dia par les efforts pour faire pencher la terrain de jeu en faveur d’une manière de faire les choses ou d’une autre. La façon dont ces batailles tourneront dans la prochaine décade ou à peu près aura probablement un effet significatif sur la façon dont nous pourrons apprendre ce qui se passe dans le monde où nous vivons et sur la latitude que nous aurons – en tant qu’individus autonomes, en tant que citoyens et en tant que participants à des cultures et à des communautés – d’agir sur la façon dont nous voyons le monde tel qu’il est et tel qu’il devrait être.

(Ma traduction, après le saut la VO.)

Lire la suite

F. Flahaut sur Barthes à la Fabrique de l’Histoire

(Emission de mercredi matin )

François Flahaut (à propos du passage sur les fiches cuisine de « Elle » dans les « Mythologies »):

Il y a un jugement de valeur déguisé en description. C’est d’autant plus frappant que dans un autre livre, écrit un peu plus tôt, « Le Degré zéro de l’écriture », Barthes avait pointé justement, et critiqué, cette propension, dans le discours marxiste à passer subrepticement de la description au jugement de valeur. [citation 1] (…) Il considère que c’est typique de l’exercice du pouvoir dans le langage, pouvoir politique, oui, mais on pourrait dire, au fond, est-ce que le pouvoir intellectuel ne s’exerce pas aussi de cette manière? Par exemple « cosmopolitisme » est le nom négatif d' »internationalisme ». (…) On voit que Barthes a bien repéré ce fonctionnement et curieusement ça ne l’empêche pas lui-même de fonctionner de cette manière là.

Plus loin, après citation 2:

Là on rejoint dans le fond l’idéologue du réalisme socialiste, c’est-à-dire que dans un pays où la révolution a triomphé l’art ne peut plus que représenter la réalité…

Pus loin encore, le jansénisme de Barthes (et celui de Bourdieu?):

La démarche de Barthes, et on pourrait dire aussi la démarche de Bourdieu, parce qu’à certains égards cette démarche critique est proche de celle de Bourdieu, elle a toujours un sens…
(…)
C’est finalement la vie sociale dans son ensemble qui est considérée comme un piège, et alors là, je suis obligé de reconnaître un prêche janséniste, c’est du Pascal, c’est-à-dire ce que Pascal appelle le monde, la vie séculière, le divertissement, tout ça, c’est du flanc, c’est faux, ce n’est pas la vraie vie, la vérité est ailleurs, alors là je m’interroge, évidemment, quand la position critique de l’intellectuel le conduit au point de déconsidérer toute vie sociale, ce qui équivaut à laisser entendre que les braves gens, en fait l’ensemble de la population, sauf l’intellectuel en question, sont des gens qui se font avoir et quand ils vivent leur vie sociale, ces braves gens ne se rendent pas compte qu’ils sont dans un piège.

Lire la suite

Langage et révolution selon Barthes

In Mythologies, 1957 (p. 234):

Il y a (…) un langage qui n’est pas mythique, c’est le langage de l’homme producteur: partout où l’homme parle pour transformer le réel et non plus pour le conserver en image, partout où il lie son langage à la fabrication des choses, le méta-langage est renvoyé à un langage objet, le mythe est impossible. Voilà pourquoi le langage proprement révolutionnaire ne peut être un langage mythique. La révolution se définit comme un acte cathartique destiné à révéler la charge politique du monde: elle fait le monde et son langage, tout son langage , est absorbé fonctionnellement dans ce faire. C’est parce qu’elle produit une parole pleinement, c’est-à-dire initialement et finalement politique, et non comme le mythe, une parole initialement politique et finalement naturelle, que la révolution exclut le mythe. De même que l’ex-nomination bourgeoise définit à la fois l’idéologie bourgeoise et le mythe, de même la nomination révolutionnaire identifie la révolution et la privation de mythe: la bourgeoisie se masque comme bourgeoisie et par là même produit le mythe; la révolution s’affiche comme révolution et par là-même abolit le mythe.
On m’a demandé s’il y avait des mythes « à gauche ». Bien sûr, dans la mesure même où la gauche n’est pas la révolution. Le mythe de gauche surgit précisément au moment où la révolution se transforme en « gauche », c’est-à-dire accepte de se masquer, de voiler son nom, de produire un méta-langage innocent et de se déformer en « Nature ».

Description et valeur selon Barthes

Dans Le Degré zéro de l’écriture (p. 831):

Il y a, au fond de l’écriture, une « circonstance » étrangère au langage, il y a comme le regard d’une intention qui n’est déjà plus celle du langage. Ce regard peut très bien être une passion du langage, comme dans l’écriture littéraire ; il peut être aussi la menace d’une pénalité, comme dans les écritures politiques : l’écriture est alors chargée de joindre d’un seul trait la réalité des actes et l’idéalité des faits. C’est pourquoi le pouvoir ou l’ombre du pouvoir finit toujours par instituer une écriture axiologique, où le trajet qui sépare ordinairement le fait de la valeur est supprimé dans l’espace même du mot, donné à la fois comme description et comme jugement.

Nietzsche sur l’Islam (L’Antéchrist, 1888)

L’Antéchrist = Der Antichrist (1888), §§ 59 et 60, trad. Jean-Claude Hémery (Gallimard, 1974)

Le christianisme nous a frustrés de la moisson de la culture antique, et, plus tard, il nous a encore frustrés de celle de la culture islamique. La merveilleuse civilisation maure d’Espagne, au fond plus proche de nous, parlant plus à nos sens et à notre goût que Rome et la Grèce, a été foulée aux pieds (et je préfère ne pas penser par quels pieds!) – Pourquoi? Parce qu’elle devait le jour à des instincts aristocratiques, à des instincts virils, parce qu’elle disait oui à la vie, avec en plus, les exquis raffinements de la vie maure!… Les croisés combattirent plus tard quelque chose devant quoi ils auraient mieux fait de se prosterner dans la poussière

Das Christenthum hat uns um die Ernte der antiken Cultur gebracht, es hat uns später wieder um die Ernte der Islam-Cultur gebracht. Die wunderbare maurische Cultur-Welt Spaniens, uns im Grunde verwandter, zu Sinn und Geschmack redender als Rom und Griechenland, wurde niedergetreten – ich sage nicht von was für Füssen – warum? weil sie vornehmen, weil sie Männer-Instinkten ihre Entstehung verdankte, weil sie zum Leben Ja sagte auch noch mit den seltnen und raffinirten Kostbarkeiten des maurischen Lebens! … Die Kreuzritter bekämpften später Etwas, vor dem sich in den Staub zu legen ihnen besser angestanden hätte

Lu un peu rapidement, ce passage paraît formuler le futur consensus « politiquement correct » que d’excellents esprits, comme Rémi Brague, et d’autres remettent en cause aujourd’hui et on pourrait éventuellement s’étonner de trouver ici Nietzsche. Le contexte (à lire après le saut) complexifie diablement la problématique. On y reconnaîtra divers courants de nos débats contemporains, y compris les plus glauques, curieusement mêlés.

Lire la suite

Ferdinand Brunot: « mon système » (l’orthographe de l’âme – 5.2)

La réforme de l’orthographe: lettre ouverte à Monsieur le Ministre de l’Instruction publique (1905) – extraits:

Voici donc, dans toute sa simplicité redoutable, mon système. Le ministre nomme une Commission composée de linguistes et de phonéticiens. Cette Commission, à l’aide des instruments de phonétique expérimentale aujourd’hui existants, recueille le parler de personnes réputées pour la correction de leur prononciation. Je ne verrais aucun inconvénient à ce que l’Académie désignât quelques-unes de ces personnes. La Commission confronte les prononciations ainsi enregistrées, elle établit la normale, qui, inscrite mécaniquement, infailliblement, sert d’étalon.
Cet étalon est, comme celui du mètre, officiellement déposé. La Commission, prenant ensuite dans l’alphabet actuel à peu près tous les éléments de son écriture, établit un système graphique. Elle adopte les signes diacritiques, accents, cédilles, tildes, qu’elle juge nécessaires pour distinguer les sons, pour marquer par exemple les diverses voyelles d’un même groupe, ainsi l’a grave, l’a moyen, l’a ouvert, l’a nasal, le tout sans s’écarter jamais du principe absolu : un signe pour un son, un son pour un signe.
Notons que cette graphie phonétique est dès maintenant plus qu’à moitié faite, car elle se rapprocherait sans aucun doute beaucoup de celle que la Revue des patois, et depuis l’Atlas linguistique de la France ont adoptée et répandue. A l’heure actuelle, celle-ci, familière aux linguistes, sert déjà à l’enseignement du français aux étrangers. L’Université de Grenoble, l’Université de Genève en usent couramment. Ce n’est donc point un rêve, encore moins une folie. Sûre, claire, commode, rapide, elle est en outre d’une telle simplicité, qu’une heure suffit pour apprendre à la lire, une journée pour s’habituer à la reproduire.
Si le Ministère entrait dans ces vues, la graphie constituée ainsi serait enseignée dans les Facultés d’abord et les Écoles normales, de façon qu’elle devienne très rapidement familière aux futurs maîtres. De là, elle passerait dans l’enseignement des écoles, d’abord comme une sorte de sténographie, ensuite, quand les livres élémentaires seraient en nombre suffisant pour le permettre, elle deviendrait la graphie normale. Quant à l’orthographe actuelle, il serait inutile d’y rien changer. Elle resterait en l’état. On apprendrait pendant un temps déterminé à la lire et à l’écrire, puis bientôt seulement à la lire, ce qui est très simple. Ainsi la substitution totale, définitive, se ferait sans secousse. Les enfants sauraient écrire, en même temps que lire, l’enseignement orthographique disparaîtrait avec ses vices de toute sorte, on apprendrait dans les écoles à parler correctement, ce qui est impossible dans tout autre système, une énorme économie de temps et de peine serait faite dans la reproduction de la parole, et cela sans qu’aucune habitude, aucune routine même en soit contrariée. Et, comme tous les trente ou cinquante ans la graphie serait attentivement revisée par comparaison avec l’étalon, de façon que les quelques légères modifications qui auraient pu se produire dans la prononciation y soient introduites, la réforme serait faite pour toujours, il n’y aurait plus de question orthographique.